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Publié par POESIE-ACTION

 

Treize membres du groupuscule identitaire ont été jugés mercredi pour une banderole raciste visant la chanteuse. Et jeudi, deux d’entre eux ont aussi comparu à Bobigny pour une action contre une exposition à la basilique de Saint-Denis. Deux procès qui éclairent sur leurs méthodes et leur stratégie de défense.

Laura Wojcik

5 juin 2025 à 22h22

 

  

 

 L'Agenda judiciaire du groupuscule identitaire Les Natifs s’est considérablement accéléré en ce début du mois de juin. Le premier acte se déroule mercredi au tribunal de Paris. Trois des treize prévenu·es sont présent·es, des vingtenaires caché·es derrière des lunettes de soleil et des masques chirurgicaux.

 

Ces militant·es d’extrême droite doivent, entre autres, répondre d’« injure publique en raison de la prétendue origine, ethnie, race ou religion et provocation publique à la discrimination en raison de la prétendue origine, ethnie race ou religion ». En cause : une banderole raciste déployée à Paris contre la chanteuse Aya Nakamura le 8 mars 2024 : « Ya pas moyen Aya. Ici c’est Paris pas le marché de Bamako ». Une manière de fustiger la participation pressentie de la Franco-Malienne, artiste francophone la plus écoutée du monde, à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris. 

Parmi eux, le porte-parole des Natifs, Stanislas Tyl, costume noir, cheveux châtains et fin collier de barbe. À ses côtés, Martin Escard, lui aussi engoncé dans un costume sombre, et Capucine Colombo, jupe longue fleurie, blazer noir, chignon serré sur un visage encore poupin.

Cette chargée de communication de 21 ans, ex-collaboratrice de trois député·es Rassemblement national (RN), aurait contribué à la publication et au montage de photos lors de la communication de l’action du groupe sur le réseau social X. « Je n’ai rien à déclarer. Je m’en tiendrai à notre déclaration commune », précise-t-elle lorsqu’elle s’avance à la barre. Questionnée sur des éléments personnels, elle se retourne vers son avocat, interrogative. « Vous voyez hein, vous êtes adulte », lui souffle la présidente.

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Agrandir l’image : Illustration 1

 

Le schéma de déverrouillage du téléphone d’Alexis Fondet, membre des Natifs, et quelques-uns des autocollants retrouvés chez lui lors de la perquisition de son domicile. © Illustration Sébastien Calvet / Mediapart

Les trois identitaires ne dérogent pas au silence durant près de six heures d’audience, devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris. À peine entaillent-ils leur mutisme quand Stanislas Tyl et Martin Escard s’avancent ensemble à la barre pour lire un polycopié rédigé à l’avance.

La présidente les recadre sans attendre : « Non, non, chacun son tour, devant un tribunal correctionnel, vous engagez votre responsabilité personnelle, pas collective. » C’est Stanislas Tyl qui se chargera finalement de dérouler son manifeste. Il réaffirme le message de la banderole et nie une provocation à la haine : « La culture musicale dans laquelle s’inscrit Aya Nakamura ne reflète en rien l’identité de notre pays. »

Hitler en fond d’écran

Le lendemain, l’ex-étudiant en finance est plus prolixe pour le deuxième acte judiciaire de sa semaine, cette fois entre les murs de briques du tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis). À ses côtés, Alexis Fondet, 23 ans, coupe courte, traits anguleux. Les deux prévenus ont assuré ne pas se connaître lors de l’instruction. Sur le banc, ils se montrent pourtant quelques messages sur leur téléphone.

Ils sont mis en cause pour « entrave concertée et avec violence ou voie de fait à l’exercice de la liberté de création artistique » à l’encontre de l’exposition photo « Les Nouvelles Reines » de l’artiste Sandra Reinflet à la basilique Saint-Denis. Ils sont accusés d’avoir apposé un drap noir sur les photographies de trois femmes, dont une vêtue d’un voile, le 11 mars 2025. Une action conclue par l’accrochage de trois autres visages : sainte Jeanne d’Arc, sainte Geneviève et Geneviève de Galard. Comme pour la banderole contre Aya Nakamura, l’action a été abondamment relayée sur les réseaux sociaux. Capucine Colombo se tient cette fois sur le banc du public, tout sourire. 

