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Publié par BALCHOY


 
 

Samedi  20 juillet au lundi 22 juillet 1940
Le samedi (j'oublie de vous dire qu'il pleuvait à peu près sans interruption ), je fus invité à aller chez le Maire, où je trouvai le brave commandant de place de Le Dorat et le capitaine de gendarmerie qui devait venir de Bellac.

Le commandant qui venait d'arriver nous confia qu'il ne savait rien des raisons pour lesquelles nous étions parqués. Il devait savoir que ces raisons n'étaient pas sérieuses et paraissait très ennuyé. Le capitaine de gendarmerie n'arriva pas. Le commandant de place prit une décision courageuse, et décida, au risque d'être blâmé, car il n'avait pas compétence, il prit sur lui de dire aux gendarmes de nous laisser partir.

Il était quatre heures.  Le sénateur Petit vint alors compliquer la situation en annonçant que la ligne vers Vierzon était libre, qu'il avait été informé par le Préfet de Bellac, et qu'il voulait bien signer une attestation de ce fait. Le capitaine de place ne demanda pas mieux que de se retrancher derrière cet expédient, et je reprochai vivement à Monsieur Petit d'avoir compliqué la situation en faisant modifier l'ordre de départ pur et simple qu'avait d'abord donné le commandant de place.

Le détour par Vierzon était beaucoup plus long, et se présentait de nouveau la question d'essence.

J'en fis part au commandant de gendarmerie, qui me fit bien entendre que son barrage franchi, il se souciait fort peu de la direction que nous prendrions.

Tout allait pour le mieux, quand survinrent deux incidents malheureux.

Les premières automobiles de la file (camions du pays de Charleroi) avaient envoyé un motocycliste en reconnaissance, et comme celui-ci n'était pas rentré, ils s'opposaient au départ, menaçant de bloquer la colonne ce qui amena un temps d'arrêt.

Juste à ce moment survinrent Monsieur le Ministre Bouchery et le député Feuillaire qui arrivaient de Limoges et prétendirent, sans s'occuper de nous, qu'ayant de meilleurs papiers, ils pouvaient passer.
 
En effet, ils avaient pu décrocher un papier du sous-préfet de Limoges, postérieur à la défense de passer, et en déduisaient que la défense, en ce qui les concernait, était levée.

L'attitude de ces Messieurs, indigna les Belges, qui leur barrèrent carrément la route et les firent stopper. C'est alors que survint le capitaine de gendarmerie avec trois heures de retard, qui s'opposa à tous les départs, nous donnant bon espoir pour le lendemain.

Mais, nous savions ce que valaient ses promesses. Ce qui nous arrêtait le plus, c'est qu'il passait à jet continu quantité de voitures Françaises que l'on arrêtait pas comme les Belges.

A  nos observations, on répondait tant bien que mal que les voitures Françaises n'allaient pas au-delà de la ligne de démarcation bien que portant des gens du Nord.

Pur mensonge, car nous les avons trouvés nulle part par la suite.

Ce séjour à Le Dorat fut des plus pénibles. Nous étions parqués en dehors de la ville, vers Bellac en face de la gare et de quelques maisons à plus de cent voitures et l'on fut obligé de loger les enfants et ceux qui en avaient le courage dans les fourgons à bestiaux en mauvais état où l'on devait coucher sur de la paille non désinfectée.

Encore, était-ce là une gentillesse du chef de gare qui avait reçu l'ordre d'envoyer des fourgons à la désinfection. Le ravitaillement était plus que difficile. Heureusement, il y avait là en face de la gare, une petite auberge, où l'on fournissait tout, au moins la table et le feu.

Ces gens étaient admirables. On s'y bousculait, on s'y succédait, mais enfin, on pouvait se mettre à couvert. Quand il ne pleuvait pas, on mangeait souvent sur le bord du talus, le long de la route.

Pas d'installation sanitaire, sauf celle absolument infecte de la gare.

Un brave prêtre vint cependant au bout d'un jour, ravitailler les enfants en lait et en oeufs.

Nous étions donc le dimanche 21 juillet, jour de la fête nationale,que les Belges ont célébrée dans des conditions spéciales.

Un camion des Ponts et Chaussées fut déchargé de son contenu et placé sur la place de la gare et transformé en autel. La messe fut célébrée en plein air,et je peux dire que toute la colonie y assista avec un profond recueillement.
 
Monsieur le Ministre Bouchery y fut au premier rang. Je n'en dirai pas autant de Monsieur Petit , qui trouva bon de venir se mettre au café d'en face, chapeau sur la tête, tournant le dos à l'autel et d'un certain Monsieur Defrère, qui vint aussi à la gare, en traversant toute la foule, et en gardant ostensiblement son chapeau sur la tête. Je ne revis plus ce Monsieur qui avait été assez aimable pour me donner du tabac.

Le dimanche et le lundi se passèrent en nouvelles démarches, et au cours de celles-ci, je compris que les parlementaires parlaient pour eux-mêmes. Je fis même observer à un moment donné combien il était peu décent d'abandonner les Belges qui se trouvaient là. J'étais un peu écoeuré de rester dimanche quelques instants avec celui qui tenait la place de commandant de gendarmerie, pour lui montrer que j'entendais me désolidariser d'avec cette manière de voir.

Ce brave homme me semblait fort ennuyé du rôle que jouait la gendarmerie dans cette affaire et il me fit comprendre qu'il y avait un moyen de s'en tirer en allant vers un village voisin qui dépendait de Le Dorat.

Dès ce moment, je savais ce que l'on pouvait faire, mais n'avais pas l'intention d'user du stratagème.
 
 
 
 

Lundi 22 juillet 1940
Le lundi matin, quand je sortis de mon auto, car toutes ces nuits, je les passais dans mon auto, j'abordai monsieur Petit et lui demandai ce que nous avions à faire. Il me répondit qu'il fallait bien s'incliner, et me quitta rapidement, s'abouchant presque immédiatement avec un parent ou ami, qui voyageait avec lui (les deux autos étaient côte à côte.)

Je vis qu'il eut avec ce Monsieur qui revenait de la ville, un colloque à voix "basse". Je me doutai qu'il se passait du nouveau  et remontai vers ma voiture. J'étais sans doute distrait, car je ne m'aperçus pas que Monsieur Petit et son voisin passaient à côté de nos autos, retournant apparemment vers Bellac.
 
C'était une ruse, et une ruse que ne pouvait pas employer toute la colonne. La journée du lundi se passa dans l'attente de l'arrivée du capitaine de gendarmerie qui avait déjà promis de venir le dimanche.

A un moment donné, vers quatre heures, courut le bruit que nous allions partir ?

Je n'en croyais rien, mais c'était vrai.

On se précipita pour remettre tout en ordre et ne pas perdre son rang. De fait, dix minutes plus tard, on démarrait, mais arrivé à un carrefour, on nous dirigea non plus vers Saint-Aignan, mais vers Bourges ou sur Vierzon, toujours sous le prétexte que la route était encombrée par Le Blanc et Saint-Aignan.

Dès le premier village, dans cette localité à quatre kilomètres où le bon gendarme m'avait dit qu'il n'y avait pas de poste, j'étais furieusement tenté de faire ce que j'avais fait à Oradour, mais nous étions dans une file interminable, et il est évident que les autres allaient me suivre ce qui allait peut-être compliquer la situation. J'étais convaincu en effet que l'on nous avait menti, et j'en eus la preuve par la suite.

 Voici comment : dans la nuit de samedi à dimanche, les automobiles de tête (gens du peuple de Charleroi, qui avaient fait rater notre départ de samedi à quatre heures) avaient profité d'un gros orage qui avait sévi dans la nuit pour s'évader. Or le vingt-huit ou le vingt-neuf juillet, me trouvant à Meaux où je dus séjourner quelques jours comme je le dirai plus loin, alors que j'essayais de me procurer de l'essence, je fus abordé précisément par une des dames qui occupaient l'une des autos en question. Elle me reconnut parce que je m'étais beaucoup occupé de la colonne, et me dit donc qu'elle était dans l'une des voitures qui s'étaient évadées.

J'étais content de savoir ce qui avait pu se passer et sur ma demande, elle me confirma que ces voitures avaient directement gagné Le Blanc et Saint-Aignan sans être inquiétées et avaient pu passer la ligne de démarcation immédiatement.

On nous avait donc menti effrontément, comme on l'avait déjà fait à Oradour, et comme on allait continuer à la faire par la suite.

Bref, ayant quitté Le Dorat, et suivant la file, nous arrivâmes après bien des kilomètres à Chateauroux où malgré la pluie battante, nous nous arrêtâmes pour nous munir de tabac et d'allumettes dont nous étions dépourvus.
 
Il paraît que l'on avait donné Bourges comme objectif aux automobilistes qui formaient la tête de la colonne à Le Dorat, mais comme le départ s'était fait en quelques minutes et en vitesse, nous ignorions ces détails et cherchions Vierzon.

Nous n'étions plus qu'à une vingtaine de kilomètres de cette localité quand nous trouvâmes un poste qui nous dévia vers Issoudun toujours avec l'intention de gagner Vierzon et pourtant la grand route de Vierzon paraîssait bien libre. Mais ne cherchant pas à comprendre, nous nous engageâmes sur la route d'Issoudun.

Nous arrivâmes aux portes d'Issoudun vers les neuf heures du soir. Il était même plus tard et là on nous indiqua la route pour Vierzon. On voulait aller vers Bourges, où nous arrivâmes par une pluie battante alors que le couvre-feu allait sonner une demi-heure après.

Avant cette dernière aventure, on nous avait déjà fait faire un crochet énorme par Riguson et de Chateauroux à Bourges ;  n'étant pas avertis, nous avions fait quelques vingt ou vingt-cinq kilomètres en pure perte.

Arrivés à Issoudun, il faisait obscur et il pleuvait et je cherchai vainement du logement en même temps qu'un hôtel où l'on put se restaurer quand un prêtre Belge et le député de Bruges qui faisaient partie du convoi et qui étaient arrivés un peu avant nous, vinrent me dire qu'il y avait à Issloudun un couvent des Pères du Sacré-Coeur et qu'ils allaient essayer d'y trouver un gîte pour nous et pour eux.

En attendant, nous pûmes entrer dans un hôtel où l'on ne put rien nous donner que des boisson. On se restaura tant bien que mal, puis, dans la nuit, on se dirigea vers le couvent, où nous allions devoir séjourner, car, évidemment, dans tous ces crochets, que l'on nous avait fait faire, nous avions usé notre essence. Nous fûmes reçus très aimablement dans le couvent qui était déjà surpeuplé.

