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Publié par BALCHOY

 

 

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Une liturgie de cinéma

Vivant en harmonie depuis des lustres avec leurs voisins et frères musulmans, les sept  moines de Tibhirine assistent, témoins lucides mais impuissants, au triomphe des violences en Algérie.

La foi est-elle d'un quelconque secours ?

Le cinéaste filme la résistance muette à l'horreur, enregistre les tensions et les moments d'apaisement au sein du groupe, met en scène des rituels qui renseignent moins sur la religion que sur la nécessité d'être ensemble, malgré tout.

Avec une infinie douceur, Beauvois filme le quotidien des moines. Il saisit sur les visages de ses formidables acteurs (Michael Lonsadle et Lambert Wilson, en tête) le passage du temps, la peur et l'espoir. L'ostentation et les métaphores n'ont pas leur place dans ce film épuré, économe de ses effets, où chaque geste et regard est porteur d'une rare intensité.

Tibhirine, un sanctuaire de sagesse catholique en sauvage terre musulmane ?   Le film abrite tout le monde en son église, ne cherche à évangéliser personne et met en scène des sentiments à vif, une foi dans la vie, envers et contre toutes les horreurs. Même les plus athées peuvent succomber à cette grâce qui ne porte qu'un nom : le cinéma.

 

 http://www.rue89.com/le-festival-de-cannes-2010/2010/05/19/des-dieux-et-des-hommes-la-somptueuse-crise-de-foi-151824

 

 

Je suis encore sous le flux et le reflux de ce film sobre et tellement dépouillé,  centré sur l'essentiel.

 

Je ne suis pas aussi sûr que le commentaire ci-dessus, sur l’origine cinématographique de la grâce de ce film.

 

Après tout, cette oeuvre excellente n’est toutefois qu’un reflet de la réalité.

 

Il ne faut surtout pas oublier ces moines de chair et de sang qui ont vécu tant d’années au sein de ce monde musulman en proie, depuis bien des d'années,  à tant de tourments, qui ont refusé de les quitter dans cette situation de malheur et qui en sont morts martyrs disciples de ce  Christ qui les a fait « frères » des hommes, de tous les hommes.

 

Mais je suis reconnaissant aux auteurs du film de nous avoir rappelé que ces héros, et c’en étaient, sont d’abord et avant tout des hommes avec leur générosité et leur peur.

Il n’y a pas de manichéisme primaire dans le récit de leur vie;  j’ai quand même envie de dire que si le portrait des adversaires de la communauté de Tibhirine, opposés entre eux,  est loin d’en faire des monstres, il y a tout de même un abime entre une foi qui n’hésite pas à menacer la vie de ceux qui ne la partagent pas ( comme ce fut  aussi celle de beaucoup de chrétiens autrefois au temps par exemple des Croisades) et ces hommes qui, au nom de Jésus de Nazareth, vivent avec et au service de leurs voisins musulmans sans aucun désir ni possibilité d’ailleurs de les convertir,  simplement, me semble-t-il, pour leur témoigner de cette fraternité universelle qu'ils ont appris du Christ.

 

La vie quotidienne de ces moines n’est pas idyllique, ce sont des hommes vivant ensemble avec un grand sentiment de fraternité, mais ils connaissent  aussi des moments de tensions qui apparaissent soudain, des moments de peur face aux dangers qui les menacent. Je comprends parfaitement le reproche fait par certains moines à leur supérieur de tout décider à leur place.

Bref ce ne sont pas des saints "caricatures" comme dans beaucoup de récits de notre enfance, ce sont vraiment des hommes avec leurs hauts et leur bas, même si leur héroïsme nous dépasse de beaucoup.

 

Pareillement, au moment de la première confrontation avec les rebelles, conscient par le rappel du Coran, que le Prophète éprouvait un certain respect pour les prêtres chrétiens, gêné aussi de molester des hommes de Dieu à la veille du souvenir de la naissance du « prophète » Jésus, qu’il connaît, le chef des rebelles tend une main franche au supérieur des moines et si ce dernier la lui rend finalement, c'est avec retard et hésitation.

 

J’ai aimé cette réflexion dans le film , je ne sais plus de quel Algérien, rebelle ou représentant de ce gouvernement dont l’amitié apparente est  peut-être plus trouble et dangereuse que celle des ces fous de dieu, fanatiques d’une foi sincère mais brutale, qui  dit avec justesse en parlant des français : en fait la vraie raison de la violence ici ne s’enracine-telle pas dans ce colonialisme, vrai  un cambriolage d’état de son pays.

 

Le film en parle peu, mais je me rappelle que les moines ont été longtemps présentés comme des otages. Le gouvernement français de l’époque sous la présidence de Chirac, si je me rappelle bien, n’a pas voulu accepter la libération de quelques rebelles qu’on exigeait pour libérer les moines.

 

Voilà pourquoi, en condamnant certes l’assassinat de ces hommes de  bien qui s’étaient dévoués corps et âme au service des Algériens, de tous les Algériens, qu'ils soient rebelles ou de l’armée dite officielle, (heureuse peut-être de faire porter le chapeau de leur mort à  ceux qu’ils poursuivaient) je regrette une certaine lâcheté - appelée faussement fermeté -  du gouvernement français qui aurait sans doute agi autrement si les otages étaient des hommes politiques influents.

 

Il n’en demeure pas moins que ces hommes, présentés en ce film par des croyants et des incroyants, nous donnent une leçon merveilleuse  à la fois humaine et divine ( j’aime le titre de ce film) de la grandeur et de la générosité qu’on peut trouver en des hommes porteur d’une foi sincère et authentique, quelle qu'elle soit d’ailleurs, comme cette foi qu’on a parfois trouvée aussi chez des résistants et des communistes athées.

 

J’espère que le pape actuel, si prompt à canoniser le triste fondateur de l’OPUS DEI et si lent à reconnaître les qualités héroïque de Mgr Romero aura à cœur de proposer aux catholiques la grandeur de la vie de ces moines, vrais disciples de Jésus de Nazareth et vrais frères des hommes.

 

 

Yvan Balchoy

yvanbalchoy13@gmail.com

http://poete-action.ultim-blog.com


 

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