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Publié par BALCHOY

02-04-20- LA FOI LIBÉRATRICE SELON LE PÈRE CARDONNEL (PUBLIE SUR CE BLOG LE 20-06-2015)
02-04-20- LA FOI LIBÉRATRICE SELON LE PÈRE CARDONNEL (PUBLIE SUR CE BLOG LE 20-06-2015)

ALAININDEPENDANT

Mars 68. La foi libératrice, par Jean Cardonnel

LE VENDREDI 29 MARS 1968

« Madame, n’êtes-vous pas gênée de vivre dans le grand luxe en plein cœur d’un pays, d’une ville où, par masses, les hommes, les femmes, les enfants meurent de faim ? »

Telle était la question que posait l’interviewer de la télévision française, voici deux ans vers la Pâque, à une femme richissime de Calcutta. « Oh ! vous savez, on s’habitue ! ».

Les questions reprennent. « Vos domestiques peuvent-ils voir leurs familles ? » Quelle est la réponse ? « Je leur donne l’autorisation de voir leurs parents à peu près tous les dix ans ». Enfin, l’ultime tentative : « Les gens à votre service mangent-ils à leur faim ? » « A leur faim, c’est beaucoup dire, mais tout de même suffisamment ». Je n’oublierai jamais l’égoïsme, la tranquille indifférence de ce beau visage féminin qui a , bien sûr, ses nombreux équivalents masculins. Il est plus éloquent que tous les chiffres pour résumer la tragédie du monde. A un homme qui demandait de l’argent en formulant la raison suprême : « Monsieur, il faut bien que je vive », Talleyrand, ancien évêque d’Autun, répondait : « Je n’en vois pas la nécessité ». Nous sommes dans un monde où l’on ne voit pas encore, où l’on ne sent pas la nécessité pour tous les humains de vivre. Davantage, les mécanismes du fonctionnement régulier de notre système contestent à des masses, à des foules humaines le droit élémentaire de vivre. Les riches, les puissants ne peuvent pas flairer, sont dans l’incapacité radicale de sentir la nécessité où sont tous les humains de vivre. Aussi la nouvelle heureuse, bonne de la vie exubérante pour les spoliés, les opprimés, les pauvres, est-elle du même coup mauvaise pour les riches. Il existe, accompagnant les béatitudes, une malédiction radicale , sans nuances, dans l’Evangile : elle ne s’adresse absolument pas aux gens sans religion, sans foi ni loi, aux athées, mais aux riches. Nous avons tort de l’interpréter comme un verdict extérieur, une condamnation morale. Quand il maudit les riches, Jésus Christ fait seulement une constatation : je n’ai jamais vu un riche heureux. Mais, me direz-vous, l’expérience du monde entier se dresse contre votre naïve affirmation. Pardonnez-moi, mais je la maintiens : c’est évident, je connais des riches satisfaits, bien pourvus, bien nantis, gavés, repus, mais heureux, jamais. Plus encore, à mesure même que le riche, le puissant obéit, s’asservit aux réflexes de la richesse, de la puissance, il devient incapable de pressentir, de soupçonner le bonheur, la joie, la béatitude. Parce que la béatitude se trouve dans ce qui ne satisfait pas mais comble à l’infini : la mise en commun, le partage, la réciprocité aimante, liante, fraternelle. Dans une forme de société qui pousse chacun à se satisfaire, il est inévitable que par foule, par masse, les hommes, les femmes, les humains soient volés. Quand nous sommes encouragés à nous satisfaire, personne n’est comblé. Je suis hanté par un film brésilien au titre terrible : « Vidas secas ». La traduction française inexacte est « Sécheresse ». En réalité, ce sont les vies pas sèches mais asséchées, les vies desséchées, les vies stériles, stérilisées, condamnées à mort dès leur naissance. C’est la multitude des vies non irriguées qui tournent court parce que ne les irriguent pas, ne les inondent pas les eaux ruisselantes d’un grand projet. Selon que nous traduisons par sécheresse ou vies asséchées, nous sommes aux prises avec deux conceptions du monde : si c’est la sécheresse, on n’y peut rien car elle représente un phénomène inévitable, une fatalité. Mais les vies non irriguées par le projet fertilisant supposent des responsabilités humaines, des carences, des fautes, un engrenage de culpabilité qu’il faut casser, briser afin que vivent, respirent les hommes et les femmes. Tranchons dans le vif. Avec tout le poids d’une expérience davantage creusée, approfondie, pensée, je vais le dire abruptement, en vérité radicalement parlée.