Le prêtre, le député, un des enfants Claeys et moi-même nous pûmes loger au couvent. Les autres reçurent asile dans une partie de ce même couvent qui servait d'hôpital militaire auxiliaire, sauf Marcelle et une partie de sa famille que l'on ne put retrouver avant minuit par ce que, de guerre lasse, elle était allée se réfugier dans l'auto de son mari. On avait restauré tant bien que mal les enfants et servi du chaud aux adultes et l'on alla se coucher vers minuit.
 
 
 
 
 
 
Mardi 23 juillet au vendredi 26 juillet 1940
Dès le lendemain, nous nous mîmes en quête d'essence mais pour nous buter pendant trois jours aux plus mauvaises volontés qu'il soit possible d'imaginer. Au bureau de distribution d'essence, il était indiqué qu'il n'y avait pas d'essence pour les Belges. Ayant essayé moi-même de parlementer, en évoquant mon âge et ma qualité, je fus éconduit à peine poliment ou plutôt très impoliment par un jeune sous-officier qui semblait prendre plaisir à la chose. Nous essayâmes de nous adresser à l'autorité militaire et avec Emile, après avoir vainement tenté de trouver le chef à son bureau, nous allâmes prendre un premier repas, dans l'hôtel où il prenait lui-même les siens.

Nous pûmes l'aborder. Il fut très aimable et nous laissa espérer qu'à son intervention, de nouvelles instructions pouvaient être espérées à bref délai. Mais bien que nous allions dîner régulièrement dîner à cet hôtel pour le revoir, nous étions sans grand espoir. Nous avions rencontré là un Belge établi dans les environs de Paris qui nous raconta comment lui s'était tiré d'affaire. Il était allé se mettre à la disposition du député Chassaigne qui remplissait les fonctions de sous-préfet, l'avait aidé dans ses écritures, ce qui lui avait permis à un moment donné d'obtenir un bon d'essence.

Ce monsieur qui partait le lendemain, nous promit d'en chercher pour nous d'autre façon le soir même, et de laisser à l'hôtel un mot à notre intention. Le lendemain, nous trouvâmes le mot : Monsieur Thomas n'avait pas réussi. Le maire d'Issoudun à qui je m'étais adressé dans l'entretemps m'avait aussi éconduit. Il ne me restait plus que le député Chassaigne. Malgré mon extrême fatigue, j'allai dès le lendemain vingt-quatre juillet à la mairie où l'on me dit que j'avais chance de trouver Monsieur Chasseigne vers les dix heures.

Je ne le connaissais pas, et, à un moment donné, on m'indiqua ce Monsieur Chasseigne qui était harcelé de quémandeurs et on s'en débarrassait tant bien que mal.

Assez peu confiant, je l'abordai et lui racontai mon histoire en lui faisant remarquer que je voyais passer à Issoudun des parlementaires Belges qui venaient certainement à Limoges et qui avaient certainement dû recevoir leur part dans la distribution d'essence dont j'ai parlé plus haut, que, moi, j'étais victime de ma bonne foi et que j'étais parti sans attendre cette essence parce que je pensais en avoir assez pour gagner la ligne de démarcation par mes propres moyens, mais que réellement, à raison des crochets que l'on nous avait fait faire, j'étais maintenant à vingt-huit kilomètres de cette ligne de démarcation sans essence suffisante, d'autant plus, me disait-on, que les allemands ne distribuaient pas d'essence à la ligne de démarcation et ne laissait passer que chaque voiture ayant de l'essence pour deux cent kilomètres au moins.

C'était encore du nouveau, et cela compliquait singulièrement la situation. Dans la foule, on citait même des automobilistes qui avaient été refoulés parce qu'ils n'avaient pas d'essence pour les deux cent kilomètres.

Je n'ai pas su la suite et ce qu'il en était. Le député Chassaigne parut s'intéresser à mon cas et sans me faire aucune promesse m'invita à aller le voir à son domicile particulier le soir même entre sept heures et huit heures.

J'oublie de dire, que le vingt-trois au soir, ou le vingt-quatre, on donna l'ordre à toutes les voitures belges éparses dans la ville d'aller se parquer au-delà d'Issoudun. Nouvel émoi, car cela ne pouvait que compliquer le ravitaillement. Ayant fait observer que nos voitures étaient garées au couvent, on me dit en fin de compte, que je pouvais les y laisser. Donc, le vingt-quatre au soir, vers sept heures et quart, j'allai sonner chez le député Chassaigne.

On me répondit qu'il était allé chez le préfet à Chateauroux et qu'on ne pouvait pas me fixer sur l'heure de sa rentrée. J'y retournai deux ou trois fois mais un peu avant huit heures, il n'était pas encore rentré.

Je demandai qu'on voulut bien le prévenir que je serais chez lui de grand matin le lendemain, et me dirigeai vers le couvent. Arrivé à mi-chemin, et bien que les chaussures neuves que je venais d'acheter par nécessité me fissent horriblement souffrir, j'eus un remord de conscience et de nouveau je redescendis vers l'intérieur de la ville pour aller une nouvelle fois chez le député Chassaigne.
Bien m'en prit. Il descendait précisément d'auto et me fit entrer de suite. J'avais sur moi la liste des quatre voitures (Mabille, Claeys et les deux miennes, et leur force respective.) et je lui demandai timidement ce qui étaient nécessaires, peut-être un peu moins, car il restait encore quelques litres dans les voitures.
 
Monsieur Chassaigne me trouva trop modeste dans mes prétentions parla d'abord de cent cinquante litres, puis de deux cent litres, puis de deux cent cinquante litres. J'étais aux anges. Il me promit de s'en occuper le lendemain et me pria d'aller à son bureau à la sous-préfecture vers dix heures du matin s'excusant s'il devait nous faire attendre quelque peu. Je m'y rendis avec Emile Claeys. Il y avait là une foule énorme et je n'eus garde de dire que je venais pour de l'essence mais annonçai que je désirais voir Monsieur le Député Chassaigne qui m'avait donné rendez-vous.

Nous parvînmes ainsi à être introduit de suite et après dix minutes d'attente à peine, le Député Chassaigne, qui ramenait quelqu'un sur le seuil de son bureau nous vit et nous fit entrer. Cette fois, il ne s'agissait plus de deux cent cinquante litres, mais de trois cent litres, et Monsieur Chassaigne téléphoniquement annonça mon arrivée au bureau de répartition d'essence en priant ce monsieur de me fournir les trois cent litres, sur le vu du mot qu'il allait me confier. Il y eut certainement de la réaction, car j'entendis Monsieur Chassaigne répondre sèchement : "Ordre du préfet."

Sortant de la sous-préfecture, nous nous rendîmes au bureau de la répartition. Il pleuvait toujours.
Il y avait une foule énorme et j'avisai une porte de service où se trouvait un planton. Je lui confiai le mot du sous-préfet et demandé à être reçu. Pendant plus d'un quart d'heure, on me laissa sans réponse. Parfois même, on voulait me faire sortir du passage. Finalement, je demandai à un sous-officier plus complaisant si on avait l'intention ou non de me donner satisfaction et il revint me rechercher quelques instants plus tard et sans autre forme de procès, comme aussi sans amabilité, on me remit le bon de trois cent litres avec lequel je retournai triomphalement au couvent.

Il fut décidé qu'on irait avec les quatre voitures chercher les trois cent litres d'essence pour partir le lendemain matin. Je mis comme condition que l'on défalquerait d'abord des trois cent litres, vingt cinq litres au profit des dames Chanoine de Wasmes, qui, comme nous, étaient venues échouer au couvent. Il y avait la mère, de mon âge, et trois jeunes filles de trente cinq à quarante cinq ans et deux garçonnets leurs neveux.

Ces deux dames n'avaient plus non plus assez d'essence (j'oublie de dire que le député de Bruges, et son ami qui avaient encore assez d'essence, étaient partis le lendemain de notre arrivée à Issoudun en nous souhaitant bonne chance). Les deux cent septante-cinq litres restant furent partagés scrupuleusement entre les quatre voitures. Sauf accroc, ils devaient permettre à tout le monde de rentrer en Belgique sans avoir à prendre de l'essence en cours de route.

Monsieur Mabille eut pour sa part cinquante-cinq litres, et Léon lui prêta même un bidon pour mettre son trop plein. J'avais proposé de mettre l'excédent dans un gros fût en métal que j'avais acheté, mais Monsieur Mabille tenait mordicus à ce que chacun ait sa part. Nous étions à Issoudun le jour de la Sainte Anne et je fis célébrer une messe pour remplacer celle que la Maison Degraux faisait toujours dire le jour de cette fête.
 
 
Relations Géographiques et historiques :
François Chasseigne, né le 23 décembre 1902 à Issoudun (Indre) et mort à Chavin (Indre) le 13 mars 1977, était un homme politique français, député de l'Indre, maire d'Issoudun et membre du gouvernement de Vichy.
Journaliste, François Chasseigne a été très jeune attiré par la politique. Il devient conseiller général de l'Indre, puis député d’Issoudun en 1932. Il siège alors au Groupe d'unité ouvrière et s'intéresse particulièrement aux questions agricoles, au commerce du blé et au commerce extérieur. Il est réélu député en 1936 et s'inscrit au groupe du Parti d’unité prolétarienne. Il est précisé sur lui : « il est pacifiste et ne manifeste aucun sentiment antisémite ». On dit de lui qu'il est un « ancien communiste passé à la SFIO »
Blessé pendant la guerre de 1939-1940, il se rallie en juillet 1940 au maréchal pétain. Il vote les pleins-pouvoirs pour le maréchal le 10 juillet 1940 à Vichy.
Suivant la ligne de Pierre Laval, Il accepte alors des fonctions significatives au sein du régime de Vichy :
Il est nommé maire d'Issoudun en 1940-1944.
Il est nommé à plusieurs postes de propagande ouvrière du régime de Vichy : chargé de mission à la Propagande au Secrétariat général de l'Information (mars 1941), puis directeur de la propagande ouvrière au ministère de l'Information (janvier à novembre 1943), puis directeur de cabinet de Jean Bichelonne au ministère du Travail, puis (à la suite de Robert Weinmann, commissaire général au Service du travail obligatoire (STO) (janvier à mars 1944).
François Chasseigne devient secrétaire d'État à l'agriculture et au ravitaillement dans le cinquième gouvernement Pierre laval, du 3 mars à août 1944.
 Arrêté en août 1944 par la Résistance, François Chasseigne a la chance de n'être jugé qu'en 1948 alors que les passions de la Libération sont retombées. Il n'est condamné qu'à une peine de travaux forcés et bénéficie de la loi d'amnistie du 5 janvier 1951. Il est emprisonné au pénitencier de Clairvaux, où il côtoie Charles Maurras : l'ancien militant communiste noue des relations d'amitié avec le partisan du "nationalisme intégral". Vieillissant et malade, Maurras appelle parfois Chasseigne "Jaurès".
Exclu de la SFIO comme la plupart des animateurs du courant pacifiste de Paul Faure, il rejoint le Parti socialiste démocratique à la Libération. François Chasseigne devient ensuite attaché de direction chez Ford. Il meurt d'un accident de la circulation en 1977.
 
