15-09-25- LA MINISTRE SIRA REGO : SUR GAZA, L'ESPAGNE SE SITUE DU BON COTE DE L'HISTOIRE" (LUDOVIC LAMENT - MEDIAPART)
Dans un entretien à Mediapart, la ministre espagnole Sira Rego, qui vient d’être interdite d’entrée en Israël, revient sur les dernières annonces du premier ministre Pedro Sánchez sur Gaza, dont un embargo sur les ventes d’armes.
Sira Rego, née en 1973, et dont le père palestinien vit en Cisjordanie, est ministre de la jeunesse et de l’enfance dans le gouvernement de Pedro Sánchez. Membre de la direction d’Izquierda Unida (communiste), elle est une des cinq ministres du mouvement Sumar (gauche critique) au sein de la coalition des gauches à Madrid.
De passage à Paris, elle revient pour Mediapart sur la politique de l’Espagne vis-à-vis d’Israël et commente sa récente interdiction d’entrée sur le territoire israélien.
Mediapart : Pedro Sánchez a présenté lundi 8 septembre neuf mesures censées renforcer la pression sur Israël, dont un embargo sur les ventes d’armes et l’interdiction de produits issus des colonies de Cisjordanie. Vous en félicitez-vous ?
Sira Rego : C’est une étape très importante, sur un plan politique, mais aussi symbolique. Le gouvernement espagnol intervient avec détermination pour essayer, à travers la pression internationale, de mettre fin à ce génocide.

Je fais partie d’un gouvernement de coalition. Historiquement, mon espace politique a toujours cultivé la solidarité avec le peuple palestinien. Et c’est avec ce type de mesures, qui ont été adoptées en conseil des ministres mardi dernier [à l’exception du décret sur l’embargo des ventes d’armes, qui devra faire l’objet d’un vote au Congrès dans les trente jours – ndlr], que l’on voit l’utilité de notre présence au sein du gouvernement.
Ces mesures suffisent-elles ?
Nous continuons de réclamer davantage, nous pensons qu’on peut faire encore un peu plus, jusqu’à la rupture totale de tout type de relations avec Israël. Mais nous sommes aussi très conscient·es du fait qu’une partie de ce qui se joue dépend de l’Union européenne. Je pense par exemple à la rupture de l’accord de coopération UE-Israël, qui nous semble fondamentale. L’exécutif espagnol, par la voix de plusieurs de ses ministres, réclame depuis longtemps la rupture, non pas partielle mais totale, de cet accord.
Pedro Sánchez a utilisé pour la première fois, lundi, le terme de « génocide », que vous utilisez, vous, de longue date. En avez-vous été surprise ?
Il ne fait que décrire ce qui est désormais reconnu par beaucoup d’instances internationales, à commencer par les Nations unies. Il me semble aussi que Pedro Sánchez reconnaît ainsi le travail important des mouvements sociaux, de tous ces gens qui se mobilisent depuis des mois pour dire « non » au génocide. Les mobilisations sociales sur Gaza sont très fortes en Espagne.
En réaction aux annonces de Pedro Sánchez, le ministre des affaires étrangères israélien, Gideon Saar, a jugé qu’il cherchait à « détourner l’attention des graves scandales de corruption [qui le touchent], à travers une campagne anti-israélienne et antisémite ». Il a aussi annoncé l’interdiction d’entrée en Israël de Yolanda Díaz, vice-présidente du gouvernement, et de vous-même. Qu’en dites-vous ?
Nous sommes interdites d’entrée en Israël mais aussi, logiquement, dans les territoires palestiniens, puisque ceux-ci sont occupés de manière illégale par Israël. Or, ma famille côté paternel [son père et des frères – ndlr] vit en Cisjordanie : je ne pourrai plus rendre visite à ma famille.
Israël montre du doigt celles et ceux qui portent une voix dissidente, qui condamnent le génocide en cours. C’est une forme de criminalisation de celles et ceux qui critiquent ce qui est en train de se passer. Alors que nous, depuis le gouvernement espagnol, sommes du côté des droits humains et du droit international. Et qu’en face, il y a un criminel de guerre. Je sais que l’Espagne se situe du bon côté de l’histoire.