C’est après un peu moins de quarante ans qui ont suivi ma conférence à la Mutualité sur la foi libératrice que l’évidente réalité sociale et totale infernale aussi bien qu’explosive dans la lutte contre elle m’est apparue. Si je dis « sécheresse » pour « Vidas seccas », il n’y a que des faits, un réel objectif, une histoire objective, indépendante des volontés soit divine soit humaine ou patronale, gouvernementale. C’est comme çà, dernier mot d’absolument tout, la soumission à l’ordre du monde, qu’il vienne de la sagesse d’un Dieu maître de l’univers ou d’un déroulement anonyme de la loi souveraine des choses et des gens tels qu’ils sont. Mais, si je commence à parler des vies desséchées, asséchées, rendues sèches, alors forcément, inéluctablement, obligatoirement, il y a des responsables, il y a des coupables qui, de plus, agissent en s’appuyant sur un réseau de complicités. S’il existe des pauvres et des pauvres murés, cloisonnés, séchés, enterrés vivants dans leur pauvreté individuelle, particulière, empêchés, interdits de constituer humainement, politiquement l’international, l’universel peuple des pauvres, c’est parce qu’il y a des riches. Et non seulement des riches mais des riches qui on fini depuis très longtemps par n’être plus que des riches et même que le riche, le type, l’archétype du riche. Non pas le riche comme être singulier impossible d’ailleurs à faire exister. Mais le riche abstrait, l’abstraction du riche, l’homme de l’argent, un chéquier, un portefeuille, un coffre-fort ambulant, des actions, des capitaux, la capital qui vit à la place du vivant. L’incarnation du capital , l’incarnation de l’argent rivale de l’incarnation du verbe, de la Parole qui est Dieu. Crûment : l’existence des pauvres interdits d’avènement du peuple de tous les pauvres mais c’est la preuve criante de la culpabilité, de la férocité du riche. Les pauvres muselés, parqués dans leur pauvreté, c’est la faute au riche. Je le dis en termes si concrets que tout le monde le saisit du premier coup comme la primordiale évidence enfantine : le millionnaire d’hier, le milliardaire d’aujourd’hui, c’est le coupable de l’existence des prolétaires, des précaires . Comme les dirigeants, les puissants et, au sommet de leur hiérarchie, le tout puissant, le prince de ce monde donc le Malin, le Diable sont coupables de tous les obéissants, de tous les exécutants. 

Comme le pouvoir est coupable des subordonnés, des soumis, comme le supérieur est coupable des inférieurs, comme c’est le négrier qui fait du noir le nègre, c’est le Fonds Monétaire International avec la Banque Mondiale et l’Organisation Mondiale du Commerce qui rendent inopérante, inefficace l’Assemblée des Nations Unies dont le Conseil de Sécurité des Grands achève de paralyser les initiatives d’humanité.

Comme en Amérique Latine, la multiplication des masses humaines à l’état précaire, grégaire aggravé par les militaires, c’est la faute aux latifundiaires, ces énormes propriétaires. Ceux-ci pour asseoir leur empire ont recours aux pistoleros, les tueurs à gages. 

C’est la somme des grosses fortunes qui est coupable de l’humaine cosmique criante infortune. Savez-vous à quel point de crapulerie d’immonde crétinisme d’ordre international néo-libéral social nous sommes parvenus ? Il est normal que des hommes d’état et d’affaires se rencontrent à des conférences au sommet, tandis qu’il faut, dit-on en haut lieu, interdire un rassemblement de plus de trois ou dix personnes parce qu’il risquerait de troubles l’ordre public et d’imposer la loi de la rue. Sans les riches et le pouvoir, il n’y aurait pas de pauvres isolés. Il faut donc qu’émergent les pauvres en peuple que rejoignent les anciens riches liquidateurs volontaires de leur richesse et de leur pouvoir...

 

Si vous voulez lire la suite référez-vous à l'article suivant chez Alainindependant

 

http://alainindependant.canalblog.com/archives/2008/05/22/9272218.html

 

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