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Publié par BALCHOY

 

 

 

Samedi 22 juin 1940  (ou 29 juin 1940 ?)
Nous partions donc le samedi matin et nous nous dirigeâmes sur  Lille-Jourdain où se trouve la fameux barrage de la Vienne. Je dois dire que malgré les circonstances du moment, le voyage se déroula très bien à travers des sites pittoresques et intéressants. Pour ma part, je ne pouvais me décider à y prendre le même plaisir, ni même à les contempler : j'avais l'esprit rempli d'autres préoccupations et ne cessais de penser à mon fils Georges, dont nous étions toujours sans nouvelles malgré nos multiples cartes envoyées dans tous les sens à son adresse militaire.

Il me faudrait une carte pour me rappeler les diverses localités traversées. Tout ce dont je me souviens, c'est qu'à un moment donné, ayant pu prendre un chemin moins fréquenté, nous sommes tombés dans un convoi de tanks en retraite. Nous avons dû,  quand ce fut possible, faire tête à queue, et avec la remorque ce n'était guère facile.

Nous arrivâmes à midi à Saint Julien, où l'on se restaura tant bien que mal au moyen de vivres emportés et ce, au milieu d'une foule agitée et mouvementée composée de civils et de militaires, car nous nous trouvions dès ce moment et de nouveau sur le chemin des troupes en retraite.

 

D'accord avec Emile, nous voulions gagner Noiron encore distant d'une trentaine de kilomètres mais pourrait-on y parvenir ? Rochechouart devait être la première localité à atteindre, mais on nous disait que cette localité, petite sous-préfecture, était encombrée de troupes. Il en était de même disait-on, partout. En désespoir de cause, nous gagnons Rochechouard, où l'on ne voulait même pas nous laisser stationner. A ce moment Léon eut une panne de moteur, et nous dit sans plus vérifier : "C'est une panne d'esssence."Que faire dans un petit village où l'on ne voulait pas de nous et pour cause. Une nouvelle fois, je me mis en quète du bureau de la place pour tâcher d'obtenir de l'essence.

Je ne réussis qu'à me fatiguer. A côté de nous se trouvait un fourgon militaire composé d'un jeune officier et d'un sous-officier qui nous témoignait quelque intérêt, connaissant très bien la Belgique et, à mon avis,  y ayant été élevé, mais il ne put nous donner d'essence. En désespoir de cause, Léon essaya de nouveau son moteur, qui, à notre  grande stupéfaction, se remit en route. Après les calculs ultérieurs de Léon, il y avait encore à ce moment environ douze litres d'essence dans  nos voitures, ce qui n'empêche que le docteur Mabille crut dur comme fer que Léon avait joué la comédie, ce qui était absolument faux.

Sortant de Rochechouard, et tenant toujours la tête, nous nous trouvâmes bientôt devant un embranchement, l'un conduisant à Saint Laurent ou Saint Julien, l'autre vers la localité nommée Oradour. Nous étions toujours sous l'impression que notre auto était à peu près à court d'essence, et que d'autre part, la route nous paraissait bien tranquille, et comme Oradour était un peu plus proche de Saint Julien, nous nous engageâmes sur la route d'Oradour, où nous arrivâmes vers les quatre heures, alors que se déchaînait un orage épouvantable.

Ce petit village, chef-lieu de canton, était bourré d'Alsaciens et de troupes, et cette fois la petite voiture était à bout d'essence, au milieu de l'orage, je me dirigeai vers la mairie, avec Emile,  et avec le docteur. Nous y fûmes reçus par le maire le plus mal éduqué de la France, c'est à dire de la façon la plus grossière qu'il soit possible d'imaginer. Il nous reprocha d'avoir quitté l'endroit où nous étions, contrevenant ainsi aux ordres du soit-disant gouvernement, qui, disait-il, dirigeait alors la France et qui devait être obéi.

