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Publié par BALCHOY

Le postulat de la résurrection
Le Christ ne vit pas en nous à la manière dont un amateur peut dire que
Mozart vit en lui chaque fois qu'il écoute sa musique. Ce ne serait encore
là qu'un rapport d'individu à individu. Il s'agit de tout autre chose : d'une
participation commune, non pas à une « réalité supérieure » et extérieure,
mais à la seule réalité réelle ; celle qui est faite exclusivement de décisions
humaines, d'initiatives, de créations humaines.
Chaque fois que nous sommes capables de rompre avec nos routines, nos
résignations, nos complaisances, nos aliénations à l'égard de l'ordre établi
ou de notre individualité étriquée, et qu'à partir de cette rupture nous
accomplissons un acte créateur, dans les arts, les sciences, la révolution
ou l'amour, chaque fois que nous apportons quelque chose de neuf à la
forme humaine, le Christ est vivant, la création en nous, par nous, à
travers nous se poursuit. La Résurrection s'accomplit chaque jour.
Chacun de mes actes libérateurs et créateurs implique le postulat de la
Résurrection.
Et plus que tout autre l'acte révolutionnaire.
Car si je suis uri révolutionnaire cela signifie que je crois que la vie a un
sens et un sens pour tous.
Comment pourrais-je parler d'un projet global pour l'humanité, d'un sens
à donner à son histoire, alors que des milliards d'hommes dans le passé
en ont été exclus, qu'ils ont vécu et sont morts, esclaves ou soldats, sans
que leur vie et leur mort ait un sens ? Comment pourrais-je envisager que
d'autres vies se sacrifient pour que naisse cette réalité nouvelle, si je ne
croyais pas que cette réalité nouvelle les contient tous et les prolonge,
qu'ils vivent et ressuscitent en elle ?
Ou bien mon idéal du socialisme à venir est une abstraction permettant
aux élus futurs une possible victoire faite de l'anéantissement millénaire
des multitudes, ou bien tout se passe comme si toute mon action se fondait
sur la foi dans la résurrection des morts.
C'est le postulat implicite de toute action révolutionnaire et, plus généralement,
de toute action créatrice.
La résurrection des morts, pas plus que celle du Christ, n'est le fait des
individus. Comment la résurrection du Christ serait-elle celle d'un moi ?
Si elle interpelle aujourd'hui encore chacun d'entre nous, c'est parce qu'il
n'est pas ressuscité pour lui, comme individu, mais pour nous, en nous,
pour nous montrer le chemin.
Il ne nous sauve pas de l'extérieur, comme on fait un cadeau. Mais du
dedans : car c'est notre décision, notre foi, qui nous sauve. Chacun des
actes que les récits évangéliques nous présentent comme un miracle a
ce caractère : le Christ n'apparaît pas comme un thaumaturge, agissant
du dehors pour transformer les hommes comme on fabrique un objet.
Non : tout passe par des consciences et des volontés d'hommes. I l ne
dit pas : « je t'ai sauvé », comme on repêche un noyé. Il dit : « Ta foi
t'a sauvé ».
Nous rappelant ainsi que tout le drame de la foi, sans le moindre résidu,
se joue dans nos vie d'hommes, que l'homme, comme le dit le Père
Rahner, est le seul domaine de la théologie, que nous sommes entièrement
responsables de notre histoire ; que l'homme est une tâche à accomplir
; que la société est une tâche à accomplir ; que la Résurrection est
une tâche à accomplir, et à accomplir tous les jours.
Tels sont à mon avis les trois postulats de l'espérance, les trois postulats
de toute action révolutionnaire qui sont des postulats bibliques, évangéliques.
Une foi consciente de ces postulats ne peut être un opium du peuple.
Chaque coup porté contre elle serait un coup porté à la révolution dont
elle est le principe.
Car la révolution n'est pas seulement un plan d'action, dont l'élaboration
relève d'une méthode scientifique.
Elle est aussi un désir d'élaborer ce plan ou de s'y associer. Cette décision
véritable n'est portée par aucune nécessité logique ou expérimentale
absolue, mais par un acte de foi dans ce que le monde, par nos efforts,
pourra devenir.
La foi est libératrice car elle n'est pas seulement un surcroît de sens, elle
est, comme dit Ricoeur, un surcroît d'agir.
J'essaye d'interroger, de comprendre, et, peut-être, de vivre cette foi,
pour n'être pas un homme « unidimensionnel », sous-développé.
Pour jouer pleinement mon rôle dans la création.

Roger Garaudy
http://rogergaraudy.blogspot.com.tr/2013/01/jesus-inaugure-un-nouveau-mode_6.html

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