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Publié par BALCHOY

Il arracha une feuille à un bloc de courrier qui traînait sur une étagère et s’asseyant à son bureau, il y griffonna quelques mots :

 

 

 

-         « Messieurs, si vous voulez en savoir plus sur les trafiquants de Westend, allez donc jeter un coup d’œil au « Fond de bouteille’" à Liège. Cette visite vous en apprendra beaucoup. »

 

 

 

Après quelques hésitations, il signa, un sourire aux lèvres : « un ami sincère de la police. » puis glissa le feuillet dans une vieille enveloppe cornée, sur laquelle il écrivit le simple mot « POLICE » ; il la jetterait sans timbre dans la première boîte trouvée sur sa route.

Puis, se déshabillant rapidement, il se coucha et s’endormit aussitôt.

 

 

 

Les jours qui suivirent furent sans histoire. Une semaine après l’envoi de son billet anonyme, il lut dans « VERS L’AVENIR », un canard local un entrefilet discret sur l’arrestation d’une bande de trafiquants opérant à Liège à partir d’un café du quartier chaud.

Chaque soir, en revenant de l’université de Liège, il se précipitait sur le courrier hélas toujours insipide qu’avant. Il n’arrêtait pas non plus de demander à ses parents si personne ne l’avait appelé.

Il reçut bien un mot du substitut du Procureur du Roi pour lui annoncer qu’aucune charge n’était retenue contre lui et qu’il pouvait considérer son inculpation éventuelle comme sans suite.

Mais ni Solange, ni Cholenka qu’il continuait à associer ou peut-être à identifier à son amie, ne lui faisaient le moindre signe.

S’il souffrit de ce silence, il garda toute sa confiance à Solange. Tantôt il l’imaginait en route vers Cuba pour s’engager au service de Ché Guevara, tantôt il la voyait, assouvie de vengeance, enfin accomplie, lui revenir souriante et caressante.

Les semaines puis les mois passèrent : l’espérence demeurait en lui mais elle devint peu à peu mythique.

Il tourna toute ses énergies vers cette biologie qui l’avait tant passionné durant son adolescence et qui aujourd’hui lui offrait une alternative sociale à l’Aventure qu’avait incarné Solange un instant en sa vie.

A sa grande surprise, il termina son année scolaire, si perturbée pourtant en son premier trimestre, avec distinction.

Au plan sentimental, s’il connut quelques flirts sans importance, il garda au fond du cœur l’espoir de revoir celle à laquelle il ne voulait ni ne pouvait renoncer.

Ce silence pesant dura plus d’une année.

Deux faits surprenants l’interrompirent un instant.

Le premier se manifesta sous la forme d’une lettre que sa mère trouva dans la boîte, un samedi matin.

 

 

 

            -« Ghislain, je vis, je pense à toi comme le plus beau souvenir de ma vie ; nous sommes un instant montés au ciel, mais il m’est impossible pour l’instant de lier ma vie de tous les jours à un homme, même toi. Demain…. Peut-être. Personne ne pourra jamais nous voler cette nuit de feu qui nous a jetés dans les bras l’un de l’autre. Mais, je t’en supplie, ne regarde pas en arrière. Fais ta vie comme je veux faire la mienne et qui sait ? Peut-être la Providence si souvent imprévisible nous donnera-t-elle l’occasion de renouer le passé à un futur présent.

Adieu toi que j’aime ! »

                                                                                  Solange.

 

 

 

L’enveloppe ne comportait pas de timbre, elle avait du être déposée directement chez lui, peut-être par la jeune fille elle-même.

Le garçon se précipita comme un fou dans la rue, parcourut sa ville natale dans tous les sens : en vain ! Il ne trouva aucune trace de son amie et, deux heures plus tard, rentra fourbu et découragé à la maison.

Il ne devait plus jamais recevoir de nouvelle de Solange !

 

 

 

Le second fait survint six mois plus tard sous la forme d’une carte postale envoyée de Moscou. Elle ne comportait que ces quelques mots écrits avec application :

 

 

 

            « Ami, je suis loin, très loin ; pourtant je me sens toujours proche de vous. Si c’était possible, je courrais vers vous. Hélas …. Baisers.

                                                                                  Cholenka

 

 

 

Ce fut aussi le dernier signe de vie qu’il reçut de la mystérieuse mannequin venue de l’Est.

 

(à suivre)

 

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

 

 

 

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