Ce maire, dont l'attitude resta la même par la suite, était en outre député ; c'était M. Roche, radical socialiste, communisant, homme sans culture et imménsément riche, détesté à Oradour mêrme, mais cajolant les paysans, qui formaient sa clientèle. Il fut l'un des trois opposants au gouvernement de Pétain. Il nous défendit de séjourner à Ouradour. J'eus beau lui faire observer qu'une des voitures était en panne, il ne cessa point ses invectives à notre adresse, et l'entretien se termina sur la défense réitérée de séjourner à Ouradour.

 

Pendant ce temps, la pluie continuait à faire rage. La petite Brigitte était tombée dans le torrent que formaient les eaux au bord de la route, et les gens nous prenaient en pitié, disant beaucoup de mal au maire, tous cependant ayant l'air d'en avoir peur.

Le sieur Roche avait voulu nous diriger vers Saint Laurent, nous disant qu'il n'y avait pas de troupes, j'ai su depuis qu'il mentait sciemment. En désespoir de cause, je demandai s'il y avait un curé dans l'endroit et de me dire où il habitait. On me répondit qu'il y avait un doyen et l'on me montra sa maison à quelques pas. Je trouvai le doyen à son bureau, et il me dit immédiatement qu'il me donnerait asile pour la nuit en nous abandonnant une chambre et son salon. Plus tard, la servante nous céda la chambre à deux lits qu'elle occupait et qui remplaça ainsi le salon (salle à manger)

Emile, Henri et l'ami Gilsoul (1) allèrent chez la dame de l'agent des Ponts et Chaussées, où ils purent loger sur des paillasses prêtées par l'infirmerie du doyen, car celui-ci avait transformé en infirmerie une petite salle de spectacles.

Chez le doyen logeait déjà un prêtre alsacien, dont la servante faisait la cuisine pour les deux prêtres. C'est ainsi que nous logeâmes la première nuit Léon, Anne et Brigitte dans une chambre, Emile, Henri et Gilsoul sur leurs paillasses, Lucy(2) et Lotti (3) à l'infirmerie et les dix-huit autres, ménage de Paul, Marcelle et ses quatre enfants, et les six Mabille et moi-même dans la chambre à deux lits.

Notes :

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(1) et (3) Gilsoul  est le chauffeur de Emile Claeys, Lotti est sa servante.

(2) Lucy est la servante de Léon Claeys.

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Relations Géographiques et historiques :

Lille-Jourdain : L’isle Jourdain

 

Saint Julien : ou peut-être Saint Junien

 

Oradour : Oradour sur Veyres (ou Vayres) chef lieu de canton.

 

Léon Roche

Léon Roche est un homme politique et un résistant français né le 29 juin 1895 à Oradour-sur-Vayres (Haute-Vienne) et mort le 26 juin 1944 à Paris.

Exploitant agricole, membre de la SFIO Léon Roche succède à son père (médecin) à la mairie ( 1921-1941) et au conseil général d'Oradour, respectivement en 1920 et 1923. Il est élu député en 1932 et réélu en 1936. Il appartient à la commission du Suffrage universel.

Le 9 juillet 1940, il vote contre le principe d'une révision constitutionnelle, avec ses collègues Jean Biondi (SFIO) et Alfred Margaine (radical). Le lendemain, il vote contre les pleins pouvoirs à Philippe Pétain.

Léon Roche s'engage ensuite dans la Résistance, participant à la reconstruction de la SFIO (Comité d’action socialiste, puis SFIO clandestine) et travaillant en liaison avec le Conseil national de la résistance.

Il meurt peu avant la Libération de Paris.

 

 

 

 

 

 

 

Dimanche 23 juin au 19 juillet 1940  (ou 30 juin au 19 juillet 1940 ?)
Le lendemain, pas moyen de trouver de l'essence, et nul  espoir de trouver un gîte où que ce fût, dans ce pays encombré. Le doyen, qui ne s'attendait qu'à nous loger un jour, nous dit qu'il ne nous mettrait pas à la porte. Les Claeys trouvèrent à se loger dans le dessus du village, chez un notaire et chez une dame Callendreau.  Marcelle et ses enfants, continua à être hébergée chez cette dame, dans un véritable château, jusque la fin du séjour.

