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Publié par BALCHOY

Il semble que Dostoïevski distingue deux catégories de damnés.

 

La première comprend les pécheurs qui ont dédaigné l’amour actif par faiblesse plutôt que par perversité. Leur attitude spirituelle dans l’au-delà n’est pas monolithique. Une certaine humilité, suggère-t-il timidement, permet à ces malheureux de retrouver après leur mort une sorte « d’image de cet amour actif » (1) qui sauve

 


 

La seconde catégorie comprend les âmes fières et féroces de ceux qui, « non contents d’avoir méprisé l’amour durant leur vie terrestre ne respirent plus dans l’éternité que haine envers Dieu et sa création (2) La connaissance indubitable des réalités spirituelles dont jouissent ces damnés accroît l’esprit d’orgueil, qui les fait communier avec Satan.

 


 

-« Ils sont volontairement en enfer et sont insatiables, car ils se sont maudits eux-mêmes, ayant maudit Dieu et la vie. Les méchants se rassasient de leur désespoir comme si un affamé se mettait à sucer son propre sang, mais ils ne se rassasieront pas dans les siècles des siècles. » (3)

(3) Les frères Karamazov, page 887

 

Parvenu au terme de son auto-affirmation destructrice, le damné « partage » en quelque sorte la soif de néant et d’autodestruction de Satan. (4) Il ne peut plus contempler sans haine le Dieu vivant ; Il voudrait qu’il n’y ait plus ni Dieu, ni vie, mais que Dieu s’anéantisse lui-même avec son œuvre.

(4)A vrai dire le terme « partage » doit s’entendre ici en un sens très analogique, excluant toute idée de communion. La similitude entre Satan et le damné est toute extrinsèque, car l’orgueil démoniaque crée entre les êtres personnels une barrière infranchissable en les figeant au plan de la nécessité objective ; séparés de Dieu, les damnés sont par le fait même isolés et coupés les uns des autres. Bernanos parle également de la solidarité dans le mal. Par ailleurs, pour expliquer la différence qui existe entre les démons et les damnés, il écrit : « Satan ne souffre pas que ses victimes lui ressemblent, il ne leur permet qu’une caricature grossière, abjecte, impuissante. »

 

Ce désir impossible le condamne à brûler éternellement dans les flammes de sa propre colère, assoiffé d’une mort et d’un néant que jamais il n’obtiendra. (5)

 


 

Contrairement en effet aux allégations de la philosophie française de la bonne digestion, le châtiment infernal est éternel. En effaçant la durée, « comme l’a juré l’ange de l’Apocalypse », la mort met fin au processus vital de transformation et chacun demeure volontairement fixé dans le choix et l’état qu’il s’est donné lui-même et qui exprime synthétiquement son option temporelle.

 

            -« Rappelez-vous l’expression : l’ange ne tombe jamais, le démon est tombé si bas qu’il reste toujours étendu, l’homme tombe et se relève. Je pense que les hommes deviennent démons ou anges … Qui est coupable que vous vous êtes transformés en diables ! » (6)

(6) Carnets des démons, page 958-959

 

On se damne soi-même et c’est à jamais. La souffrance atroce des impies en enfer résulte de cette aliénation, de ce rejet simultané de l’amour de Dieu et de soi, de cette souffrance non partagée, de cette aspiration au néant, vaine et éternelle, puisque « l’Etre est et le non-être n’est pas du tout. » et ne le sera jamais. (7)

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(7) Carnet des démons, page 959. En dépit de la réserve signalée plus haut, concernant une certaine catégorie de damnés,Dostoïevski est donc un partisan résolu de l'éternité de l'enfer. Malgré les affinités nombreuses qu'il se reconnaît avec notre auteur, Nicolas Berdiaëv sur ce point professe l'opinion diamétralement opposée. Il est impossible selon le critique et philosophe russe de conférer l'éternité à l'enfer, car il relève de l'ordre du non-être et ne peut donc exister que sous une forme temporelle. "L'enfer éternel, écrit-il, est une conjonction de mots vicieuse et contradictoire, l'enfer étant précisément une négation de l'éternité, une impossibilité d'y accéder et d'y communier. Il ne peut exister aucun éternité infernale, il ne peut exister qu'une éternité divine." De la destination de l'homme, page 346. CF. Eug. Porret, loc. cit. page 130-131 et Jean Louis Segundo : Berdiaëv, une réflexion chrétienne sur la personne, Paris 1963, page 216-217.

 

 

Yvan Balchoy

balchoyyvan13@hotmail.com

http://poete-action.ultim-blog.com

 

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