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Publié par BALCHOY

 

  Ghislain rentra chez lui avec des pieds de plomb.

Lui qui était si souvent pressé aurait aimé ce jour-là une panne de caténaire, une locomotive en panne,  enfin tout ce qui aurait retardé cette entrevue avec son épouse.

 

Pourtant celle-ci, quand il rentra vers 18 heures,  l'accueillit comme si de rien n'était. Avant le souper, toute la famille joua une partie de Scrabble et Ghislain fut étonné par la bonne humeur apparente de Ria.

 

Le souper qui suivit, des crêpes assaisonnées de cassonade blonde et de confiture, un régal, le distraya un instant de ses préoccupations.

 

Puis tous deux montèrent ensemble coucher les enfants;  Ghislain resdescendit le premier, quand la maman commença à lire à partir d'un vieux bouquin, qui lui venait de son enfance, des contes du soir pour dormir.

 

Ria la rejoignit quelques minutes plus tard; en dressant un doigt contre sa bouche, elle lui rappela le silence souhaitable au moment où les deux enfants cherchaient leur sommeil.

 

Puis, très curieusement elle alla chercher un bougie insérée dans une assiette en laiton, elle l'alluma avec soin, éteignit le lustre électrique puis s'assit dans un fauteuil face à son mari qui, tendu, se tenait tout droit dans le divan du salon.

 

"Ghislain, comment s'est passé ta journée" ? Il  eut de la peine à répondre tant la routine du boulot travail pesait peu au regard de ce que Ria allait lui dire.

 

A la seule lumière de de la bougie, elle se tourna vers lui, un peu grave mais sans y mettre  aucune animosité.

 

     "Il est temps, chéri, de mettre les choses au point ; à  ton retour de France après ton périple finalement plus accompagné que tu nous l'avais avoué, je me suis  d'abord dit que le plus dur était derrière nous, car en ton absence, seule avec les enfants et un seul salaire j'en ai assez bavé.

Aujourd'hui, j'ai l'impression que nous ne ramons plus du tout dans la même direction. Je t'aime comme au premier jour mais je ne suis plus sûr que la réciproque est vraie.

Depuis un certain temps, j'ai l'impression  tu vis notre vie commune, comme un boulet."

Devant la protestation muette de son mari, elle corrigea : "Peut-être le mot est-l exagéré, mais manifestement, sauf peut-être quand il est question des enfants, je te trouve distrait, distant et souvent préoccupé.

Sache seulement que je ne désire toujours qu'assurer ton bonheur mais que je veux encore moins que tu ne demeures près de moi que par devoir ou pire encore par habitude.

 

Tu es et seras toujours le bienvenu chez moi... pardon chez nous ; même si demain tu me quittais, ce que, bien entendu, je ne souhaite nullement.

 

Que répondre à ces paroles plus que surprenantes.

Ghislain tenta d'abord de contredire les paroles de Ria, tout en sachant, en son fors intérieur, qu'elle était dans le vrai..

     -"Ria, tu exagères, c'est vrai que tout ce que j'ai vécu depuis mes expériences communautaires dans le midi de la France, m'ont bouleversé ,de même qu'ensuite tous mes ennuis au boulot, mais je sais que c'est ici ma place et je n'ai pas envie de te quitter..."

En prononçant ces mots, Ghislain comprit comme jamais combien ce qu'il affirmait était faux. Ria avait raison. Il n'était plus heureux chez lui et n'aspirait plus qu'à rejoindre Marthe à Liège.  Il n'était même plus sûr d'avoir envie de continuer ses recherches à Gembloux.

 

Ria, comme si elle devinait ce qui se passait dans sa tête l'interrompit : "N'en dis pas plus, Ghislain, si ce que tu dis est juste et j'en doute, prouve-le nous par ton attitude. Je ne demande qu'à te croire, pour moi et surtout les enfants.

Sache cependant une fois encore que si tu crois devoir me quitter pour être heureux, n'hésite pas, je te préfère sincère avec toi-même. Je me débrouillerai avec nos enfants.

Ghislain voulut répliquer, mais il se rendit compte qu'incapable de dire la vérité, il ne pourrait que mentir. Il demeura en silence, les yeux humides, pas loin de pleurer.

 

Bon, tu m'as bien compris, mon chéri. Je ne te demande pas de me répondre franchement et définitivement aujourd'hui, mais ne tarde pas trop. J'ai besoin de savoir  de quoi sera fait mon demain... Allons nous coucher, je te souhaite une très bonne nuit...

La fin du jour se déroula comme d'habitude, Ria embrassa tendrement son mari au lit et se retourna sans brusquerie. Ghislain, lui, mit beaucoup de temps à s'endormir trouvant plus difficile sans doute d'annoncer à sa femme sa volonté de la quitter, maintenant qu'elle l'avait mis, pour ainsi dire, au pied du mur. C'est tellement plus facile de se séparer en se querellant que de quitter une femme qui affirme vous aimer toujours.

 

Yvan Balchoy

yvanbalchoy13@gmail.com

 

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