 

Claeys, son fils et Gilsoul ne furent hébergés que quelques jours chez le notaire, et durent se réinstaller chez l'agent des Ponts et Chaussées; quant à nous, pendant les vingt huit jours que dura ce séjour forcé, nous continuâmes à loger dans la même chambre, et j'eus la bonne fortune de pouvoir coucher sur un ressort, dans l'un des deux lits.

Ce séjour fut pénible, car nous savions combien cela devait ennuyer le Doyen qui ne disposait plus dans son presbytère, que d'une chambre à coucher, la grande salle à manger ayant été prêtée pour les repas.

Nous mangions tous en trois tournées, les Mabille d'abord vers onze heures, onze heures et quart, les Claeys ensuite, et enfin nous vers une heure. Même répétition pour le déjeuner et le souper, bien entendu nous avions à pourvoir à notre subsistance.

Nous étions à quarante trois kilomètres de Limoges, où nous pouvions parvenir à l'aide d'un tram électrique indigne d'un pays civilisé. Nous étions arrivés un samedi soir, et dès le commencement de la semaine suivante, les Claeys et les Mabille allèrent à Limoges. J'y allai moi-même deux jours après avec le docteur Mabille et j'y retournai par la suite huit ou neuf fois pendant notre séjour.

C'est dans la nuit de mardi que nous parvint la nouvelle de l'armistice. J'en avais beaucoup discuté avec le Doyen d'Ouradour, et ne lui cachai pas mon étonnement de voir la tournure des affaires. Je lui disais en effet que les pourparlers de l'armistice allaient susciter des questions insalubres au point de vue honneur français. La question de la flotte et de l'aviation, toutes choses que l'on aurait pu éviter si le gouvernement avait purement et simplement quitté la France.

Je fus surpris à la lecture des clauses de l'armistice, car elles étaient dures, à d'autres points de vue, semblaient donner des garanties pour la flotte et pour l'aviation. Nous nous éveillâmes le lendemain avec la sensation que tout au moins le cauchemar des bombardements avait disparu, mais pour laisser place à quels spectacles. Pendant des jours et des jours, nous vîmes se continuer cette retraite française, si différente de la retraite allemande de 1918.

 

Déjà avant l'armistice, on voyait des autos d'officier se succéder avec bagages et familles, et souvent pilotant des autos belges, ayant donc abandonné leurs troupes ; puis ce furent des convois et des convois qui continuèrent à se succéder après l'armistice. Je m'attendais à lire le désespoir dans les yeux de ces soldats, s'enfuyant en désordre ; nous-mêmes, Belges, nous souffrions de ce fait nouveau, et si bien que pour notre pays, l'occupation fut déjà un fait accompli depuis un mois, et que nous éprouvions un soulagement à ne plus devoir fuir sous les bombes avec nos petits enfants, je ne voyais sur tous les visages que sourires et airs de fête.

J'assistais aussi à un incident émouvant ; un soldat juché sur un véhicule, fut interpellé par d'autres soldats qui se reposaient sur les marches des maisons et sous les arbres de la place ; avec rage, il leur répondit cette phrase que je n'oublierai jamais : "Espèces d'imbéciles, trouvez-vous qu'il y a de quoi rire en ce moment !"
Le malheur, c'est que l'un des chevaux de son attelage fut la victime de cet incident, le soldat hors de lui-même le frappa à coups redoublés du gros bâton qui lui servait de fouet.

Ces convois d'attelage à chevaux laissaient d'ailleurs rêveurs les passants qui les contemplaient. Chevaux maltraités, efflanqués, blessés, ayant manifestement été traités sans soins ni ménagements, voitures désuètes sur lesquelles on pouvait lire modèle 67 et modèle 87. Spectacle désolant et misérable.

Vraiment, ce que je vis alors me fit désespérer de la France. Léon et Paul, s'étaient rendus le soir de l'armistice dans ce que là-bas on appelle hôtel (à part la cuisine qui était bonne, le reste était infect comme propreté et aménagement), virent dans la place où ils se trouvaient d'un côté cinq officiers supérieurs rigolant et sablant le champagne, et de l'autre côté trois poilus cassant la croûte en buvant du pinard, et ne cachant pas leur mépris pour les cinq officiers d'à côté.