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Quand vient leur tour à la barre, Stanislas Tyl et Alexis Fondet se présentent encadrés de leurs deux avocats : Mathieu Sassi et Pierre-Vincent Lambert, déjà binôme de la défense la veille. Stanislas Tyl reconnaît sa participation à l’action du 11 mars : « J’ai apposé les draps et les affiches et je suis parti. » Le président rebondit : « Monsieur Tyl, avez-vous commis une infraction ? »

L’intéressé répète, impassible, la même phrase. Le second, Alexis Fondet, se contente d’un « Je n’ai pas participé ». Paul Vernois, avocat de la photographe Sandra Reinflet, indique pourtant que le téléphone du prévenu bornait autour de la basilique au moment de l’action. 

L’avocat rappelle d’autres éléments troublants : la présence d’autocollants « dérangeants » retrouvés chez ce jeune à Colombes (Hauts-de-Seine) lors de la perquisition. Selon des informations de Mediapart, l’un présentait une inscription « Hitler was right » (« Hitler avait raison ») aux côtés d’un « Mort aux pédés » et d’une photo de femme vêtue d’un voile et entièrement dénudée.

Autre élément dont Mediapart a pris connaissance : le schéma de déverrouillage de son mobile en forme de croix gammée. Alexis Fondet assure que cela « est regrettable » et nie toute sympathie néonazie : « Ça ne reflète pas mes opinions politiques. » La procureure insiste : « Tout ça c’est un hasard, une coïncidence ? Vous n’assumez pas ? Vous vous promeniez à Saint-Denis par plaisir ? » L’ex-étudiant en cybersécurité persiste : « Je n’ai pas participé à cette action. »

Ces dénégations face à quelques évidences matérielles rappellent celles de Martin Escard, prévenu dans l’affaire Aya Nakamura. Les policiers avaient retrouvé la banderole chez lui mais l’intéressé s’est étonné de la présence du bout de tissu à son domicile, laissé là par un ami, sans le prévenir.

Antoine Gongora, autre prévenu, dont l’application Telegram a livré les éléments les plus probants dans cette enquête, a, lui, estimé ne plus faire de militantisme. Il a même nié faire partie des Natifs, après s’être pourtant présenté dans de nombreuses vidéos comme le porte-parole du groupe. 

Nuire à la liberté d’expression des autres 

Stanislas Tyl relativise la gravité de son action contre la basilique Saint-Denis, menée pour « montrer [son] mécontement » : « Ce n’était pas fait pour dégrader, il s’agissait juste d’une action à portée symbolique, ça n’avait pas d’incidence sur son exposition à elle. » La procureure insiste, elle, sur un « préjudice porté contre l’artiste et toute la société », appuie sur la violence de leur action et décrit « une haine qui s’inscrit, se ressent de plus en plus ».

À Bobigny, Serge Santos, administrateur de la basilique Saint-Denis pour le Centre des monuments nationaux, partie civile dans le dossier, tente de rappeler la gravité des faits commis contre l’exposition photo de Sandra Reinflet : « Il s’agit de liberté artistique, de montrer que la basilique est ouverte à toutes et tous. Que des gens trouvent inopportun de proposer des expositions d’art dans le monument, je peux le comprendre. Mais là, c’est un autre positionnement, précédé et suivi d’autres choses très très violentes. »

La photographe Sandra Reinflet, absente à l’audience, avait témoigné auprès de Mediapart des intimidations haineuses reçues jusqu’à son domicile en plein déchaînement de la fachosphère en mars. 

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« Ce qui commence à devenir problématique, c’est quand des personnes, en raison de leur idéologie, empêchent la liberté d’expression d’autres, affirme la procureure. Ce groupe des Natifs, dont l’idéologie est bien établie, se dit qu’il faut mettre des voiles sur des femmes, parce qu’elles ne correspondent pas à leur vision de la société. Au lieu de simplement ne pas aller voir l'exposition. » Elle requiert 1 500 euros d’amende contre les deux prévenus.