 
 
 
Le Dorat et Issoudun
Mon séjour à Le Dorat, si j'en excepte le petit restaurant dont j'ai parlé, ne nous laissa pas meilleure impression. Il en fut de même à Issoudun. Même le couvent où nous fûmes hébergés sentait le manque d'entretien. Il est vrai que les pauvres Pères n'étaient pas nombreux, et ne paraîssaient pas riches, mais j'eus le sentiment, que même en pleine prospérité, la situation ne devait pas être changée.
 
 
 

Vendredi 26 juillet 1940
Après avoir pris congé des Pères du Couvent et des Religieuses de l'infrimerie, et leur avoir laissé à tous un don bien mérité, nous nous mîmes en route pour Bourges, le vingt-six au matin en nous disant qu'à vingt-huit kilomètres se trouvait  la ligne de démarcation. Hélas, nous devions bientôt déchanter : à quatre ou cinq kilomètres d'Issoudun, à Charostre, petit village encombré au-delà de toute expression, nous étions de nouveau arrêtés dans une file de voitures à l'arrêt. Renseignement pris, il nous fut dit que les Allemands avaient donc fermé la frontière depuis la veille et que l'on ne savait pas quand ils la rouvriraient, peut-être le jour même, peut-être dans quelques jours.

Nous protestâmes, disant que l'on aurait bien pu ne pas nous laisser partir d'Issoudun. Le sous-officier qui commandait le poste, nous déclara qu'il avait cependant averti Isssoudun ; toujours le même système.

Nous apprîmes un fait que nous ne pûmes vérifier : une des voitures de têtes avait cependant demandé qu'on la laissât aller en reconnaissance vers le poste allemand, et que finalement, les français avaient bien du y consentir car la situation, si elle avait du se prolonger, aurait été intenable.

Que se passa-til en tête de la colonne . La voiture de reconnaissance était-elle revenue ? Toujours est-il qu'à un certain moment, vers onze heures, on donna l'ordre de départ, mais au lieu d'aller vers Bourges on nous fit faire un crochet d'une cinquantaine de kilomètres. Au bout de vingt-cinq kilomètres environ, nouvel arrêt. A nos questions, on nous répondit uniquement qu'il s'agissait d'une distribution d'essence et que ceux qui n'en n'avaient pas besoin pouvaient partir.
 
On voit comme cela était bien organisé. Nous fîmes têtes à queue, manoeuvre toujours difficile à cause de la remorque et nous prîmes enfin la direction de Bourges. Les deux postes, Français et Allemand, se trouvaient environ à quatre ou cinq cent mètres l'un de l'autre. Il n'y avait pas d'autres voitures sur la route que celles de notre convoi. On passait par groupe de cinq ou six voitures, et cela très rapidement. Ayant franchi le poste français, nous arrivâmes rapidement au poste allemand où nous dûmes à peine stopper, le temps de donner nos cartes d'identité.

Nous pénétrions enfin dans la zone occupée, avec quel soupir de soulagement et avec une étonnante et déconcertante facilité. Nous nous arretâmes sur la place de Bourges pour y prendre un verre de bière et nous déraisir les jambes. J'appris plus tard que cet arrêt n'était pas du goût de Monsieur Mabille qui avait déjà voulu partir seul, et y avait renoncé sur les observations d'Emile. Peu après, nous nous engagions sur la route de Giens. Tout nous souriait, nous pensions bien être à Dinant dans les deux jours, quand à cinq ou six km de Giens l'un des pneus de la remorque éclata.

Pauvre remorque, avec ses mauvais pneus, elle avait fait des milliers de kilomètres sans avoir de crevaison et voilà qu'elle nous lâchait en pleine campagne. Après un colloque,  il fut décidé qu'Emile partirait en avant avec sa voiture, pour cherchder un pneu et chambre à air et que nous tâcherions de le suivre comme on pourrait. Il fallait aviser à un moyen de fortune et l'on se mit à ceuillir de l'herbe pour en bourrer le pneu malade. C'est ainsi que nous gagnâmes Giens, mais dans quel état !

L'herbe n'avait pas tardé à se réduire en boullie. La remoque faisait des bonds désordonnés et tous les automobilistes qui nous dépassaient croyaient bien faire de nous avertir d'une situation que nous ne connaissions que trop bien. Cahin, caha, nous arrivâmes néanmoins au pont de Giens où nous attendait le plus triste spectacle que je vis de la guerre. Il y avait eu un bombardement à Giens le dix-neuf juin, par les Italiens. Le pont avait sauté alors qu'il était chargé de monde et des quantités d'autos gisaient dans le fleuve et sur les bords du fleuve.

De Giens, il ne restait plus que des ruines, nous partîmes ; après avoir gravi une côte au milieu des décombres, nous retrouvâmes Emile arrêté devant un garage qui n'avait pas été détruit, mais complètement pillé et dont la propriétaire désolée ne pouvait plus rien nous fournir, pas même des cordes pour arrimer nos bagages. Que fallait-il faire ? Abandonner la remorque, et les bagages. On en chargea les voitures et Emile qui avait déjà neuf personnes dans son véhicule reprit les siens tant bien que mal; sauf un grand coffre qu'il dut abandonner.

Quant à mes bagages, on les plaça sur le toit de l'auto, devant,  sur les garde-boue et derrière. C'est dans cet équipage que nous nous dirigeames vers Montargis après avoir perdu un temps précieux.
Nous laissâmes à la brave garagiste des voitures d'enfant et d'autres objets dont on lui permit de disposer pour les malheureux. Pendant que nous étions à Giens,  nous pûmes échanger quelques mots avec Erwin Storrer qui passait en camionnette et nous dépassa.

L'incident de Giens nous avait pris un temps précieux et nous arrivâmes à Montargis à neuf heures allemandes, alors que le couvre-feu était pour dix heures. Anne avait fait une angine à Issoudun et Brigitte avait été indisposée. On était donc parti dans de mauvaises conditions, mais avec avis de Monsieur Mabille qu'on pouvait se mettre en route ce qui n'empêche que la petite Brigitte que je tenais sur mes genoux, marquait à notre arrivée à Montargis une fièvre assez vive, que constata le docteur Mabille.

Là encore, c'était l'encombrement le plus complet. Nous étions dans la voie principale et des convois militaires se succédaient sans interruption. On nous enjoignit de garer nos voitures ailleurs. Le docteur pronostiqua à Brigitte une otite qui nécessiterait probablement une opération et un séjour à Montargis. En même temps il manifestait le désir de s'en aller pour faire encore cinquante kilomètres et gagner Senlis ; de façon à pouvoir rentrer à Dinant le lendemain, vingt-sept juillet. Nous n'avions ni logement  ni médecin et n'avions qu'une heure devant nous pour trouver les deux.

J'eus beau supplier, le docteur voulut partir, Marcelle évidemment ne voulut pas nous quitter et je fut touché de l'attitude des Dames de Mons qui elles aussi, apprenant nos mécomptes, ne voulurent pas aller plus loin. Pendant que nous cherchions le médecin, les demoiselles Chanoine se mirent en route pour chercher du logement pour leur mère et pour elles-mêmes, et le ménage Claeys pour Anne, Léon et pour moi. Malheureusement nos voitures restaient sur la rue. Paul et Loulou, ainsi que Lucie durent loger dans les voitures. On avait pu dénicher un vieux médecin retraité réfugié, qui vint visiter Brigitte.
 
Il fut beaucoup moins pessimiste que Monsieur Mabille, et dit que grâce à un calmant à administrer à Brigitte, le lendemain matin, il nous conseillait de partir de tâcher de gagner Dinant où nous pourrions mieux soigner l'enfant. Ce fut pour moi la soirée et la nuit la plus désolante. Léon aussi était affolé et passa une nuit blanche, ce qui n'empêche que le lendemain, après avoir pris congé des Claeys, qui prenaient une autre route (1), nous nous dirigeâmes non pas sur Senlis et Reims, dont le route était encombrée de chariots, mais vers Fontainebleau, Meaux, Soisson etc...
 
Notes :
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(1) Les Claeys retournaient à Bruxelles où ils habitaient
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Relations Géographiques et historiques :
Charostre serait plutôt Chârost
 
Bourge : Le 19 Juin 1940 vers 16h30 arrivant par la route de la charité, un régiment motorisé allemand entre dans Bourges sans aucune opposition. Quelques tirailleurs sénégalais postés du coté du Bordiot et la butte d'Archelet sont capturés ou tués.
 
La ligne de démarcation : Dans l’armistice, l'article 2 prévoyant la partition de la France en deux parties. La ligne de démarcation en étant la frontière, limite entre France occupée et France libre. La ligne de démarcation principale de la France occupée parcourt treize départements sur près de 1 200 kilomètres.

 

 

DSCN9750.JPG Bien que le 20 Juin les troupes allemandes soient descendues jusqu'à Saint Amand Montrond qu'ils occupèrent jusqu'au 18 Juillet, cette ligne de démarcation fut tracée dans le Cher en démarrant de l'Allier. Commençant avec Apremont occupé, Trouy occupé, Vierzon occupé, et se terminant du coté de Thénioux occupé. Les autorités allemandes s'installent à Bourges qui se retrouve en zone occupée. La ligne de démarcation coupe le département du Cher en deux et passe au sud de Bourges à proximité du Subdray.

