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Publié par YVAN BALCHOY

LA LIBERTE DANS L'OEUVRE DE DOSTOÏEVSKI : ÊTRE LIBRE, CE N'EST PAS CHOISIR A TOUT VENT, C'EST ÊTRE SOI-MÊME. (402)

C’est tout « le drame de l’humanisme athée » si bien exposé par le Père de Lubac (1)

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  1. Cf. cette étude, page…

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Cela va à l’encontre d’une certaine théologie qui tend à réfuter l’idée que l’homme est diminué s’il rejette Dieu et qui, même, va jusqu’à identifier le salut de Jésus-Christ à la mort de Dieu.

Dostoïevski pour qui Dieu est essentiellement « VIE » aurait bien eu de la peine à se situer face à cette conception religieuse, lui qui était si méfiant vis-à-vis de toutes les formes d’humanité close.

Emporté par sa polémique passionnée avec les scientistes et les rationalistes de tout acabit, notre auteur n’a sans doute pas assez manifesté tout le positif du progrès humain que rend possible une technique mise au service de la personne humaine.

Ce n’est pas qu’il soit hostile au progrès scientifique, mais son expérience d’homme lui a montré les dangers d’une science laissée à elle-même.

Ici également Fédor Mikhaïlovitch met sa Foi dans le progrès personnel avant celui des institutions.

Dans les « carnets des frères Karamazov », fort de sa Foi au Christ, il relève le défi des scientistes qui pensent avoir rendu inutile la dimension religieuse de l’homme. (2)

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« Nous n’avons pas non plus peur de la science. Nous lui indiquerons même de nouvelles voies » page 885

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Le Christianisme est seul à même de permettre à la science de jouer son rôle positif au profit de toute l’humanité ; lui seul, pense l’écrivain russe peut répondre à l’ensemble des aspirations humaines, car, dans le Christ, il nous présente la condition humaine dans sa pureté absolue.

Aussi refuse-t-il, le dilemme dans lequel s’égare, à ses yeux, la conscience moderne, la gloire de Dieu ou la grandeur de l’homme.

Il est faux de croire que vénérer Dieu, c’est abdiquer sa liberté et sa responsabilité.

C’est tout le contraire qui est vrai.

En reconnaissant librement sa dépendance vis-à-vis de Dieu, l’homme acquiert sa vraie liberté, en la rejetant, au contraire, il court à sa perte et se détruit lui-même, car il rejette le meilleur de lui-même et en même temps s’aliène profondément.

L’argumentation de l’écrivain est d’autant plus intéressante qu’elle s’appuie sur une expérience existentielle.

Il a vécu personnellement la tension entre la Foi et l’incroyance si évidente en son œuvre.

Dostoïevski est aussi actuel face à l’existentialisme moderne dont il est considéré à juste titre comme un de ses devanciers immédiats.

Thurneysen a bien montré sa parenté d’idées avec Sören Kierkegaard.

La primauté de l’existence sur l’essence, du vécu sur le concept est, pourrait-on dire, une dominante de la théologie orthodoxe russe.

Aux penseurs pessimistes d’aujourd’hui qui, sans toujours en prendre conscience, érigent l’absurde en absolu, l’œuvre de Fédor Mikhaïlovitch inflige un tonique démenti par le sursaut d’espérance et d’optimisme foncier qu’elle dégage d’une vision lucide du monde et de ses misères.

Son existentialisme ne rejette pas toute ontologie, mais la subordonne à l’emprise de la volonté.

Sans ontologie, la liberté ne sert de rien, sans liberté, elle est inerte et sans vie.

Le grand romancier russe les réconcilie toutes deux grâce à ce « totalitarisme » qu’il partage avec les écrivains de son peuple et tout particulièrement de Vladimir Soloviev qui allait, après lui, le systématiser.

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