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Publié par POESIE-ACTION

 

Près de deux mois après la mort d’un détenu dans l’incendie de sa cellule, reportage à la maison d’arrêt de Strasbourg. Un lieu de détention vétuste où le taux d’occupation était de 179 % pour les hommes en 2024.

Maud de Carpentier

 
  

Strasbourg (Bas-Rhin).– Il est 8 heures du matin, ce jeudi 21 août, lorsque la sénatrice écologiste de Paris, Anne Souyris, se présente au pied du mur d’enceinte de la maison d’arrêt de Strasbourg. C’est une visite surprise. En cette fin de mois d’août un peu poisseuse, sous le ciel gris et blanc alsacien, la voici à Strasbourg, avec un motif principal : comprendre le décès d’un détenu survenu le 29 juin derrière les épais murs de cette prison.

Ce dimanche-là, en milieu d’après-midi, des fumées et des flammes s’échappent d’une cellule. Celle de Serge Meckes, 57 ans. Incarcéré à Strasbourg depuis octobre 2024, le quinquagénaire – qui était aveugle – avait été condamné à quatre mois de prison pour violence avec usage ou menace d’une arme. Il était dans l’attente d’un jugement pour meurtre par personne en état d’ivresse manifeste.

Les gardiens vont mettre plusieurs minutes – l’enquête devra déterminer combien exactement – avant d’ouvrir la porte de la cellule en flammes, pour sortir le détenu et tenter – en vain – de le sauver.

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Pierre Ramette, directeur adjoint de la maison d'arrêt de Strasbourg, et Anne Souyris, sénatrice écologiste de Paris, le jeudi 21 août 2025. © Photo Romeo Boetzle via Rue89 Strasbourg

Selon la fille du quinquagénaire, Serge Meckes allait mal. Il était suicidaire et aurait dû être surveillé de près par l’administration pénitentiaire. La jeune femme de 24 ans a porté plainte pour homicide involontaire et non-assistance à personne en danger. Contacté, le parquet de Strasbourg affirme que l’investigation est toujours en cours. Du côté de la direction de la maison d’arrêt de Strasbourg, on assure que Serge Meckes n’était pas suicidaire. Et pour cause, il n’était ni dans une cellule du service de santé psychologique, ni dans une cellule de protection d’urgence pour les détenus en crise suicidaire. Serge Meckes était dans une cellule classique. Avec les mêmes conditions de vie, précaires et insalubres, que ses 649 congénères.

« Ici, tu te transformes en autre chose »

Ici, les cellules de 9 mètres carrés sont étouffantes l’été et glaciales l’hiver. Le bâtiment – construit en 1988 sur près de 56 000 mètres carrés – est particulièrement vétuste, et le chauffage n’a toujours pas été rénové, les travaux devant commencer en octobre, assure la direction de la prison.

En attendant, chacun trouve ses propres solutions. Dans le quartier des femmes, Sarah attend par exemple minuit pour cuisiner les purées de son bébé avec lequel elle est enfermée, afin d’éviter que la plaque électrique ne transforme la chambre en véritable four. Une autre détenue, elle, dort en chaussettes, pull, sous deux couvertures et avec une bouilloire l’hiver pour tenter de ne pas avoir trop froid. Et puis il y a aussi « les rats qui rentrent dans [les] chambres si on ne bouche pas les trous dans les grillages aux fenêtres », comme le raconte un détenu de 23 ans. Sans parler des cris des autres prisonniers qui empêchent tout le monde de dormir.

Alors, pour ne pas sombrer – selon les chiffres de l’Observatoire international des prisons (OIP), on se suicide dix fois plus en prison que dehors –, il faut occuper son temps et son esprit. Si une minorité des détenu·es de Strasbourg travaille dans la prison (en moyenne 70 en 2024 sur près de 700 au total), quid des 630 autres ?

Dans le quartier mineurs par exemple, où sont enfermés actuellement neuf jeunes, âgés de 14 à 17 ans, la sénatrice Anne Souyris insiste auprès des surveillants : « Que font ces jeunes, la journée ? Aujourd’hui, par exemple, où il n’y a pas d’école, ils font quoi ? » Silence gêné. Aucune des cinq personnes présentes ne répond pendant quelques minutes. Puis, au bout d’un moment, un surveillant concède : « Là, l’été, c’est vrai que c’est compliqué. » À part une heure trente de promenade en une seule fois, rien n’est prévu.

À quelques mètres de là, Anne Souyris entre dans la cellule d’un jeune homme de 17 ans. L’air apathique, il répond d’une voix grave et douce à ses questions. La parlementaire tente d’éveiller le détenu, lui pose des questions sur son avenir. Mais rien ne semble lui donner envie. « Ici, tu te transformes en autre chose. » Le jeune homme confie avoir vu à plusieurs reprises un psychologue en détention, mais il a arrêté. « Ça sert à rien. Je préfère rester dans ma cellule, tout seul. » Devant sa porte, dans le couloir, le sol est noirci et à moitié fondu, comme brûlé. « Ça, c’est quand ils s’amusent à mettre le feu », explique le surveillant du secteur. 

Pas de détecteur de fumée dans toutes les cellules

Que faire, alors, lorsqu’un détenu tente de mettre le feu, « pour s’amuser » ? Ou, selon la sénatrice, « pour appeler à l’aide », comme peut-être Serge Meckes ? En règle générale, il est envoyé en unité sanitaire, où il sera reçu par un médecin généraliste ou un infirmier. Voire un psychologue ou un psychiatre si nécessaire. Tous ces professionnels travaillent à l’unité sanitaire de la maison d’arrêt, où 8 500 consultations médicales ont été réalisées en 2024, par une petite équipe d’une dizaine de soignant·es. Si le premier motif de consultation concerne les addictions, les troubles psychologiques viennent en deuxième place. Selon une étude sur la santé mentale en prison publiée en 2023, un tiers des hommes et la moitié des femmes en détention souffrent de troubles de l’humeur et de troubles anxieux.

Dans le bureau du médecin responsable de l’unité, la sénatrice s’installe. Et tente de comprendre ce qui est fait, concrètement, pour les détenu·es en souffrance, notamment psychologique. « Lorsqu’un détenu est signalé comme étant suicidaire, explique le directeur adjoint Pierre Ramette, il est transféré dans une cellule de protection d’urgence. C’est une cellule spéciale, où le pyjama et les draps se déchirent pour que le détenu ne puisse pas se pendre avec, la couverture est ignifugée et il y a un détecteur de fumée. » Temps de cet encellulement « sous haute surveillance » ? Vingt-quatre heures, renouvelables une fois.

Illustration 2
Une cour intérieure à la maison d'arrêt de Strasbourg encombrée de détritus, le 21 août 2025. © Photo Romeo Boetzle via Rue89 Strasbourg

 

 

NOTE D'YVAN BALCHOY

Dans la suite de l'article l'adjectif "ignoble" est utilisé, à mon avis à juste titre pour désigner les conditions générales de détention. J'estime qu'un juge consciencieux devrait refuser l'envoi d'un délinquant non directement dangereux dans  ce qui n'est pas seulement une privation de liberté ce que devrait être une prison mais un débarras social qui fait honte à la république.

Une autre question demeure; Selon certaines statistiques, le nombre de détenus en France est nettement plus important que dans l'ensemble des pays européens. On met les gens en prison pour des motifs qu'ailleurs on punit autrement.

Jamais on ne reconnaît cet excès de "carcérisme" dans le France actuelle.

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