02-09-25-EN CHINE, XI JIMPING MET EN SCENE UN FRONT ANTI TRUMP AVEC POUTINE ET MODI (FRANCOIS BOUGON ET ROMARIC GODIN- MEDIAPART)
Le sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai a permis au dirigeant chinois de se poser comme le défenseur du multilatéralisme, malmené par le président états-unien. Et d’accélérer le rapprochement avec son homologue indien, Narendra Modi, cible de la politique douanière de Washington.
Jinping peut dire merci à Donald Trump. Le président états-unien – en choisissant de cibler New Delhi la semaine dernière en doublant les taxes douanières de ses exportations – a précipité le rapprochement en cours entre les deux grands rivaux asiatiques, la Chine et l’Inde, les deux pays les plus peuplés au monde (2,8 milliards d’habitant·es au total). Ce qui renforce du même coup l’isolement états-unien et souligne cruellement l’affaiblissement occidental.
Le premier ministre indien, Narendra Modi, a été en effet l’une des têtes d’affiche, avec le président russe, Vladimir Poutine, du raout diplomatique organisé par Pékin dimanche et lundi pour la 25e réunion de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) à Tianjin, une ville portuaire à environ 120 kilomètres de la capitale chinoise.

La dernière visite de Modi en Chine remontait à 2018. Depuis, les relations entre les deux voisins s’étaient détériorées à tel point que leurs armées s’étaient affrontées en 2020 et 2021 dans la région himalayenne frontalière de Ladakh, dont la Chine revendique une partie.
Après plusieurs mois de réchauffement, Xi et Modi se sont retrouvés pour une rencontre bilatérale dimanche en marge du sommet. Selon le ministre des affaires étrangères indien, Vikram Misri, les deux hommes ont été « heureux de constater les progrès accomplis dans [leurs] relations depuis [leur] rencontre à Kazan en octobre dernier », à l’occasion du sommet des Brics, une autre grande plateforme du Sud global.
La « danse du dragon et de l’éléphant »
Pour Vikram Misri, « les intérêts communs l’emportent sur les différences entre les deux nations ». Le chef de la diplomatie indienne a aussi souligné que l’Inde et la Chine « doivent coopérer si l’on veut que le XXIe siècle soit celui de l’Asie ». Xi Jinping a utilisé, lui, une formule beaucoup plus imagée : « Réaliser “la danse du dragon et de l’éléphant” devrait être le choix judicieux tant pour la Chine que pour l’Inde. »
On est bien loin de la rencontre en février à la Maison-Blanche entre Modi et Trump, lors de laquelle le premier avait repris le slogan du second en parlant de « Make India Great Again » (MIGA) et déclaré : « Quand MAGA s’associe à MIGA, cela donne naissance à un méga-partenariat pour la prospérité. »
Pour l’heure, le méga-partenariat semble plutôt passer par Pékin. L’offensive de Donald Trump contre New Delhi pose un problème central pour le modèle économique indien. La très forte croissance du pays sous la direction de Narendra Modi s’explique en effet très largement depuis plusieurs années par sa situation dans la réorganisation des chaînes logistiques.
L’Inde a beaucoup profité de la stratégie de « friendshoring » du capitalisme états-unien, c’est-à-dire de la volonté des groupes d’outre-Atlantique de trouver des approvisionnements alternatifs à la Chine après le premier passage de Donald Trump à la Maison-Blanche (2017-2021).
L’Inde est donc devenue, comme le Vietnam, un producteur de biens pour le marché états-unien, en grande partie à partir d’intrants chinois. En 2023, 18 % de ses importations provenaient ainsi de Chine et 17 % de ses exportations étaient dirigées vers les États-Unis. Narendra Modi avait toutes les raisons de penser que le retour de Donald Trump au pouvoir allait accélérer cette stratégie. New Delhi pouvait même se présenter comme une alternative rêvée au rival chinois. Apple avait, d’ailleurs, investi massivement dans le sud de l’Inde pour préparer le terrain.