La défense embraye. Me Lambert se dit « abasourdi par le jusqu’au-boutisme irrationnel du ministère public », qu’il accuse de « réinventer la notion de violence », et juge le dossier ouvert dans « un but idéologique ». Il demande la condamnation de l’État pour absorber les frais de justice des prévenus. « Mon client n’a rencontré personne, vu personne, dérangé personne. On profite de ça pour faire une petite action, un happening, pratiqué sur tout le spectre politique. » Son confrère dénonce un tribunal devenu « confessionnal »

Relativiser la haine

Lors de la suspension de l’audience, Marine de Cacqueray-Valménier patiente dans le couloir, nouveau-né dans les bras et époux à ses côtés. La sœur de Marc de Cacqueray-Valménier, l’une des figures les plus violentes de l’extrême droite française, est venue en soutien de ses camarades. Pourtant, la veille, à Paris, elle ne s’est pas présentée à la barre alors qu’elle faisait partie des treize prévenu·es dans l’affaire de la banderole raciste contre Aya Nakamura, soupçonnée d’avoir participé à son déploiement.

Dans cette première affaire, Mes Lambert et Sassi déploient une défense similaire à celle observée à Bobigny : une relativisation constante de la gravité des actes imputés à leurs clients. « Madame la Présidente, quel est le scandale de ce dossier ? Est-ce l’engagement de jeunes de 25 ans, qui se battent pour défendre une certaine idée de leur pays ? »

 

 

 

 

Rassemblement à l’appel du groupe d’extrême droite Les Natifs sur la place du Panthéon à Paris, le 1er décembre 2023, après le meurtre de Thomas à Crépol. © Photo Teresa Suarez / EFE / EPA via MaxPPP

Mathieu Sassi fustige les moyens de renseignement et d’enquête déployés face à ceux qu’il qualifie d’« ennemis politiques », simples « étudiants déployant une banderole sur les quais ». Il se tourne alors vers les trois prévenus présents, doigt pointé vers le banc. « Voici la menace ! » « Un blasphème ne mérite-t-il pas de grands moyens ? », tonne-t-il. Plus tard, son confrère évoquera une « hérésie juridique assez flagrante », jamais avare de rhétorique biblique durant ces deux jours.

Le relativisme des avocats de la défense prend aussi appui sur l’organigramme du groupe identitaire. Mathieu Sassi estime qu’il est important de distinguer « trois catégories de Natifs ». La première compte les expérimenté·es, les aguerri·es comme Martin Escard et Grégoire Clausier. La seconde concerne des débutant·es comme Capucine Colombo, pas très intégrée aux Natifs, selon l’avocat, mais pourtant responsable d’une partie de la communication visuelle et des achats de tissu pour la banderole en amont de l’action.

Troisième catégorie : celles et ceux qui observent plus qu’ils n’agissent, selon Me Sassi. « Comme Mme de Cacqueray, mise en cause uniquement par son lien avec la conversation Telegram “Aya JO”. Mais c’est gravement insuffisant pour caractériser une responsabilité pénale. Mme de Caqueray, qu’on associe toujours à son frère, a sa personnalité propre et un casier vierge. Elle ne se fait pas remarquer par participation. » 

« L’extrême droite tue »

« J’ai le sentiment qu’on parle d’un groupe absolument anodin, en poursuite d’idéaux, rétorque l’avocate du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP), partie civile dans le dossier. Les Natifs sont un groupuscule d’ultradroite qui véhicule des idées racistesOn aurait aimé qu’un tel travail ait été effectué dans le cadre du meurtre d’Hichem Miraoui, il y a quelques jours. »

 

NOTE D'YVAN BALCHOY

Que pensent certains médias qui se targuent, contre toute vraisemblance d'être libres et osent parler de libre expression pourvu que ce soit  exclusivement la leur

Pour ma part, je ne souhaite pas l'envoi de ces  prévenus dans des prisons si inhumaines parfois et contraires aux droits de l'homme que je me demande si le magistrat qui requiert cette détention n'est pas plus coupable que le prévenu poursuivi pour quelques gros mots.

Ma conclusion, contrairement au sieur Retailleau d'extrême droite avant d'être ministre et aggravation nette en tant que tel, mieux vaudrait obliger ces "sauvageons" à se mettre pour un bon bout de temps au service gratuitement  de ceux qu'ils traitent de barbares ou de mauvais citoyens alors que les français représentatifs de leur histoire n'ont jamais été racistes.

 

 

 

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