Non la France n'était pas préparée à la guerre, ni mécaniquement ni surtout moralement. On nous avait fait croire que depuis septembre 1939, un relèvement miraculeux s'était produit en France. C'était un pur mensonge. Ces gens étaient prêts à toutes les défections, et comme j'eus l'occasion de le dire plus tard à un officier allemand, si Hitler avait en cette question fait preuve de modération envers la France, l'Alsace Lorraine, les Français, dans l'état d'esprit du moment, et sous le réveil de leurs sentiments anglophobes, seraient passés sans coup férir dans le camp allemand. La paix de la France eût été assurée pour cent ans et les français depuis des mois se battraient contre les Anglais. Cela ne tarderait point avec les Allemands mais il a voulu précisément cette occupation pour ramener en France la réaction actuelle, qui d'après les on-dit est sérieuse et assez explicable. Donc, dès la première semaine de mon arrivée à Oradour, je me rendis à Limoges avec le docteur Mabille mais nous n'y séjournâmes ce jour que quelques heures car les journaux du matin annonçaient que le retour en Belgique était libre et nous avions hâte de rentrer à Oradour pour prendre nos dispositions.(1)

Hélas, pendant vingt-cinq jours (2), nous devions marcher de déception en déception, car, vu l'hostilité du maire,  nous ne pouvions décrocher d'essence directement. Mes fils auraient pu s'en procurer car les soldats en liquidaient beaucoup pour leur propre compte, mais étant Sénateur Belge,  je ne voulais pas m'exposer à  me trouver en mauvais cas, ce qui aurait pu rejaillir sur toutes les colonies Belges qui séjournaient en France. (3)

On décrocha tant bien que mal quelques litres d'essence par ci, par là au cours de ces vingt-huit jours que nous passâmes à Oradour. Les ordres et contrôles se succédaient à jets continues. On publia un bon jour, que les fonctionnaires, magistrats, etc... devaient rentrer les premiers et pour cela devaient s'adresser aux commissaires royaux Belges à Cahors, compétents pour la région de Limoges. C'était un voyage impossible (quarante-trois kilomètres en tram). Nous y allâmes avec Emile, Mabille et Gilsoul. Le soir, tandis que nous retournions avec Gilsoul à Limoges, Emile et Mabille partaient de la nuit pour Cahors où ils arrivèrent dans la nuit opaque. Ils furent obligés de passer le reste de la nuit dans les fauteuils d'un hôtel où ils furent réfugiés.

Le lendemain, ils furent reçus grossièrement et les derniers par le fameux commissaire royal qui n'était autre que le docteur Sand.  Il leur reprocha d'être bien pressés de retourner en Belgique, alors qu'ils avaient été si pressés d'en sortir. Emile et Mabille demandaient un ordre de rejoindre pour eux-mêmes, l'un comme fonctionnaire, l'autre comme médecin et essayaient d'en obtenir de même pour moi comme conseiller municipal. Il leur fut répondu qu'en ce qui me concernait, je n'avais pas à y compter, bien qu'on invoquât mon état de santé et la nécessité de voyager avec un médecin.

 

Heureusement, continua le docteur Sand, je n'ai plus rien à dire pour Limoges où vient d'être nommé comme commissaire royal Monsieur Verwilghen, gouverneur du Limbourg.

Emile et Mabille reprirent le chemin pour Limoges où ils se perdirent dans l'obscurité et pour venir échouer de nouveau dans un porche d'hôtel, où ils purent enfin, dans des fauteuils d'osier, attendre l'arrivée du jour, et ils nous revinrent le lendemain absolument écoeurés de l'acceuil qu'ils avaient reçu à Cahors.

Passant à Limoges, Emile avait pu cependant prendre contact avec le Baron Verwilghen par téléphone et rendez-vous avec lui pour le lendemain. Nous retournâmes de nouveau à Limoges où je renonce à décrire les démarches chez le Préfet, ou plutôt chez son secrétaire en vue d'obtenir un peu d'essence afin de vaincre la résistance du maire d'Ouradour. C'est là que j'ai pu saisir sur le vif ce qu'il en était de la discipline en France.