 

 

 


 


 
Gien : Le pont de Gien est bombardé le 15 juin 1940 par la Luftwaffe, afin de couper la retraite de l'armée française. Ce bombardement entraîne un gigantesque incendie qui ravage les vieux quartiers au pied du château. Le pont saute finalement le 16 juin 1940. Gien n’est plus qu’un amas de cendres, de maisons détruites, 422 immeubles ont été totalement détruits et 921 partiellement. Le centre ville a brûlé pendant 3 jours et 3 nuits. Les églises Saint Pierre et Saint Louis sont détruites, mais le Château est épargné par un orage providentiel. Dès 1941, les giennois pensaient à la lourde tache de reconstruction.
Gien

 

 

 

 

DSCN9751.JPG  
Montargis :
A Montargis, je n'eus guère l'occasion de prendre d'autre contact qu'un contact fort désagréable avec l'hôtelier brutal et grossier, chez qui nous avions échoué. Non seulement, on était mal reçu, mais il ne voulut pas accepter le garage des voitures dans sa cour à moins que nous ne logions pas dans les voitures...

Or, comme nous n'avions pas de logement pour tout le monde, il fallait bien laisser les voitures sur ae rue, ce qui n'était rien moins que désagréable dans une ville où nous ne connaissions personne, remplie de troupes et sans compter le désarroi moral dans lequel nous nous trouvions à cause de la petite de Léon.



Samedi 27 juillet au mercredi 31 juillet 1940
Malheureusement nous ne pûmes entrer à Fontainebleau et l'on nous fit faire de nouveau un immense crochet pour arriver enfin à Melun où l'on nous fit stopper et l'on nous dirigea sur une immense usine dont la cour était remplie de voitures Belges et Françaises et où siégeait un poste allemand.

Là, on nous indiqua l'itinéraire à suivre pour arriver en Belgique. Nouveau désenchantement. On devait rentrer par Mons ce qui allongeait notre parcours d'environ cinquante kilomètres mais en même  temps on nous délivrait un bon d'essence pour soixante litres à prendre dans un bateau qui devait arriver vers quatre heures.

Nous allâmes nous ranger le long du fleuve, mais devant nous s'alignait une file interminable de voitures et Dieu sait quand le bateau arriverait. Léon qui ne tenait plus, souffrant de la gorge, et marquait une forte fièvre aussi; abandonnant les soixante litres, je décidai qu'il fallait gagner sans tarder la ville de Meaux où je m'imaginais pouvoir trouver plus facilement à loger. Nous arrivâmes à Meaux vers les quatre heures ou quatre heure et demie.

Au bout du pont, un agent nous conseilla d'aller vers l'hôtel de la garde situé sur une magnifique place arborée et à proximité du grand parc que j'aurais admiré en d'autres circonstances. L'hôtel de la gare qui devait être bien tenu en d'autres temps, ne pouvait que nous loger.

Les propriétaires venaient eux-mêmes de rentrer et avaient été pillés. Léon se mit au lit ; il avait une angine blanche.
 
Je pus le faire soigner par un médecin militaire français, prisonnier, qui logeait dans le même hôtel que nous. Il resta au lit du samedi jusqu'au mercredi matin.  A tour de rôle, on allait prendre ses repas dans un petit restaurant voisin. De nouveau la question d'essence était devenue inquiétante.

Le samedi soir, arriva sur la place monsieur Thiran de Houyet, qui lui aussi cherchait de l'essence. Ne trouvant pas à loger, nous laissâmes nos voitures côte à côte sur la place, nous partageant celles-ci comme chambres à coucher, Paul logeait avec nous. Le dimanche se passa en démarches inutiles à la préfecture, à la mairie et à la Kommandantur pour avoir de l'essence, mais il n'y en avait pas, et quantité de voitures étaient à l'arrêt. Cependant un Arlonnais sachant l'allemand, qui avait perdu sa famille et que Thiran avait hébergé, parvint à obtenir un papier invitant les allemands à lui donner de l'essence quand faire se pourrait. Je retournai avec lui à la Kommandantur et j'obtins le même papier. Dès le lundi, nous nous mîmes en route pour tâcher de trouver de l'essence, mais en vain.

A un moment donné, des soldats allemands qui vidaient un camion d'essence nous conseillèrent d'aller à un dépôt d'essence qui se trouvait au bout de la ville, près d'un camp de prisonniers. Le premier passant interpellé nous dit que le camp de prisonniers se trouvait de l'autre côté de la plaine. Heureusement, un agent nous dit qu'il y avait un autre camp de prisonniers sur la route de Soissons à quelques deux kilomètres, et ainsi nous arrivâmes au fameux dépôt d'essence, où un sous-officier au vu de nos papiers nous dit que nous pourrions venir chercher de l'essence dans une demi-heure, le temps d'aller chercher les autos.

Ce n'était qu'un farceur, car quand nous vînmes, une demi-heure après, on nous dit qu'il n'y avait plus d'essence à recevoir. Sur nos instances, le sous-officier de garde, pour se défaire de nous, nous conseilla d'aller voir le commandant du dépôt qui, disait-il, habitait au bout de l'usine. Arrivé là, personne ne put nous dire où habitait le commandant et nous revenions fort découragés, l'Arlonnais et moi-même, quand nous arrêtâmes un motocycliste allemand à qui l'Arlonnais conta son histoire.

Le motocycliste fit deux fois la navette entre l'usine et nous puis nous rappela et en fin de compte, le sous-officier de garde vint lui-même avec nous trouver le commandant qui habitait beaucoup plus loin qu'on ne nous l'avait dit.
 
Le sous-officier alla parlementer avec son chef, et je compris, ne sachant pas l'allemand, qu'il avait échoué. Nous demandâmes à aller nous-mêmes nous expliquer et le commandant nous reçut pendant quelques instants mais je n'ai pas compris sauf un seul mot : "Nicht meer".

J'ai compris qu'il voulait dire : "Il n'y en a plus." et je m'en allai de très mauvaise humeur en songeant à ce que nous allions devenir quand l'Arlonnais qui avait vainement essayé d'obtenir les soixante litres d'essence promis par le jeune sous-officier, put en obtenir quarante qui nous furent livrés immédiatement. Thiran en prit vingt litres et moi vingt litres. Le lundi ou le mardi matin, c'était le mardi vingt-neuf, je pense, j'étais sur la place de la gare quand je vis arriver une voiture Belge. C'était Monsieur Brafford qui venait de partir de Bruxelles, à la recherche de ses jeunes filles qui devaient se trouver avec le Sénateur Mullie.

Il avait été jusque Melun, mais, ayant appris que le Sénateur venait de repasser, il était très ennuyé. Je lui dis que j'avais souvent rencontré Monsieur Mullie à Limoges, mais il n'attendait que l'essence pour partir et ne m'avait jamais parlé des personnes qui l'accompagnaient. Monsieur Brafford, en même temps qu'il me mettait au courant de ce qui se passait en Belgique, me dit que, tout compte fait,  il allait retourner à Bruxelles. Je me risquai à lui dire, puisque son voyage était écourté que s'il avait un supplément d'essence que je serais très heureux d'en avoir dix litres.

Il me dit qu'après avoir dîné dans le restaurant que je lui indiquai, il viendrait me revoir. Il en fut ainsi, et pendant que je conversais avec lui, je vis son chauffeur remettre dix litres à mon fils Paul. Monsieur Brafford ne voulut pas être payé, demandant que je tienne les dix litres à sa disposition s'il venait dans le pays de Dinant.

 J'étais logé dans une chambre dont toutes les vitres étaient brisées. Une partie de l'hôtel était réservée pour les officiers allemands et tous les soirs, le café, jusqu'à onze heures, était fréquenté par les soldats allemands.

Nous supportions très mal le contre-temps résultant de la maladie de Léon. Les jours me paraissaient interminables et nous avions encore à attendre alors que nous avions l'essence nécessaire. Le médecin français, tout en trouvant l'état de Léon amélioré, n'était pas très disposé à le laisser partir, mais nous avions une telle hâte de partir que nous fixâmes le jour du départ au lendemain matin.
 
 
 
 
 
 
Mercredi 31 juillet 1940
J'avoue que ce n'est pas sans inquiétude que nous quittâmes Meaux à neuf heures et demie du matin. Monsieur Thiran était parti le mardi matin. Nous prîmes la direction de Soissons, brulâmes (N.D.L.R. "SIC !") cette ville et arrivâmes à Verdun (1) où un poste nous indiqua la route de Mons. Ceci ne nous arrangeait pas et nous demandâmes au garde français de nous indiquer la route vers Hirson et sans plus de difficulté, il nous laissa prendre la route d'Hirson où nous arrivâmes vers midi et demie.

Hirson était fort détruit, et nous nous arrêtâmes sur la place où l'on se restaura, les uns dans les voitures, les autres à l'hôtel, où l'on nous demanda fort cher pour un très maigre repas.

Il y avait à deux Belges des environs de Fosses qui venaient déjà pour affaires et nous firent un tableau très riant de ce qui se passait en Belgique. Nous étant enquis du meilleur itinéraire à suivre pour gagner Chimay et Couvin, nous nous mîmes en route par des raccourcis, et, à un moment donné, un chemin fort mauvais pour aboutir enfin (quel soupir de soulagement) à une douane Belge.

La douane française n'était pas encore occupée. Le douanier Belge ne nous demanda rien, et se borna à témoigner de son étonnement en voyant une plaque parlementaire car je l'avais conservée depuis le départ. Il me dit que c'était la première voiture parlementaire qui passait par là.
Nous étions rentrés en Belgique, après avoir traversé Chimay qui paraîssait avoir aussi beaucoup souffert, nous arrivâmes à Couvin vers deux heures, deux heures et demie.

Nous allâmes vers la Maison Degraux (2) qui avait été pillée complètement. Il n'y restait rien, que rayons comptoirs et gros mobilier et tout dans un désordre inextricable. Nous sûmes que l'immeuble avait été occupé par de nombreuses troupes allemandes, mais que le pillage devait être avant tout l'oeuvre des civils.

Nous reprîmes le chemin de Dinant. A Philippeville, j'appris par un fils Le Boul. que ma maison était détruite, mais que le reste (3) n'avait pas souffert. Paul et Léon s'en doutaient déjà mais me l'avaient caché.

N'ayant de nouvelle de Georges et de Camille, ce qui m'intéressait moins car je la pensais rentrée en Belgique avant moi, l'incendie de ma maison ne m'émut pas outre mesure. Nous arrivâmes à Dinant vers les quatre heures, et passâmes sur le pont de bois aménagé un peu en aval de la taverne des Alliés. En plein milieu du pont, le voiture de Léon, pilotée par se femme, s'arrêta faute d'essence. C'était donc tout juste.
 
