07-12-25- A L'ASSEMBLEE, MELENCHON SE POSE EN DEFENSEUR DE LA LAÏCITE REPUBLICAINE (MARTINE ORANGE - MEDIAPART)
Auditionné par la commission d’enquête sur l’entrisme islamiste, le chef de file de LFI a voulu balayer toutes les accusations d’antisémitisme et de complaisance envers les réseaux religieux portées contre son parti.
6 décembre 2025 à 20h43
6 décembre 2025 à 20h43
Cette audition du 6 décembre était attendue de pied ferme. Par la droite, qui avait suivi l’idée de Laurent Wauquiez, chef de file du parti LR à l’Assemblée nationale, de créer cette commission d’enquête sur les liens supposés entre les représentants politiques et des réseaux soutenant l’action terroriste ou propageant l’idéologie islamiste. Et par les Insoumis, déterminés à démonter les accusations de complaisance envers les mouvements islamistes radicaux, portées par leurs adversaires politiques.
D’emblée, Jean-Luc Mélenchon décide de planter le décor. « Nous avions décidé de vous boycotter. D’abord parce que l’intitulé de la commission était insupportable, on y mettait en cause notre parti », reconnut-il dans son propos liminaire. Avec Marine Tondelier, présidente des Écologistes, il est le seul responsable politique à avoir été convoqué par cette commission.
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Jean-Luc Mélenchon au cours de son audition par la commission d’enquête parlementaire sur des liens supposés entre mouvements politiques et réseaux islamistes, le 6 décembre 2025. Magali Cohen / Hans Lucas via AFP
Puis le chef de file explique les raisons qui l’ont incité à se présenter finalement : « Votre commission a déjà produit les documents qui nous innocentent absolument. Aucun responsable de services de renseignement ne dit qu’il y a un lien entre nous et les islamistes. »
En face, le président de la commission d’enquête, Xavier Breton (LR), et le rapporteur, Matthieu Bloch (LR), marchent sur des œufs. Ils prennent toutes les précautions oratoires pour rappeler que cette commission n’est « pas un tribunal », « ne vise pas un parti politique en particulier ». Son seul objet serait donc de lutter contre « l’entrisme islamiste » en France.
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Mais qu’est-ce que l’entrisme islamiste ? Quelle définition juridique lui donner pour le qualifier et le sanctionner ? À cette question posée par le rapporteur, le ministre de la justice, Gérald Darmanin, auditionné après le président de LFI, est incapable de répondre précisément. Il parle de la nécessité d’élargir les moyens de renseignement, de pouvoir suivre les personnes suspectes, de créer une nouvelle catégorie de fiché·es S, de mettre sous contrôle les associations, y compris sportives, soupçonnées de prosélytisme islamiste, d’analyser les candidatures des élections municipales. Autant de moyens qui permettraient selon lui d’établir les faits et, après, d’imposer des sanctions et des mesures de prévention. Mais rien qui ne permette d’écrire une loi, même s’il a le projet de déposer un texte au printemps.
Ce flou juridique pèse sur toute l’audition de Jean-Luc Mélenchon : il joue sur du velours tout au long de ses interventions, partant dans de grandes digressions historiques et philosophiques.
Déterminé à se montrer sous son meilleur jour, le chef de file avait décidé d’abandonner le ton vindicatif et les formules provocatrices dont il fait souvent usage. Il n’est là qu’en tant que simple « intellectuel », soucieux de défendre « la laïcité républicaine », rappelant que son parti n’accepterait jamais « l’entrisme religieux ».
« Nous avons avant tout besoin de science et de compréhension de ce que nous affrontons. C’est ça que les terroristes espèrent, qu’on s’entretue entre nous, c’est aussi vieux que la guerre de religion entre catholiques et protestants ! », souligne-t-il. Aujourd’hui, l’islamophobie – il en revendique le terme – a saisi les esprits en France, installant un climat délétère dans le pays. Il s’attarde sur l’inquiétante confusion en train de s’ancrer entre islam, islamisme, et terrorisme islamiste, alors que des millions de musulmanes et de musulmans vivent aujourd’hui en France.
« Je reconnais l’existence de cette menace terroriste et il faut tout faire pour la combattre […] Mais pourquoi ne s’inquiéter que des Frères musulmans ? », s’interroge-t-il, en référence à un rapport commandé par Gérald Darmanin, alors ministre de l’intérieur, et rendu public par son successeur, Bruno Retailleau, au printemps. Avant de s’étonner que personne ne s’attarde sur « l’ingérence extérieure » des Émirats arabes unis, « visant à provoquer un débat public contre le Qatar [principal soutien financier des Frères musulmans – ndlr] ».
Lors de son audition, Gérald Darmanin enfonce pourtant le clou, parlant d’un projet d’entrisme « salafo-frériste », avec le soutien d’ingérences extérieures portées notamment par le Koweït et la Turquie. Il se félicite de l’aide apportée par l’Arabie saoudite et les Émirats dans ce combat.
Confusion et amalgames
Au fur et à mesure des questions adressées à Jean-Luc Mélenchon, la confusion qui règne dans le débat public, relayée par les médias et les partis de droite et d’extrême droite s’inspirant du trumpisme, devient de plus en plus patente. Naturellement, on parle du voile. Pourquoi Jean-Luc Mélenchon, farouche adversaire du voile en 2015, a-t-il changé d’avis depuis ? Pourquoi le député Thomas Portes était-il en Égypte à la frontière de Gaza aux côtés d’Abu Amir Eleiwa, qui dirige une association proche des Frères musulmans, le 6 octobre 2023, veille du massacre du 7-Octobre ? Pourquoi La France insoumise a-t-elle participé à la manifestation du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), dissous en 2020, durant laquelle des slogans antisémites fusèrent.
Balayant toutes les accusations antisémites dont LFI fait l’objet, Jean-Luc Mélenchon évite toute ambiguïté : « Je veux que chaque juif du plus modeste village de ce pays sache que, s’il a un problème, les Insoumis seront à ses côtés pour le défendre. »
Avant de rappeler que les membres de droite de la commission, lors des manifestations contre le mariage pour toutes et tous, avaient aussi côtoyé des intégristes islamistes sans qu’il leur soit fait le reproche. Et de porter l’estocade : « Si vous voulez interroger des gens qui ont des liens avec les terroristes, interrogez des membres du Rassemblement national », en se référant à certaines auditions passées de responsables du renseignement.
Que reste-t-il de ces auditions ? Pas grand-chose. Juste l’impression d’une commission d’enquête mal conçue, mal ficelée, élaborée pour n’être que la caisse claire du débat politique que veulent installer la droite et l’extrême droite.
NOTE D'YVAN BALCHOY
Si je devais voter en France, je le répète une fois de plus, je choisirais sans hésiter le parti des insoumis qui est plus le parti de la justice que celui d'un ministre qui autrefois n'a pas hésité à souffler comme poussière sous ses pieds une attitude qui était tout sauf républicaine et humaniste.