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Publié par BALCHOY

Que les miracles espérés ne se produisent pas, passe encore, mais qu'une telle opprobre frappe le fidèle serviteur de Dieu, voilà qui dépasse la mesure ! Toutes les valeurs qui sont la raison d'existence d'Alexis semblent s'écrouler à la fois ; ses paroles nous laissent mesurer le désarroi intérieur dans lequel il se débat. "Où était la Providence ? S'était-elle retirée, laissant place  aux impitoyables lois de la nature" (1) A cet instant critique, la fameuse conversation de la veille où son frère Yvan lui avait confié sa révolte métaphysique (2) lui revient en tête et l'obsède à nouveau, sans cependant porter directement atteinte à sa foi.

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(1) Les Frères Karamazov, page 366
(2) Cf cette étude, page...
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Il continue d'aimer Dieu et de croire en Lui. Le doute s'insinue pourtant à un tel point en lui que Rakitine s'étonne de ne pas retrouver sur le visage du jeune novice sa douceur habituelle. C'est alors qu'Aliocha lui adresse, avec un éclair dans les yeux, ces mots si étonnants en sa bouche :

     -"Je ne me révolte pas contre mon Dieu ; seulement, je n'accepte pas son univers." (3)

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(3) Les Frères Karamazov, page 368
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C'est là un écho étonnement fidèle des objections d'Yvan : la mise en question non de l'existence de Dieu mais de sa sagesse et de son oeuvre. Aliocha est à ce point affaibli par son désappointement qu'il se laisse alors entraîner chez une jeune femme de réputation douteuse. Est-ce la chute ? Non, car il ne peut être question pour lui de trahir le Christ auquel son coeur reste sincèrement attaché. "Si Aliocha avait pu s'analyser en ce moment, il aurait compris qu'il était cuirassé contre les tentations." (4)

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(4) Les Frères Karamazov, page 375.
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Dieu n'abandonne pas son fidèle serviteur dans le malheur ; après la dure épreuve, il lui envoie sa consolation. Revenu pour prier près du corps  de son maître spirituel, Alexis en écoutant la lecture de l'Evangile "Les noces de Cana" s'endort et revit en son sommeil l'enseignement joyeux de Zossime. (5) Tout à coup il voit devant

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(5) Peut-être, y-a-t-il ici influence du grand slovophile Khomiakov ?
"Pourquoi, écrivait-il, ne pas demander à Dieu l'abrogation des lois physiques ? La résignation au coeur des souffrances est bonne, meilleure encore l'action de grâce pour la souffrance, mais l'hymne chanté en toute sincérité pour la délivrance de l'affliction est lui aussi magnifique... et l'âme réclame tous les genres de bonheur... Dieu ne les refuse pas à l'homme. Souvenez-vous de Cana en Galilée." Khomiakov, oeuvres complètes, volume VIII page 346 cité par A. Gratieux, ouv. cité, tome II, page 162.
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le défunt proclamer le "vin de la grande joie" et rappeler l'amour infini du Christ, notre soleil. Réconforté d'une vigueur venue d'en haut, Aliocha se précipite dehors, le coeur rempli de bonheur, saisi par l'harmonie universelle résultant de l'union des mondes terrestre et céleste..

     -"Il descendit du perron sans s'arrêter. Son âme exaltée avait soif de liberté et d'espace. Au-dessus de sa tête, le voûte céleste s'étendait à l'infini : les calmes étoiles scintillaient. Du zénith à l'horizon apparaissait indistincte la voie lactée. La nuit sereine enveloppait la terre. Les tours blanches et les coupoles dorées se détachaient sur le ciel de saphir. Autour de la maison, les opulentes fleurs d'antan s'étaient endormies jusqu'au matin. Le calme de la  terre paraîssait se confondre avec celui des cieux : le mystère terrestre avec celui des étoiles. Aliocha immobile regardait : soudain, comme fauché, il se prosterna. (6) 'Arrose la terre de larmes de joie !'  Ces paroles retentirent en son âme... oh, dans son extase, il pleurait même sur ces étoiles qui scintillaient à l'infini et il n'avait pas honte de cette exaltation. On aurait dit que les fils de ces mondes innombrables convergeaient en son âme et que celle-ci frémissait toute au contact des autres mondes... Il sentait d'une façon claire et quasi-tangible qu'un sentiment ferme et inébranlable pénétrait à jamais en son esprit. Il s'était prosterné, faible adolescent et se releva lutteur solide pour le reste de ses jours. (7)

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(6)Dostoïevski donne au rite du baisement de la terre une signification complexe. Sans doute est-ce sous l'influence de l'enthousiasme vital schillérien qui a marqué sa jeunesse mais on ne peut écarter pour autant l'hypothèse d'une interprétation sophiologique (Cf. à ce propos la deuxième section de cette étude page...) "La Terre, écrit Paul Evdokomov, est le sein cosmique de l'homme , elle symbolise avec le Cosmos et la Mère de Dieu les trois aspects de la SOPHIA, terme qui dans la tradition orthodoxe désigne la Sagesse de Dieu, qui renferme les idées divines sur le monde." cf. Paul Evdokimov : Orthodoxie, Taizé 1959, page 87.
(7) Les frères Karamazov, page 389 ; L. Zander rapproche ce récit d'un texte de Saint Isaac le Syrien, très apprécié par Dostoïevski. Cf. L.A. Zander : "Dostoïevski et le problème du bien" traduit par R. Hoffmann, Paris 1946, page 28.
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