J'étais arrêté en face de chez Delaey avec la grosse voiture pendant que Léon allait voir au pont ce qui se passait.

Ruttiens vint me donner la main et me demanda si j'avais des nouvelles de Gorges. Sur ma réponse négative, il me dit que Georges était prisonnier en Allemagne. J'ai omis de dire que le dimanche avant mon départ pour Oradour, apprenant que le soixante-troisième était caserné dans un endroit dont j'ai oublié le nom, j'avais télégraphié, réponse payées, pour avoir des nouvelles de Georges. Au moment du départ, le dix-neuf, je reçus la réponse d'un officier Belge me disant que Georges n'avait pas rejoint son régiment, ce qui m'avait causé une profonde anxiété.

C'est dire combien je fus heureux d'avoir de ses nouvelles. Paul nous avait quittés pour se précipiter vers sa maison.
Elle avait été atteinte directement d'un obus et se trouvait dans un triste état, ce qui n'empêche que Paul et sa famille rentrèrent le jour même chez eux après avoir obtenu chez Monsieur Cléda ce qui leur était nécessaire pour passer la nuit. Léon rentra chez lui, où il n'y avait que peu ou point de dégâts. Quant à moi, après avoir été à la Maison Degraux, je fus recueilli chez Monsieur Lemineur où je logeai plusieurs nuits.

Je craignais que la Maison Degraux eût été pillée, et de fait le pillage avait commencé dans d'assez grandes proportions, mais le brave Joseph Lemineur, rentré le vingt-sept mai de France, y avait mis fin en se présentant comme le délégué des propriétaires, puis, avec Jules Cléda, ils avaient réouvert le magasin à l'avance pour éviter toute autre intervention. Tout d'abord, on entrait par une fenêtre de la rue Wiertz;  Messsieurs Cléda et Lemineur, aidés par les demoiselles Cléda, remirent le magasin plus ou moins en ordre.
 
Notes
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(1) Il s’agit certainement de Vevrin (voir la relation géographique plus bas).
(2) Plus ou moins succursale de du magasin de confection du même nom à Dinant
(3) le reste : des propriétés de famille dont le magasin Degraux et d'autres immeubles sités rue du collège.
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Relations Géographiques et historiques :
Soisson : Combats le 7 juin 1940
 Soisson.

 

 

 

 

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Vevrin :
Le narrateur parle de son retour par Verdun. Passer de Soisson à Hirson via Verdun est un grand détour. On pourrait imaginer que le narrateur ait voulu passer par verdun afin de voir les souvenirs des champs de bataille de la grande guerre, mais si cela avait été le cas il en aurait parlé dans son récit. Et puis, je pense que toute la famille était bien trop pressé de rentrer à la maison après toutes ses péripéties que pour encore rallonger le retour par Verdun. Aussi, je pense que la ville traversée fut Vevrin qui se trouve sur le chemin. De plus, à Vevrin passe la N2 qui va vers Maubeuge puis Mons (route indiquée à nos voyageurs) mais aussi une route quitte Vevrin pour joindre Hirson (route effectivement suivie par le convois).
 
Hirson :
En forêt de Saint-Michel-en-Thiérache, près d'Hirson, subsiste une ligne de blockhaus construits à partir de 1936 et ne faisant pas partie de la ligne Maginot. Elle constitue, le long de la frontière belge, le lien entre les fortifications de Maubeuge et celles des Ardennes. Au début, ne furent construits que des blocs-abris. En 1940, encore inachevée, elle soutenait deux lignes de position de combat : celle de l'avant, la Ligne Principale de Résistance (LPR), celle de l'arrière, la Ligne d'Arrêt (LA), où devaient se situer les réserves chargées de contre-attaquer. Un fossé anti-char et un réseau de barbelés, anti-personnel, venaient compléter cette double ligne. La LPR et la LA étaient jalonnées d'imposants blockhaus équipés de canons et de mitrailleuses. Le 18 mai 1940, les Allemands, se glissant entre ces deux lignes, parviennent à s'emparer de ces positions.
 
 
 
 
 
Voyage du retour
De Montargis à Melun, nous n'avons pas encore eu l'occasion d'obliquer ; nous nous contentions de suivre les itinéraires allongés qui nous étaient imposés. A Melun, nous fûmes en contact avec un poste français qui nous conduisit, comme je l'ai dit, vers le garage où siégeaient des Allemands. Les Allemands eux-mêmes furent aimables sans plus ;  il est vrai qu'étant donné l'état de fièvre de Léon, je ne désirais qu'une chose, me sauver.

Même impression pénible à Meaux ; il est vrai que cette ville avait beaucoup souffert, quantité d'immeubles étaient encore abandonnés, et beaucoup d'habitants venaient à peine de rentrer. On se trouvait donc là dans de mauvaises conditions pour pouvoir émettre un jugement.

Une chose qui nous a frappé au retour, c'est qu'à part Giens, et à Meaux,  nous n'avons vu nulle part depuis Bourges traces sérieuses de bataille et, n'était la file de véhicules que l'on rencontrait sur les accotements de la grand route, personne n'eut pu se douter que la guerre venait de passer par là.

Les campagnes offraient leur aspect habituel et nulle part, on apercevait de cratères de bombes. Nous eûmes l'impression qu'à partir d'un certain moment la guerre ne fut plus qu'une promenade militaire.

Il paraît que Soissons et les autres localités du Nord avaient beaucoup souffert, mais nous n'en vîmes rien par la rue que l'on nous fit suivre pour trouver Soissons.



Août 1940
Quand nous arrivâmes, la fête battait son plein ; dès le premier août, Madame Augusta et sa fille Jeanne, vinrent se mettre à notre disposition, mais je me trouvais sans logis.  C'est alors que je décidai de m'installer dans les annexes de la Maison Degraux, qui restaient en bon état et qui étaient innoccupées. Je n'y revins cependant loger que deux ou trois jours après. J'y fus rejoint quelques semaines plus tard par Mademoiselle Eyckman, puis successivement par Monsieur Ernest, que Léon ramena de Bruxelles, puis par Mademoiselle Naômé qui revint beaucoup plus tard, et enfin par Mademoiselle Marie et Mademoiselle Madeleine qui ne revinrent que vers le six ou sept octobre.
 
L'hôtel Saint Jean avait aussi beaucoup souffert et à tous les immeubles, il manquait glaces ou vitres ou carreaux. La maison Degraux avait été frappée d'un obus qui avait frappé l'entrée du rond ovale, avait fait une grande brèche et causé pas mal de dégâts dans le grenier mais sans affecter la toiture. Je fis parer au plus pressé pour la maison de Paul d'abord, puis pour celle du poilu et puis après je fis remplacer les glaces de la maison Degraux.

La maison de Paul mise est actuellement (1) remise en état ainsi que celle de Léon, de Jules Cléda et de Joseph Lemineur. A la maison du coin, il ne manque que les glaces de le rue Grande et chez Degraux, les vitraux de l'escalier du compartiment Dame sont toujours à remplacer, ne les ayant fait appliquer qu'avec des vitres ordinaires, pour préserver le magasin du vent, de la pluie et du froid.
Notes :
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(1) en 1941
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En Belgique
J'étais heureux de rentrer en Belgique. Je n'étais pas brillant comme santé, mais j'avais enfin des nouvelles de mon fils, il était prisonnier, mais c'était déjà pour moi une consolation d'autant plus qu'on nous faisait croire au retour prochain et massif des prisonniers, mais j'avais un autre sujet de préoccupation.
 
J'avais cru trouver les Bribosia en Belgique, et, à ma rentrée, on était sans nouvelles d'eux. Tout ce que je pus apprendre par la cousine Sylvie qui se trouvait avec nous à Saint-Brévin, c'est qu'à la suite d'un bombardement, ils avaient quitté Saint-Brévin sans leur voiture et sans dire où ils allaient.

J'avais beau m'informer, les jours se passaient sans la moindre nouvelle, quand j'appris que Monsieur le Baron Del Marmol les avait vus dans une ville dont j'ai oublié le nom. Camille m'avait télégraphié à Mignaloux d'aller les prendre dans cette ville, mais nous ne reçumes jamais le télégramme.

A tout risque, j'expédiai à Saint Nazaire, lettre sur lettre avec prière de faire suivre au vicaire de la petite ville où Monsieur Del Marmol avait vu les Bribosia, mais sans succès. Je me mis en tête qu'ils avaient pu vouloir pour me joindre gagner Poitiers, où avait eu lieu le fameux bombardement de cette ville et j'écrivis à l'ambassade à Paris, pour savoir s'il y avait eu des victimes Belges dans le bombardement. En même temps, je m'adressai à la Légia et Marcelle à la Croix rouge.

Bref, pendant un gros mois, je fus sans nouvelles, quand un jour Madame Peterman revenant de France vint me dire que toute la famille était en bonne santé de le petit village de Moutiers.

Je demandai le jour même aux allemands la délivrance d'un passe-port pour aller à leur recherche, mais sans succès.

En même temps, j'écrivis à Camille pour la presser de rentrer. Je sus alors que Jacques faisait en ce sens démarches sur démarches et enfin dans les premiers jours de septembre, je recevais de Camille un mot m'annonçant son prochain retour avec l'auto, que Jacques était allé rechercher à Paimboeuf et qu'il avait fait réparer.
 
Je ne pourrais narrer les transes par lesquelles je passai pendant ces quelques jours et combien je fus heureux d'avoir de leurs nouvelles.

De ce côté, tout allait bien.

Les Bribosia rentrèrent à bon port vers le quinze septembre et, attendant Georges d'une semaine à l'autre, je parvins à prendre mon mal en patience.

Malheureusement, aujourd'hui,  premier avril 1941, j'attends toujours mon fils, et Dieu sait quand il rentrera (1945 !)

Heureusement, tout ce qui me revient de là-bas, c'est qu'il est en bonne santé, et je traite en correspondance suivie avec lui, plus fréquente de mon côté puisque lui-même ne peut m'écrire que tous les huit jours.

Je savais, pour l'avoir ouï dire, qu'en Belgique, je trouverais une bonne partie de la population fort emballée pour l'Allemagne.

