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Publié par BALCHOY

Libre penseur, Antonio Serrâo de Crasto est né trop tôt. C’est un mort vivant sorti de la prison, revenu de l’outre-tombe.

 

 

 

Récitatif d’amphitryon
Sort tyrannique, étoile pernicieuse
Dont la noire lumière exerce une influence maligne,
Que de rigueur contre un innocent !
Quel crime ais-je commis pour que je traîne
Le poids de cette chaîne atroce,
Au milieu des horreurs d’un ignoble cachot,
Dans ce manoir lugubre
Où habite le trouble et réside la frayeur ?
Mais si par hasard, étoile scélérate,
C’est un crime que de ne pas commettre de
Crime, alors je suis criminel !
Mais si le crime dont on m’accuse, n’est pas un crime,
Pourquoi m’arraches-tu cruellement
Ma gloire, mon épouse, ma liberté ?
Oh, quel tourment barbare
Brûle ma poitrine !
L’amour me dédaigne,
La patrie me repousse,
Et le ciel lui-même semble
Etaler son indifférence
Devant cette peine mortelle, Mais si, dieux, vous êtes dieux,
Comment, inexorables,
Châtiez-vous aujourd’hui
Ce mortel innocent ?

La torture par le silence
Si je dois révéler le mal dont je souffre,
Je ne trouverai guère de paraphrase pour le définir,
Puisque, quand je le sens au fond de mon cœur,
Le gémissement hésite à le déclarer.
Lorsque j’essaie à le déchiffrer à grands cris,
J’étouffe de chagrin avant de le proférer,
Car ce mal contient un tel secret,
Que le divulguer me semble criminel.
Si le tourment qui se résume dans mon âme,
Réside inexplicable là, au fond
De ma poitrine brûlée de vive flamme,
Il ne logera son mal éternel
Que sur la langue de feu de la jalousie
Ou dans la gueule vorace de l’enfer.

Le labyrinthe de l’amour
L’amour érigea dans mon sein
Un labyrinthe plus vaste et plus inextricable
Que celui qui se révèle dans l’écho des gémissements,
Echeveau de chagrins, œuvre de souffrances.
Dans la mémoire apparaît tracé
Le tourment d’un plaisir mort.
Dans la confusion des douleurs,
Le bonheur perdu ne se retrouve jamais plus.
La machine mentale de cette structure
Est ornée, en parallèles funestes,
D’images de frayeur et d’ombres sépulcrales :
Les colonnes sont des misérables insomnies,
Le fil est l’espoir, le monstre la jalousie.
La statue se dresse en signe de désenchantement.
Antonio José da Silva

 

Traduit du portugais par Valentin Parnac

http://sefarad.org/sefarad/sefarad.php/id/56/

 

 

yvanbalchoy13@gmail.com

solidaire des résistants du ghetto de Gaza

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