Ayant dit au secrétaire que le maire devait certainement s'incliner devant un ordre du préfet, il me dit que c'était précisément le contraire, et que s'il insistait, le maire pourrait lui répondre comme il l'avait fait un jour en lui faisant savoir par téléphone, qu'il l'em.....

Le Secrétaire me conseilla d'aller tenter ma chance près du Sous-préfet de Rochechouard qui était en meilleurs termes avec le maire. Hélas pour aller à Rochechouard il fallait encore dépenser de deux à trois litres d'essence et nous en avions déjà trop peu. Le maire, à qui je demandai deux litres me les refusa catégoriquement alors qu'il en avait des milliers de litres dans les pompes et qu'il en usait largement pour lui-même.

Mais j'en reviens à notre voyage à Limoges, où nous parvînmes à toucher le Baron Verwilghen. Il se trouvait au Consulat de Belgique où il venait de s'installer, et fut pour nous l'amabilité même. Il nous donna tous les ordres de rejoindre que nous demandions, moi-même y étant compris avec ma famille. Le malheureux n'avait pas encore de cachet et le secrétaire du consulat ne voulait pas apposer le cachet du consulat sans la permission du consul qui était absent.

L'après-midi, le baron Verwilghen m'accompagna lui-même à l'hôtel de ville où nous devions toucher le consul. Il obtint la signature de celui-ci, et je pus alors, en courant, aller faire apposer le cachet du consulat de façon à ne pas rater le dernier tram pour Oradour. Inutile de dire que je n'ai jamais pu obtenir de la préfecture le moindre visa pour ces ordres de rejoindre.

Manifestement même le secrétaire du Préfet  ne voulait plus me recevoir et chaque fois, l'on me dirigeait vers un certain sous-préfet du nom d'Andrieux qui nous éconduisait et nous trompait sciemment.


J'avais beau dire à ce sous-préfet, Andrieux que dans la sous-préfecture de Rochechouard, on nous défendait de nous en aller, il nous affirmait mensongèrement que toutes les routes étaient libres et que nous n'avions besoin d'aucun papier.

Bref on se payait notre tête, et le seul but de ces manoeuvres était de mettre des obstacles à notre rentrée en Belgique. J'en cherchai le pourquoi et je crus qu'il fallait le trouver dans l'attitude des Allemands qui laissaient passer les Belges à la ligne de démarcation et retenaient les Français.

Il y eut en effet, pendant des semaines, des milliers de pauvres français qui furent immobilisés sur les routes avec leurs autos dans des conditions les plus dures au point de vue ravitaillement et je pense que les français se vengeaient sur nous en nous empêchant de partir, en parquant les Belges avec plaisir ou en leur défendant de partir du lieu de résidence. Je note que dès le commencement de juillet, les Magnel et les Storrer (4) étaient passés à Oradour munis
d'un laisser-passer leur délivré par les Allemands, et ceux-là, les français n'osaient pas les arrêter grâce à la crainte que leur imposait l'Allemand. Je leur conseillai de se diriger vers Saint-Aignan tout en me demandant s'il ne leur arriverait pas d'incident, et si les français entre Ouradour et Saint-Agnan se montreraient aussi têtus que ceux entre Bordeaux et Oradour.

J'appris que le passage s'était fait sans aucune difficultés, par des lettres que Jeanne (4) réussit à m'écrire de Saint-Aignan et d'Orléan mais ces lettres eurent un certain retard, surtout celle de Saint-Aignan parce que sur celle-ci, Jeanne avait indiqué son adresse inexactement ainsi que son département. Je n'allai pas moins de huit à neuf fois à Limoges et y assistai à plusieurs réunions de parlementaires.

On était une trentaine car les autres s'étaient égaillés un peu partout. J'assistai notamment à une séance où vinrent s'expliquer Messieurs Gillon et Van Cauwelaert qui avaient disparu assez brusquement de la circulation.  Ils avaient fait un long circuit dans le midi de la France, et en Espagne même, et nous arrivaient de Vichy. On y parla de la fameuse déclaration de Limoges, tous reconnaissaient que les Belges avaient été trompés par Monsieur Reynaud quant aux circonstances dans lesquelles s'était faite la capitulation.