Même à Dinant, j'ai trouvé nettement ce sentiment dans la population ou plutôt dans une certaine partie de la pompulation et c'est là une situation que les Allemands auraient peut-être pu exploiter à leur profit s'ils avaient mieux compris l'âme Belge.

Il n'en n'a rien été et la situation est redevenue à peu près ce qu'elle était en 1914-1918.

Fin du récit.
 
 
Impressions du voyage

Voici tel qu’écrit d’un seul bloc par Léon Legrand sa conclusion et ses impressions de voyage. J’avais (comme expliqué au début) découpé ce qui suit en différents chapitres que j’ai inserré dans le texte aux endroits où il me semblait plus opportun de les trouver.
 

Quelles impressions ai-je rapportées de mon voyage en France ? Les voici :
Nous avions cru  à partir de septembre 1939 au relèvement miraculeux de la France. Hélas, nous devions être amèrement déçus.

Je n'ai fait que traverser le Nord à toute vitesse et je dois dire qu'à Hinges comme à Eu, nous fûmes cordialement reçus. Laissant de côté le mauvais accueil de Lucy et le mauvais Maire de Belle-en-Condé, il en fut de même pour la population de Belle-en Condé. Passé la Seine, même accueil aimable et jusque Lisieux ; je trouvai les populations fort empressées et fort polies. Le passage à Lisieux fut moins agréable ; il y avait là encombrement excessif, et j'avais hâte de quitter cette ville.

Nous étions en Normandie, et le soir même à Saint-Julien le Faucon où nous n'eûmes pas non plus à nous plaindre. La population nous paraissait patriotique et l'anxiété était générale. Notre plus mauvais souvenir fut le séjour d'une nuit et d'un jour à Avranches, population moins acceuillante et logement détestable. A Dussuy où nous nous sommes rendus le lendemain, nous trouvâmes une population encore assez accorte. Le maire était très aimable surtout à l'arrivée mais il était évident que l'on désirait nous y conserver le moins possible.

Moi-même, j'étais dans un état lamentable, j'étais inquiet de ma santé et de ma responsabilité. La semaine suivante, nous arrivions à la Guimorais, en pleine Bretagne. La population était très patriote mais sans expérience. Par contre le plus aimable et le plus délicat des maires. Bref, séjour agréable, et qui l'eût été plus encore, si la population eût, quoique très bonne dans le fond été plus communicative. La vie y était très bon marché, et je n'emportai pas encore de la France cette impression qui est survenue depuis.
 
De Bretagne, nous fîmes un bond de trois cent vingt kilomètres jusque Millebeaux, et je dois dire qu'à partir d'Angers, nous traversâmes des campagnes désolées, véritables images d'une France décadante. Ce n'étaient que masures abandonnées, ce que nous avions déjà vu mais moins souvent dans les autres régions. Ce n'étaient que terrains en friche et absence d'habitations, encore les localités traversées étaient dans un état désolant. Tout y révélait le délabrement, la négligence, le manque d'entretien, pas un mur de clôture n'était en bon état, tout tombait en ruines.

Le région de Loudun surtout m'a laissé une impression indéfinissable. De Millebeaux à Poitiers, cela allait mieux. Je sentais l'approche de la grande ville de Millebeaux. La population était relativement bonne bien qu'au bout de quelques jours, nous sentions fort bien, chez le maire d'abord très accueillant, surtout chez le secrétaire de mairie, le plus vif désir de se débarrasser de nous.

Monsieur Mabille était logé chez une brave dame qui l'hébergeait en s'imposant des sacrifices, mais cela ne pouvait durer que quelques jours. Quant à Paul, il était chez de très braves gens. Léon également, sauf qu'ils étaient beaucoup plus rudes et moins communicatifs, la femme surtout. Nous prenions nos repas chez cette bonne dame Aguilon dont j'ai déjà parlé et qui était admirable de patience et de bonté.

De Millebeaux, nous allâmes à Mignaloux, pays triste et désolé, laissant aussi cette impression de laisser-aller et de négligence. Vraiment était-ce la France dont nous avions tant parlé et que nous représentions sous d'autres couleurs ?
Moisson nous laissa meilleure impression. Notre dernière station fut Oradour où je pus mieux observer. Au bout de vingt-huit jours, je m'y sentais aussi étranger que le premier jour et je ne vis jamais population plus nonchalante. Il fallait aller-là pour savoir que les cultivateurs achetaient leur beurre chez l'épicier, que le paysan n'avait même pas le courage d'élaguer ses haies qui séparaient leurs terres et qui, chaque année, s'élargissaient au détriment de la terre cultivable. Le rendement de la terre en blé était réputé excellent quand la récolte allait de six à dix sacs !

Nulle part, on avait l'impression de se trouver devant des cultures soigneusement préparées et travaillées, et dès le matin, on voyait des paysans attablés devant les portes de café prenant un fromage avec leurs tartines et se livrant à des plaisanteries comme sur le tram Oradour-Limoges, qui s'en allait au petit bonheur et surtout au gré des caprices du personnel.

Le matériel était dans un état que l'on ne peut imaginer et ce qui me frappa le plus, c'est que le public ne songeait pas à s'alarmer de cette lenteur qui nous donnait littéralement sur les nerfs.

Beaucoup de soldats attendaient l

eur démobilisation. Bien qu'ayant parmi eux beaucoup de soldats du nord, je n'eus jamais l'impression que ces gens souffraient de la défaite comme ils auraient dû le faire. Pauvre pays arriéré comme culture, vivant uniquement du radical-socialisme, du socialisme tout court et du communisme, qui avait vécu jusque là dans la torpeur, qui convenait bien à leur tempérament puisqu'il vivait de rien et qui ne paraîssait pas réaliser ce qui leur arriverait.

Je me répète, si Hitler l'avait voulu, cette France telle que je l'ai vue aurait marché comme un seul homme avec les régiments allemands et surtout ce qui m'a frappé, c'est l'apathie la plus complète qui règnait dans les pouvoirs publics. On y sentait que la politique avait été maîtresse jusqu'aux derniers jours dans ce qu'elle a de plus affreux et l'autorité était complètement désemparée.

Les Belges après la capitulation, eurent à y souffrir plus d'affronts. Cela ne dura que quelques jours, et en Bretagne surtout où je me trouvais en ce moment, j'ai eu loin d'avoir à me plaindre. Je n'eus pas le même sentiment à Oradour où je représentais la colonie Belge et où je ne sentis nulle véritable sympathie, cela étant montré par un fait  qui révèle  où pouvaient encore en être certaines mentalités. Le brave Curé Alsacien logeait chez le doyen d'Ouradour et devait conduire de jeunes Alsaciennes à Saint Laurent qui allaient suivre une retraite à Périgueux.
Elles devaient prendre à Saint-Laurent un autobus qui les conduirait à destination. Elles ne purent y prendre place et furent éconduites par le chauffeur qui ne cachait pas sa haine du prêtre en disant que c'était à cause des curés que l'on perdait la guerre.

On supportait mal les Belges à Oradour, moins mal cependant que les pauvres Alsaciens très nombreux dans la commune, aussi nombreux que les habitants et que l'on traitait carrément de "Boches", parce qu'ils continuaient à s'exprimer dans leur patois alsacien.

Les vieux n'auraient pas pu faire autrement, ignorant le français, et il était naturel qu'entre eux les Alsaciens se servissent de leur idiome national.

Cela disait le compréhension qui existait entre Français et Alsaciens, et créait entre Alsaciens et indigènes, une animosité, une antipathie que nombre d'alsaciens rendaient bien à leurs hôtes.

Le doyen d'Oradour était lui-même un homme vraiment charmant ; nous ayant supporté alors que manifestement nous boulversions sa vie mais sans que jamais il y eut entre nous cette pleine communication de sympathie que l'on aurait pu supposer.

Seul, je ne songeai pas, bien loin de là, à la comparer à la majorité de ses paroissiens car, toujours à son poste, malgré tout, ce pauvre clergé de France fait tout  ce qu'il peut et s'accommode du peu qu'il peut récolter.

Le Doyen d'Oradour même, vivait dans un état qui n'avait rien de commun avec l'aisance et le fond était excellent.

Je me suis toujours demandé s'il ne devait pas se commander pour être aimable avec nous. Il est vrai qu'il était tiraillé chaque jour par sa bonne Alsacienne, d'occasion, qui nous avait prêté sa chambre, croyant que c'était pour une nuit et se montrait peu aimable à notre égard.
 
Quoi qu'il en soit, quelle différence avec le curé Alsacien, très froid, très méthodique, toujours aussi très méditatif qui s'occupait beaucoup de ses ouailles et dans les conversations très sérieuses était aussi très intéressant.

Je pus par lui pénétrer quelque peu dans cette âme Alsacienne, que nous connaissions si peu. Il nous fit  parfaitement comprendre  que le patriotisme  tel qu'on le comprend en France n'était pas le fait des Alsaciens, qui étaient avant tout Alsaciens et qui, ayant à choisir, se tournaient tout naturellement vers la France mais à une condition, c'est que l'on respectât leurs usages, leur mentalité, et leur langue.

Je compris à cette conversation que l'autonomisme avait pu facilement recruter la majorité dans cette région. Cela dura jusqu'au jour où l'on pu prouver que cet autonomisme était d'importation allemande et l'attitude du Reich en matière religieuse, comptait beaucoup de ses adeptes.

Qu'allait devenir cette pauvre Alsace ? Quand je quittai Oradour, son sort n'était pas encore fixé et le problème était angoissant, mais avec son esprit, mon brave curé songeait au sort qu'on allait réserver à son pauvre pays.

Il en souffrait bien plus comme Alsacien que comme Français tout en ayant des sympathies nettement Françaises, mais je pus mesurer combien la France avait été maladroite et combien elle-même était responsable de cette mentalité qui restait défiante à son égard. Je pense que cette défiance, la France l'avait bien méritée.

Dans ces manquements complets de compréhension que je trouvai à Oradour, on devait excepter les deux prêtres. Là vraiment, les militaires m'avaient montré combien l'armée Française était mal préparée à la guerre.

La retraite militaire devait achever de me désillusionner et tout cela cadrait fort bien avec l'esprit fort superficiel de la population au milieu de laquelle je me trouvais. Que l'on y ajoute les mauvais procédés dont nous fûmes l'objet de la part des autorités et cela permettra de juger combien je fus heureux de quitter pareil milieu.

Pour juger du régime, il suffirait d'ailleurs de demander comment un être aussi peu recommandable que le Sieur Roche fut non seulement maire de cette commune, mais député de l'arrondissement.

