LA LIBERTE DANS L'OEUVRE DE DOSTOÏEVSKI : ÊTRE LIBRE, CE N'EST PAS CHOISIR A TOUT VENT, C'EST ÊTRE SOI-MÊME. (292))
L’amour agissant ne « prouve » pas, il persuade, ce qui est bien plus.
La persuasion, note Jean Wahl dans ses « Etudes Kirkegaardiennes » c’est quelque chose qui dépasse tout témoignage et toute démonstration ; Aussi il n’est pas question de persuasion à propos des mathématiques, car il y a là une démonstration et il ne peut y avoir de démonstration contraire.
En rapport avec toute proposition existentielle, il y a une démonstration contraire. Il y a un « pro et contra ». Malgré cela ou plutôt à cause de cela, la persuasion existe. (1)
(1) Ouvrage cité, page 300
Un excellent exemple en est fourni par Mychkine.
Peu après avoir contemplé avec Rogojine le fameux tableau du Christ mort peint par Holbein qui peut « faire perdre la Foi, il lui fait remarquer :
« Ecoute, Parfione, tu m’as payé tout à l’heure une question. Voilà ma réponse. L’essence du sentiment religieux échappe à tous les raisonnements, aucune faute, aucun crime, aucune forme d’athéisme n’a de prise sur elle. Il y a, il y aura éternellement dans ce sentiment quelque chose d’inaccessible à l’argumentation des athées. » (2)
(2) « L’Idiot », page 269
L’Idiot a ressenti lui aussi l’effroi que donne au croyant la vue du cadavre crucifié. Il en a saisi toute la portée et pourtant il demeure résolument fidèle à la Vérité du Christ qui transcende tous les arguments, dont il ne méprise cependant pas la valeur au niveau inférieur qui est le sien.
Comment l’amour persuade-t-il l’athée de la vérité de la Foi au Christ ? Les « Carnets des Frères Karmazin » nous le suggèrent :
« Tout athée qui aime d’un amour actif reviendra à Dieu et Le verra…car, si on aime, on est déjà en Dieu. » (3)
(3) « Carnets des Frères Karamazov », page 875
Quoi d’étonnant en conséquence à ce qu’un sentiment d’essence si immédiatement divine, conduise le cœur humain à Celui qui en est la source.
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