 

Dans plusieurs de ces réunions, il fut aussi noté qu'il avait été possible jusque là d'établir un contact entre le gouvernement réfugié à Vichy et les Allemands et le roi lui-même. Aucune réponse ne parvenait, et l'on avait l'impression que c'était un silence voulu. Je n'avais pas été à Limoges à la réunion, et sans  vouloir désapprouver les sentiments de mes collègues parlementaires que je comprenais fort bien, je n'avais pas été sans regretter l'emploi dans la Déclaration de Limoges de certains termes que je trouvais excessifs.

Je sus que le vote avait été enlevé comme toujours à la suite de certains discours enflammés et que si l'on avait dû voter à nouveau une demi heure plus tard, le vote n'eut pas été tout à fait le même. Malgré tout, je trouvais dans cette atmosphère de Limoges que certains de ces parlementaires les hauts, avaient bien soin de ne plus y venir et paraissaient peu corrects.

On avait été trop loin peut-être, mais il y en avaient qui auraient facilement dépassé les mesures, semblait-il en sens contraire. Quant à moi, dès ce moment,  j'avais fixé mon opinion et je ne pensais plus comme en Bretagne. Mieux averti, j'avais corrigé certaines parties de mes jugements mais pour le surplus, je pensais alors au sujet des évènements de Belgique, ce que je ne cessais de penser depuis lors.

Je veux croire que dans ces diverses entrevues entre le Roi et ses ministres, il y eut bonne foi de part et d'autre mais il n'en n'est pas moins certain qu'il y avait eu erreur de l'un des côtés ou de l'autre et à ce sujet, le doute à mon avis n'était point permis.

Beaucoup de parlementaires désiraient rentrer en Belgique. Ils étaient arrêtés comme moi par le défaut d'essence. Alors, à mon  dernier voyage à Limoges, j'appris que l'on avait fait par l'intermédiaire du maire de Limoges une demande à Vichy pour obtenir un bon collectif d'essence.

On m'inscrivit après coup, mais ceci se passait vers le seize juillet et je renonçai à aller voir ce qui en advint, car le dix-huit, quand je me rendis pour le dernière fois à Limoges, la réponse n'était pas encore parvenue. Notre désir était donc de partir au plus tôt. Péniblement nous avions grappille un peu d'essence par ci par là, et un certain monsieur Moens, gantois établi à Lille depuis l'autre guerre, réfugié comme nous à Ouradour, avait pu nous en procurer un peu, et dès le seize juillet nous décidions le départ pour le lendemain dis-sept, ayant, sauf accident,  assez d'essence pour atteindre la ligne de démarcation, voir même aller cinquante kilomètres au-delà.

 

Notes :

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(1) Réaction en 2009 de Jean-Pierre Legrand, petit fils du narrateur : J'avoue être étonné et même un peu peiné par cette opinion de mon grand père qui se trompe, je pense,  sur l'état majoritaire de l'opinion française et surtout sur la personnalité de ce "fou dangereux" que fut Hitler incapable d'assurer une paix durable pas plus  à son peuple qu'aux peuples conquis souvent très cruellement par ses armées.
(2) Il s’agit bien sur d’une erreur dans le texte.

(3) Réaction en 2009 de Jean-Pierre Legrand : Après ce que j'ai dit à regret plus haut, je tiens à dire ma fierté d'avoir pour Grand Père une parlementaire qui refusa sa pension politique en affirmant que son mandat de sénateur n'était pas un métier. Certain hommes "politiques"  qui ont quitté récemment  leurs fonctions (2009) en exigeant ou même en acceptant des prébendes innacceptables surtout en période de crise devraient avoir honte de leur manière d'agir. Mon Grand Père, à son honneur,  avait une toute autre conception du mandat politique.
 (4) Jeanne storrer était la fille du narrateur.
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R
elations Géographiques et historiques :

Déclaration de Limoge : Le 31 mai, à Limoges où les Parlementaires belges sont réunis, Spaak fait le compte rendu des événements qui viennent de se dérouler et rejette sur le roi seul la responsabilité de la capitulation. La résolution votée prononce l'impossibilité juridique et morale pour Léopold III de régner du fait de l'ennemi.
Prisonnier, le roi ne veut plus poser de geste politique. C'est pour cette raison qu'il refuse de donner des directives à ses ministres partis en France et qui lui demandent s'ils doivent revenir en Belgique ou non. Finalement, le 31 octobre après bien des hésitations et après avoir donné l'ordre pour les Belges, civils et militaires se trouvant sur le sol français de regagner la Belgique, quatre ministres reconstituent le gouvernement belge à Londres.