Quant aux sentiments religieux, ils se réduisaient à quelques marques extérieures car il n'y avait personne aux offices habituels, et le doyen m'affirma qu'il était bien rarement appelé au chevet des mourants, mais qu'il n'y avait presque pas d'enterrements civils. On venait l'avertir du décès et demander le jour des funérailles.

Le baptême se faisait quelquefois six mois après la naissance et quand le Doyen faisait observer que c'était bien tard, on lui répondait qu'on n'avait pas le temps.

Bref, population sans culture et sans idéal, s'amusant de mille riens, car je vis rarement peuple plus bavard. C'étaient parlottes et parlottes.

Ces gens aimaient mieux converser que travailler et toutes ces parlottes se faisaient dans un patois qui tenait singulièrement du latin et de l'espagnol.

Pas méchant, mais superficiel, pas cultivé, mais pas travailleur.

Ceci me rappelle que dans le domaine de la Richardière régnait le même désordre, absence d'entretien à l'immeuble, pas de peinture, pas de portes ou en décomposition, prairies jamais roulées ; on y négligeait même de couper les foins dans les massifs ou à proximité des massifs, là où ne pouvait pas passer la machine. Du bois sec traînaillait partout. Il y avait en face de la villa un magnifique noyer mort depuis des années et l'on avait jamais songé à l'abattre. Il n'y avait de beau que la charmille, encore mal entretenue.
 
Certainement, on aurait pu avec le bois mort de la propriété se chauffer pendant des mois, peut-être des années. La fenêtre du W.C. ne tenait plus que par miracle. Tout était alarmant, et c'était un des plus beaux domaines du pays. De fait, on aurait pu en faire une magnifique propriété.

A Oradour même, à part quelques immeubles modernes, dans le haut du village, il y avait partout un délabrement complet ; même chez le Doyen, il ne devait plus y avoir de peinture depuis longtemps et l'on trouva mauvais, que nous dûmes nous servir d'eau pour nettoyer le plancher de la salle à manger.

Les toiles d'araignée y foisonnaient. Il paraît que ce sont de bons attrape-mouches ! Les volets du rez-de-chaussée et de l'étage n'avaient plus eu de peinture depuis des années et la poutre du hangar était tellement vermoulue qu'il fallait craindre de heurter cette poutre avec une auto, de peur d'amener l'écroulement du tout.

En voyant cette belle propriété, et en voulant témoigner ma reconnaissance au doyen, j'avais proposé à Paul et à Léon d'aller acheter de la peinture, et de remettre les volets en état.

Réflexion faite, et comme nous nous proposions de partir, d'un jour à l'autre, je me dis qu'il valait mieux de n'en rien faire, car s'il n'y avait qu'une partie des volets faite à notre départ, on ne ferait jamais le reste.
C'est dans cet état d'esprit que je quittai Oradour. Mon séjour à Le Dorat, si j'en excepte le petit restaurant dont j'ai parlé, ne nous laissa pas meilleure impression. Il en fut de même à Issoudun. Même le couvent où nous fûmes hébergés sentait le manque d'entretien. Il est vrai que les pauvres Pères n'étaient pas nombreux, et ne paraîssaient pas riches, mais j'eus le sentiment, que même en pleine prospérité, la situation ne devait pas être changée.
 
A Montargis, je n'eus guère l'occasion de prendre d'autre contact qu'un contact fort désagréable avec l'hôtelier brutal et grossier, chez qui nous avions échoué. Non seulement, on était mal reçu, mais il ne voulut pas accepter le garage des voitures dans sa cour à moins que nous ne logions pas dans les voitures...

Or, comme nous n'avions pas de logement pour tout le monde, il fallait bien laisser les voitures sur le rue, ce qui n'était rien moins que désagréable dans une ville où nous ne connaissions personne, remplie de troupes et sans compter le désarroi moral dans lequel nous nous trouvions à cause de la petite de Léon.

De Montargis à Melun, nous n'avons pas encore eu l'occasion d'obliquer ; nous nous contentions de suivre les itinéraires allongés qui nous étaient imposés. A Melun, nous fûmes en contact avec un poste français qui nous conduisit, comme je l'ai dit, vers le garage où siégeaient des Allemands. Les Allemands eux-mêmes furent aimables sans plus ;  il est vrai qu'étant donné l'état de fièvre de Léon, je ne désirais qu'une chose, me sauver.

Même impression pénible à Meaux ; il est vrai que cette ville avait beaucoup souffert, quantité d'immeubles étaient encore abandonnés, et beaucoup d'habitants venaient à peine de rentrer. On se trouvait donc là dans de mauvaises conditions pour pouvoir émettre un jugement.

Une chose qui nous a frappé au retour, c'est qu'à part Giens, et à Meaux,  nous n'avons vu nulle part depuis Bourges traces sérieuses de bataille et, n'était la file de véhicules que l'on rencontrait sur les accotements de la grand route, personne n'eut pu se douter que la guerre venait de passer par là.

Les campagnes offraient leur aspect habituel et nulle part, on apercevait de cratères de bombes. Nous eûmes l'impression qu'à partir d'un certain moment la guerre ne fut plus qu'une promenade militaire.

Il paraît que Soissons et les autres localités du Nord avaient beaucoup souffert, mais nous n'en vîmes rien par la rue que l'on nous fit suivre pour trouver Soissons.
J'étais heureux de rentrer en Belgique. Je n'étais pas brillant comme santé, mais j'avais enfin des nouvelles de mon fils, il était prisonnier, mais c'était déjà pour moi une consolation d'autant plus qu'on nous faisait croire au retour prochain et massif des prisonniers, mais j'avais un autre sujet de préoccupation.
 
J'avais cru trouver les Bribosia en Belgique, et, à ma rentrée, on était sans nouvelles d'eux. Tout ce que je pus apprendre par la cousine Sylvie qui se trouvait avec nous à Saint-Brévin, c'est qu'à la suite d'un bombardement, ils avaient quitté Saint-Brévin sans leur voiture et sans dire où ils allaient.

J'avais beau m'informer, les jours se passaient sans la moindre nouvelle, quand j'appris que Monsieur le Baron Del Marmol les avait vus dans une ville dont j'ai oublié le nom. Camille m'avait télégraphié à Mignaloux d'aller les prendre dans cette ville, mais nous ne reçumes jamais le télégramme.

A tout risque, j'expédiai à Saint Nazaire, lettre sur lettre avec prière de faire suivre au vicaire de la petite ville où Monsieur Del Marmol avait vu les Bribosia, mais sans succès. Je me mis en tête qu'ils avaient pu vouloir pour me joindre gagner Poitiers, où avait eu lieu le fameux bombardement de cette ville et j'écrivis à l'ambassade à Paris, pour savoir s'il y avait eu des victimes Belges dans le bombardement. En même temps, je m'adressai à la Légia et Marcelle à la Croix rouge.

Bref, pendant un gros mois, je fus sans nouvelles, quand un jour Madame Peterman revenant de France vint me dire que toute la famille était en bonne santé de le petit village de Moutiers.

Je demandai le jour même aux allemands la délivrance d'un passe-port pour aller à leur recherche, mais sans succès.

En même temps, j'écrivis à Camille pour la presser de rentrer. Je sus alors que Jacques faisait en ce sens démarches sur démarches et enfin dans les premiers jours de septembre, je recevais de Camille un mot m'annonçant son prochain retour avec l'auto, que Jacques était allé rechercher à Paimboeuf et qu'il avait fait réparer.
 
Je ne pourrais narrer les transes par lesquelles je passai pendant ces quelques jours et combien je fus heureux d'avoir de leurs nouvelles.

De ce côté, tout allait bien.

Les Bribosia rentrèrent à bon port vers le quinze septembre et, attendant Georges d'une semaine à l'autre, je parvins à prendre mon mal en patience.

Malheureusement, aujourd'hui,  premier avril 1941, j'attends toujours mon fils, et Dieu sait quand il rentrera (1945 !)

Heureusement, tout ce qui me revient de là-bas, c'est qu'il est en bonne santé, et je traite en correspondance suivie avec lui, plus fréquente de mon côté puisque lui-même ne peut m'écrire que tous les huit jours.

Je savais, pour l'avoir ouï dire, qu'en Belgique, je trouverais une bonne partie de la population fort emballée pour l'Allemagne.

Même à Dinant, j'ai trouvé nettement ce sentiment dans la population ou plutôt dans une certaine partie de la pompulation et c'est là une situation que les Allemands auraient peut-être pu exploiter à leur profit s'ils avaient mieux compris l'âme Belge.

Il n'en n'a rien été et la situation est redevenue à peu près ce qu'elle était en 1914-1918.

Fin du récit.

Relations Géographiques et historiques :
V - Quelques noms de personalités belges rencontrées durant l’exode par Léon Legrand.
 
Paul-Émile Janson (né le 30 mai 1872, Bruxelles – Buchenwald, 3 mars 1944) est une personnalité politique libérale belge. Il est le fils de Paul Janson. Il était avocat et devint, en 1910, député à la Chambre. De 1935 à 1936, il fut sénateur.
Il occupa plusieurs fonctions ministérielles : Défense nationale, Justice, Affaires étrangères.
Il a été Premier ministre de Belgique du 24 novembre 1937 au 15 mai 1938. Ce gouvernement fut difficile à former, dans une période politiquement instable et un environnement international tendu. Ce gouvernement créa des conseils culturels néerlandais et français et introduisit un projet de loi sur l'usage des langues dans l'armée.
Il fut également professeur à l'ULB, dont le plus grand amphithéâtre portera plus tard le nom.
Il mourut au cours de la Seconde guerre mondiale, dans le camp de concentration de Buchenwald, en 1944.
 
Camille Gutt (14 novembre 1884 à Bruxelles- 1971) fut le premier directeur général du Fonds monétaire international de 1946 à 1951. Il fut également ministre des finances de Belgique de 1940 à 1945.
Alors que le spectre de l'inflation hérité de l'entre deux-guerres plane en Belgique, l'opération Gutt permet, en octobre 1944, de procéder au remplacement du papier monnaie tout en bloquant les avoirs en banque et aux comptes chèques postaux. En contrôlant la masse monétaire puis en autorisant le déblocage progressif, le gouvernement jugule le danger d'une inflation galopante.
Cette opération va avoir lieu en plusieurs étapes:
-Tous les citoyens belges vont recevoir, en échange de leurs anciens billets, 2000 nouveaux francs belges. Le surplus va alors être transformé en avoirs bloqués, qui vont être remboursés peu à peu par la reprise de la production. On rembourse ainsi 34 milliards de francs belges.
-Les 64 milliards non encore remboursés sont convertis en emprunt financé par un impôt spécifique.
-La masse monétaire est considérablement réduite: on passe de 140 milliards de billets de banque à 25 milliards.
-De plus, le gouvernement belge s'abstient de toute demande d'avances à la Banque Centrale nationale. Cette politique monétaire de lutte contre l'inflation réussit ainsi grâce à la relance rapide de la production.
 