Au-delà des marques de solidarité que j’ai reçues de la part de politiques en Espagne, j’espère que la haute représentante pour les affaires européennes [l’Estonienne Kaja Kallas – ndlr] saura trouver une réponse. Car il n’est pas acceptable qu’un État, avec lequel l’UE a signé, encore une fois, un accord de coopération, sanctionne de manière arbitraire deux ministres d’un État membre.
Vous faites aussi peut-être les frais de votre soutien aux manifestant·es qui ont perturbé le déroulement d’étapes de la Vuelta, le grand tour cycliste espagnol, à cause de la participation de l’équipe Israël-Premier Tech, propriété d’un milliardaire pro-Nétanyahou…
J’avais envoyé un courrier, que j’avais rendu public, au directeur de la Vuelta, l’exhortant à reconsidérer la participation de cette équipe, propriété d’un ami de Nétanyahou qui soutient ce qui est en train de se passer là-bas. À mes yeux, c’est un pur exercice de blanchiment du génocide, ce qui est inacceptable [ce n’est qu’ensuite que le ministre des affaires étrangères, le socialiste José Manuel Albares, a plaidé dans le même sens, pour un retrait de l’équipe en question – ndlr].
La France d’Emmanuel Macron est sur le point de reconnaître l’État de Palestine – ce que l’Espagne a fait au printemps 2024 –, mais continue de vendre des armes à Israël. Qu’en pensez-vous ?
Nous continuons de réclamer un embargo sur les ventes d’armes à Israël, au niveau européen. C’est le seul chemin : tenter d’isoler Israël, par des sanctions, par la pression diplomatique, et compliquer son accès aux armes. Poursuivre l’achat et la vente d’armes revient à permettre que l’on continue de massacrer la population de Gaza. Il faut rompre tout type de relation commerciale avec Israël, en ce qui concerne les ventes d’armes. C’est primordial.
Un mot sur la coalition PSOE-Sumar en poste à Madrid : le gouvernement a été fragilisé par un scandale de corruption au sein du Parti socialiste, en juin. Qu’en est-il en cette rentrée ?
D’abord, il faut dire que l’Espagne a longtemps été habituée au bipartisme [entre le Parti socialiste et le Parti populaire – ndlr] et que cela fait seulement quelques années que le pays apprend à gouverner autrement, avec une coalition au pouvoir. Il est vrai que le scénario est compliqué, qu’il y a eu des moments délicats.
Mais nous apportons aussi la preuve que le gouvernement travaille et réalise des avancées. La semaine qui vient de s’écouler est un bon exemple de tout cela : en plus du paquet de sanctions contre Israël, une loi a été adoptée, qui renforce les droits liés à un congé paternité. On a aussi avancé sur les mesures contre la corruption [annoncées par Sánchez en juillet – ndlr]. Même si la procédure judiciaire de l’affaire dont vous parlez est toujours en cours et reste circonscrite à des cadres du PSOE.
Les événements racistes de Torre-Pacheco en juillet, où des populations immigrées ont été prises pour cible, ne marquent-ils pas la fin d’un cycle pour les gauches en Espagne ?
Je ne crois pas. Je suis persuadée que les mobilisations populaires contre le génocide sont en train de changer la donne et qu’elles affaiblissent l’extrême droite, dont certain·es représentant·es défendent le génocide en cours.
Sur la question migratoire plus particulièrement, notamment ce qui s’est produit à Torre-Pacheco, nous plaidons pour prendre position de manière limpide. C’est le fait de ne pas prendre position sur l’immigration qui fait que l’on laisse toute la place à l’extrême droite pour dérouler son récit. C’est pourquoi nous continuons à légiférer sur le sujet, par exemple pour élargir les droits des enfants de migrant·es sur le sol espagnol.
Encore une fois, je ne crois pas que ceux qui sont à l’initiative des lynchages de Torre-Pacheco s’en soient si bien sortis : il y a eu une énorme mobilisation sociale contre eux, dans la foulée, pour rappeler que l’Espagne est une société d’accueil et que ce genre de comportement est intolérable.
NOTE D'YVAN BALCHOY
Etre interdit d'entrer dans l'état raciste et apartheidiste du criminel de guerre et génoccidaire Natanyahu, c'est un HONNEUR !