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Publié par BALCHOY

Tous se rendirent ainsi au réfectoire où chacun se plaça en remplissant les tables sans souci d’affinité et Ghislain se retrouva entre deux sœurs, une toute jeune, à peine dix-huit printemps venue manifestement des Indes ; l’autre, toute grisonnante, sans doute sexagénaire, faisait penser à une institutrice en retraite.

 

Levant les yeux, Ghislain sursauta tout d’un coup en découvrant presqu’en face de lui Marthe, toujours aussi perdue dans ses pensées. Il ne put s’empêcher de lui adresser des yeux un salut chaleureux auquel elle lui répondit cette fois par un sourire un peu crispé mais si inattendu qu’il dut faire effort pour ne pas l’interpeller en public.

Il réussit « in extremis » à se dominer et tout le reste du repas évita de la regarder tout en écoutant la lecture consacrée, ce matin là, à la vie du fondateur de la secte.

 

            Sitôt après le repas, le frère gardien le rejoignit et lui annonça une nouvelle réunion de formation qui commençait dix minutes plus tard. Décidément, dans cette communauté, on ne laissait guère de temps de réflexion personnelle aux néophytes.

 

Il eut juste le temps de jeter un coup d'oeil sur le parc qui lui parut bien différent, le jour, de ce qu’il en avait imaginé la veille en soirée.

 

A la rencontre, il revit les personnes de la veille ainsi qu’une dizaine d’autres frères et sœurs qui se joignirent à eux.

 

L’animateur lança la réunion en interpellant tour à tour chacun des participants pour lui demander leur avis sur la communauté sans avoir peur de la "critiquer" si nécessaire.

 

Les réponses fusèrent de toutes parts, toutes pratiquement élogieuses ;  si parfois, dans ce chorus d’approbations sans relief, jaillissait une ébauche de mini-critique, ce n’était la plupart du temps que pour déplorer les insuffisances des disciples à mettre en pratique l'enseignement du Maître.

 

Écoeuré par cet étalage de platitudes, Ghislain garda le silence ainsi qu’une jeune femme qu’il voyait pour la première fois ce matin.

 

Bien entendu, ce silence parut insupportable au responsable de la session et il interpella les deux « récalcitrants » avec une ironie teintée d’agacement.

 

            -« Je vois que Frère Jacinthe et sœur Aurore n’ont rien dit. Dois-je en conclure qu’ils n’ont aucun avis sur notre vie à moins qu’ils n’aient pas le courage d’exprimer le fond de leur pensée. »

 

Aurore, une grande fille athlétique à la silhouette très féminine, malgré son visage quelque peu masculin, réagit avec force :

 

            -« Mais enfin, frère, suis-je vraiment obligé de vous répondre même si je n’en n’ai aucune envie. Je vous dirai seulement que la communauté dont je rêve serait à ce point respectueuse de la liberté de chacun que la question que vous venez de me posez n’y aurait aucun sens. »

 

L’animateur ne répondit pas mais son visage blêmit de mécontentement à peine contenu.

 

Ghislain à son tour se leva, il ne devait pas, il ne pouvait pas dévoiler son jeu et pourtant ils n’avait aucune envie de rejoindre les « lèche-cul » de tout à l’heure.

 

            -« Je me sens trop jeune ici , frère gardien, pour louer ou critiquer de façon constructive la « Fleur de Lotus ». Laissez-moi, je vous en prie, un peu de temps pour me faire une opinion personnelle à ce propos. »

 

Si la réponse de la sœur Aurore avait déplu par son impertinence à l’animateur de la réunion, celle de Ghislain l’énerva davantage encore.

 

            -« Frère, chez nous, il n’y a pas de place pour ceux qui veulent garder envers et contre tout leur petite opinion plutôt que de faire confiance à la communauté et à ses responsables qui sont dépositaires de la seule Vérité qui sauve."

 

Ghislain comprit qu’il ne devait surtout pas répliquer et il s’écrasa en prenait un air humble et soumis.

 

Satisfait, d’avoir eu le dernier mot, le dirigeant clôtura la rencontre en rappelant que dix minutes plus tard il y aurait rendez-vous devant l’entrée principale pour une séance de relaxation et de contrôle de la respiration.

 

Juste le temps d’aller à la toilette, se dit Ghislain, qui aurait bien aimé faire un petit tour pour tenter de retrouver Marthe.

 

Quelques minutes plus tard, il se retrouva devant le porche qui l’avait accueilli la veille, entouré d’une cinquantaine de frères et de sœurs.

 

L’animateur, cette fois était un gringalet barbu et quelque peu enveloppé, rien vraiment d’un prof de gym.

Pendant une heure, il les fit s’étendre à même le sol, les poussant à ce qu’il appelait une « relaxation parfaite ».  Il fallait abandonner un à un tous ses muscles et se réfugier en une sorte de vide ou plutôt de « Nirvana » spirituel.

 

D’autres exercices avaient pour but de modifier le rythme de la respiration pour atteindre à une plus grande maîtrise de soi.

 

Pas de doute, se dit Ghislain, ces jongleurs d’esprit connaissent bien leur métier. A la fin de la séance, il lui sembla que ses « à priori » sur la « FLEUR DE LOTUS » avaient perdu quelque peu de leur acuité.

 

Il était près de dix heures du matin et le soleil commençait à percer les nuages quand se termina la rélaxation.

 

Tous se dispersèrent alors, chacun se dirigeant avec détermination vers la tâche précise qui l’attendait.

 

A sa grande stupéfaction, il ne reçut cette fois aucun ordre de mission et se décida à faire le tour du parc dans l’espoir de retrouver Marthe. Passant devant la ferme, il longea le terrain de sport où il avait assisté la veille à un match et parvint à un potager assez vaste où travaillaient trois femmes parmi lesquelles – il la reconnut de suite, Marthe.

 

 

Yvan Balchoy

balchoyyvan13@hotmail.com

http://poete-action.ultim-blog.com

 

 

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