Camille Huysmans est un homme politique belge, de tendance socialiste, né à Bilzen le 26 mai 1871, et décédé à Anvers le 25 février 1968. Il était Président de l'Internationale socialiste; Bourgmestre d'Anvers; Député socialiste; A Londres en juin 1940; Préside l'OPB
C'était une figure importante du mouvement flamand. En 1911, il rédigea avec les députés démocrates chrétiens Frans Van Cauwelaert et Louis Franck une proposition de loi afin de créer une université néerlandophone à Gand.
Il a occupé les fonctions de bourgmestre de la ville d'Anvers et de président de la Chambre des représentants.
Durant la Seconde guerre mondiale, il rejoint le libéral Marcel-Henri Jaspar à Londres et tente avec lui de mettre sur pied un « Comité national belge », chargé de continuer la lutte contre l'Allemagne au côté des alliés.
Après la libération, il assuma les fonctions de chef du gouvernement belge de août 1946 à mars 1947.
Camille Huysmans fonda en 1926 l'école supérieure de la Cambre qui eut comme premier directeur Henry van de Velde (1863-1957)
 
Pierre, baron Nothomb (Tournai, le 28 mars 1887 – Habay-la-Neuve, le 29 décembre 1966) est un écrivain et un homme politique belge.
Il est l'auteur d'un nombre incalculable de poèmes, essais, romans biographies où se mélangent sa foi profonde et un amour presque immodéré et sensuel de la vie. Marisabelle, (1920). L'Arc-en-ciel (1909), Porte du ciel, Clairière (1941), L'Été d'octobre (1963), Pater alterné (1950) , Élégie du solstice (1959). Cette abondance diffuse est compensée, comme dans Terrasse (1957), par sa toute simple sincérité. Sa force de conviction, son esprit vif, sa sensibilité exacerbée et son attachement viscéral à la terre font de lui un passionné déterminé.
Durant la Première guerre mondiale, il est attaché au gouvernement belge à Sainte-Adresse et rédige de la propagande : Les Barbares en Belgique, La Belgique martyre, Le Roi Albert. Il fonde aussi le mouvement La grande Belgique qui prône l'annexion d'une partie de l'Allemagne et du Limbourg hollandais (ce qui amènera l'état-major hollandais à préparer une attaque militaire contre la Belgique). Albert Ier a fustigé cette politique. Père de famille nombreuse, Nothomb, actif sur le plan littéraire et politique, achète le Pont d’Oye, à Habay-la-Neuve, un ancien domaine de maître de forges wallon. Il y recevra notamment Bernanos ...
Pierre Nothomb apparait également comme la figure de proue des mouvements nationalistes nés au lendemain de la Première Guerre mondiale.
 
Le Comte Henry Carton de Wiart (Bruxelles, 31 janvier 1869 - Uccle, 6 mai 1951) était un écrivain et un homme politique belge. Issu d'une famille noble hennuyère, il naît à Bruxelles en 1869. Après des études secondaires au Collège Saint-Michel, il étudie le droit à l'ULB.
Membre du parti catholique, il est élu député de Bruxelles en 1896 et reste membre du parlement jusqu'à sa mort en 1951. Ministre de la Justice du 17 juin 1911 au 31 mai 1918 dans le gouvernement de Charles de Broqueville, le nom d'Henry Carton de Wiart reste surtout attaché à l'importante loi sur la protection de l'enfance en 1912, qui crée les tribunaux pour enfants, prévoit des mesures pour les mineurs délinquants et institue la déchéance paternelle. Il reçoit les félicitations personnelles du roi Albert Ier qui apprécie cette nouvelle loi.
Après la Première Guerre mondiale, il succède à Léon Delacroix au poste de premier ministre, qu'il occupe de 1920 à 1921. Son gouvernement d'union nationale, au sein duquel il occupe également le poste de ministre de l'intérieur, regroupe des membres des partis catholique, socialiste et Libéral. Au cours son année de gouvernement ont lieu :
la deuxième révision de la Constitution belge - qui, pour la première fois, donne une garantie constitutionnelle au bilinguisme du pays -
et la création de l'Union économique belgo-luxembourgeoise.
En 1922, le roi Albert l'anoblit et lui donne le titre de comte.
Sa carrière politique ne s'arrête pas là, puisqu'il est Ministre des colonies de 1924 à 1926 dans les cabinets de Georges Theunis, Aloys Vande Vyvere et Prosper Poullet. Il sera également Ministre du travail, des affaires sociales et de l'hygiène entre 1932 et 1934, dans le gouvernement de Charles de Broqueville. Entre 1928 et 1935, il est également membre de la délégation belge auprès de la Société des Nations. De 1934 à 1947, il est président de l'Union interparlementaire.
Après l'occupation de la Belgique par la Wehrmacht en mai 1940, Carton de Wiart accompagne le gouvernement belge en exil à Londres.
Après la Seconde guerre mondiale, il occupe le poste de ministre sans portefeuille chargé des questions de coordination économique et de reconstruction dans le premier gouvernement de Gaston Eyskens entre le 11 août 1949 et le 8 juin 1950. Âgé de 81 ans, il occupe encore le poste de ministre de la justice dans le gouvernement de transition de Jean Duvieusart, entre le 8 juin et le 15 août 1950.
Auteur de plusieurs romans historiques et ouvrages autobiographiques, il fait partie en 1920 des premiers membres de l'Académie royale de langue et de littérature française de Belgique et le restera pendant 31 ans jusqu'à sa mort le 6 mai 1951. Durant la Question Royale, il est un fervent défenseur du roi Léopold III.
Il a notamment écrit le roman « Cité ardente », qui a donné un nouveau surnom très utilisé aujourd'hui à liège.
 
Le comte Hubert Pierlot, homme politique belge, professeur de droit, président de l'Union catholique belge, est né à Cugnon le 23 décembre 1883 et décédé à Uccle le 13 décembre 1963.
Après des études secondaires à l’école abbatiale de Maredsous puis au collège Saint-Michel des jésuites à Bruxelles, Hubert Pierlot obtient son diplôme de docteur en droit et une licence en sciences politiques de l’Université de Louvain.
De février 1919 à décembre 1920, il occupait les fonctions de chef de cabinet du Premier ministre belge Léon Delacroix.
Il devint député catholique (plus tard social-chrétien) de Neufchâteau en 1925. Il fut sénateur provincial du Luxembourg de 1926 à 1936 et sénateur d'Arlon de 1936 à 1946. Ministre de l'Intérieur (1934-1935) et de l'Agriculture (1934-1935 et 1936-1939), il devint Premier ministre et ministre de l'Agriculture (1939).
Premier ministre et ministre des Affaires étrangères (1939) à la tête d'une coalition catholique-socialiste, puis catholique-libérale, Hubert Pierlot dirige un gouvernement tripartite d'union nationale à partir du début de la Seconde Guerre mondiale (3 septembre 1939) jusqu'au début de l'occupation allemande (1940) dans des circonstances très difficiles. Il rencontra avec Paul-Henri Spaak le président du conseil français Paul Reynaud, le maréchal Pétain et le général Weygand le 27 mai 1940. L'entrevue fut orageuse à quelques heures de la capitulation belge mais Hubert Pierlot afficha une attitude digne. Il rejoint avec Paul-Henri Spaak le 22 octobre 1940 les ministres Camille Gutt et Albert de Vleeschauwer à Londres. Il dirigea le gouvernement belge en exil à Londres de 1940 à 1944. Le 3 octobre 1941, il écrivit au général de Gaulle : « Le gouvernement belge a résolu de vous reconnaître en qualité de chef des Français libres qui ont rallié la cause des Alliés... » De retour en Belgique, il dirigea un gouvernement quadripartite comprenant catholiques, socialistes, libéraux et communistes puis un gouvernement sans ces derniers du décembre 1944 à février 1945. Hubert Pierlot fut nommé ministre d’Etat le 3 septembre 1945.
Au sujet d'Hubert Pierlot, Spaak devait écrire : « Sérieux jusqu'à la sévérité, honnête jusqu'au scrupule, travailleur infatigable, chrétien fervent, patriote, modèle des vertus civiques, professionnelles et familiales, il était un homme de bien. »
Les propos du Roi Léopold III, dans ses mémoires, sont nettement moins tendres: "Il était susceptible, méfiant, sans souplesse et, de surcroît, borné et incapable d'un geste simplement humain." Les relations entre le Roi et le Premier Ministre seront dès le début très tendues. Le conflit culminera au moment de la capitulation de mai 1940.
Il s'éteint à Uccle en 1963.
 
Charles Tschoffen était Docteur en droit; En octobre 1940, Chef de Cabinet du Ministre de la Justice
 
Léon Jacques Louis Matagne (Pont-à-Celles, 4 oktober 1880 - Charleroi, 17 augustus 1951) was een Belgisch socialistisch politicus.
Matagne was burgerlijk mijningenieur en werd in 1947 schepen in Charleroi. Hij was senator (1925-1951) voor de Belgische Werkliedenpartij. In 1940 werd hij minister van Openbare Werken in de regering Pierlot, die na de Duitse inval in mei van dat jaar naar Frankrijk vluchtte. Hij behoorde tot de Belgische ministers die zich na juni 1940 als ontslagnemend beschouwden en bleef de rest van de oorlog in Frankrijk. In tegenstelling tot drie van zijn collega's die in Duitse concentratiekampen terechtkwamen, werd Matagne met rust gelaten toen de Duitsers eind 1942 heel Frankrijk bezetten.
 
Docteur Sand, Secrétaire Général du Ministère de la santé publique
 
Baron Hubert Verwilghen : Gouverneur du Limbourg de 1928 à 1940.
 
Ministre Bouchery (ministre des postes ?) envoyé comme otage à Breendonck pendant quelques semaines.
 
 
 
 
 

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