Le calcul du dirigeant indien était que le développement industriel indien porté par le « friendshoring » permettrait de construire une puissance autonome en favorisant le développement du gigantesque marché intérieur indien. L’ambition de Narendra Modi n’a jamais été réellement cachée : l’Inde avait vocation à devenir une nouvelle superpuissance économique, une « nouvelle Chine ». Cependant, avant d’accomplir ce destin, New Delhi devait ménager son client états-unien et son fournisseur chinois par une politique d’équilibre.
Mais la stratégie de la nouvelle administration Trump étant la vassalisation, l’Inde apparaissait comme un maillon faible du dispositif états-unien. Dépendant de la Chine et acheteur du pétrole russe, le pays était trop autonome au goût de Washington sur le plan économique. L’Inde a donc été placée devant un choix qui n’en était pas un : se soumettre comme le Vietnam à des conditions déséquilibrées pour garder l’accès au marché états-unien, ou se voir pénalisé par des droits de douane prohibitifs.
Les taxes de 50 % frappant les produits indiens ne laissent donc plus le choix au gouvernement Modi : il faut redéfinir un nouveau modèle économique. De ce point de vue, la Chine a des arguments à faire valoir. La République populaire a déjà commencé à investir massivement en Inde, notamment ses producteurs de smartphones Xiaomi, Vivo ou Oppo.
L’avenir manufacturier indien peut donc s’inscrire dans le cadre chinois compte tenu du très faible niveau du coût du travail en Inde. L’Inde peut aussi rêver de devenir pour la Chine l’équivalent de ce que la Chine a été pour les États-Unis dans les années 1990-2000 : un atelier bon marché permettant de produire à bas coût. Avec un atout supplémentaire : un marché de consommation déjà développé et ne demandant qu’à acheter des produits chinois.
La fin de la « Pax Americana » ?
Outre Narendra Modi et ses besoins de diversification, une vingtaine de chefs d’État se sont donc retrouvés dimanche et lundi à Tianjin, sur la côte orientale chinoise. Ils représentent une grande partie de l’Eurasie. Depuis sa création en 2001, l’OCS est passée d’un regroupement sino-russe avec les pays d’Asie centrale autour des questions de sécurité à l’un des pôles de contestation de la domination occidentale sous égide chinoise.
La diplomatie « disruptive » de Trump, qui consiste à « dézinguer » ses alliés et flatter ses ennemis, accélère certes des tendances déjà à l’œuvre – un centre de gravité du monde, à la fois économique et géopolitique, se déplaçant vers l’Asie –, mais elle facilite de manière surprenante les ambitions de son premier rival stratégique, la Chine.
Comme le souligne l’économiste états-unien Paul Krugman, « en seulement sept mois, Trump a complètement détruit les fondements de la Pax Americana ». Ce point de vue est, comme toujours avec Paul Krugman, celui de la majorité du Parti démocrate qui a dissimulé une position impérialiste derrière une forme de stabilité. Ainsi, Paul Krugman reconnaît que la « Pax Americana » était au service des intérêts de l’empire états-unien, et des dirigeants comme Mohammed Mossadegh en Iran et Salvador Allende au Chili en ont été victimes.
Mais, selon lui, « pour l’Europe et le Japon, l’empire américain était une chose subtile, les États-Unis évitant les démonstrations de pouvoir brutales et se pliant en quatre pour éviter d’être explicites sur leur statut impérial ». Depuis le 20 janvier et le retour de Trump à la Maison-Blanche, place à la brutalité et aux flatteries plutôt qu’à la subtilité et à la diplomatie.
En réalité, l’administration Biden avait déjà maintenu un air de confrontation avec Pékin, laissant entendre que cette « Pax Americana » classique était en crise. La position de Trump a durci cet état de fait en tentant de renforcer l’empire autour d’une logique de vassalisation.
Pékin en défenseur des Nations unies
NOTE D'YVAN BALCHOY
Trump se targue de ne pas être un dictateur contrairement au désir de beaucoup, de ses concitoyens. Il se dit aussi intelligent.
Retournez le sens de ses deux phrases pour retrouver la réalité pure et vous comprendrez comment à moyen terme et plus encore à long terme le bouffon de Washington scie les bases de la domination économique des USA et tant mieux !