 

 


Oradour sur Veyre :
 Notre dernière station fut Oradour où je pus mieux observer. Au bout de vingt-huit jours, je m'y sentais aussi étranger que le premier jour et je ne vis jamais population plus nonchalante. Il fallait aller-là pour savoir que les cultivateurs achetaient leur beurre chez l'épicier, que le paysan n'avait même pas le courage d'élaguer ses haies qui séparaient leurs terres et qui, chaque année, s'élargissaient au détriment de la terre cultivable. Le rendement de la terre en blé était réputé excellent quand la récolte allait de six à dix sacs !

Nulle part, on avait l'impression de se trouver devant des cultures soigneusement préparées et travaillées, et dès le matin, on voyait des paysans attablés devant les portes de café prenant un fromage avec leurs tartines et se livrant à des plaisanteries comme sur le tram Oradour-Limoges, qui s'en allait au petit bonheur et surtout au gré des caprices du personnel.


Le matériel était dans un état que l'on ne peut imaginer et ce qui me frappa le plus, c'est que le public ne songeait pas à s'alarmer de cette lenteur qui nous donnait littéralement sur les nerfs.

Beaucoup de soldats attendaient leur démobilisation. Bien qu'ayant parmi eux beaucoup de soldats du nord, je n'eus jamais l'impression que ces gens souffraient de la défaite comme ils auraient dû le faire. Pauvre pays arriéré comme culture, vivant uniquement du radical-socialisme, du socialisme tout court et du communisme, qui avait vécu jusque là dans la torpeur, qui convenait bien à leur tempérament puisqu'il vivait de rien et qui ne paraîssait pas réaliser ce qui leur arriverait.

Je me répète, si Hitler l'avait voulu, cette France telle que je l'ai vue aurait marché comme un seul homme avec les régiments allemands et surtout ce qui m'a frappé, c'est l'apathie la plus complète qui règnait dans les pouvoirs publics. On y sentait que la politique avait été maîtresse jusqu'aux derniers jours dans ce qu'elle a de plus affreux et l'autorité était complètement désemparée.

Les Belges après la capitulation, eurent à y souffrir plus d'affronts. Cela ne dura que quelques jours, et en Bretagne surtout où je me trouvais en ce moment, j'ai eu loin d'avoir à me plaindre. Je n'eus pas le même sentiment à Oradour où je représentais la colonie Belge et où je ne sentis nulle véritable sympathie, cela étant montré par un fait  qui révèle  où pouvaient encore en être certaines mentalités. Le brave Curé Alsacien logeait chez le doyen d'Ouradour et devait conduire de jeunes Alsaciennes à Saint Laurent qui allaient suivre une retraite à Périgueux.

Elles devaient prendre à Saint-Laurent un autobus qui les conduirait à destination. Elles ne purent y prendre place et furent éconduites par le chauffeur qui ne cachait pas sa haine du prêtre en disant que c'était à cause des curés que l'on perdait la guerre.

On supportait mal les Belges à Oradour, moins mal cependant que les pauvres Alsaciens très nombreux dans la commune, aussi nombreux que les habitants et que l'on traitait carrément de "Boches", parce qu'ils continuaient à s'exprimer dans leur patois alsacien.

Les vieux n'auraient pas pu faire autrement, ignorant le français, et il était naturel qu'entre eux les Alsaciens se servissent de leur idiome national.

Cela disait l’incompréhension qui existait entre Français et Alsaciens, et créait entre Alsaciens et indigènes, une animosité, une antipathie que nombre d'alsaciens rendaient bien à leurs hôtes.

Le doyen d'Oradour était lui-même un homme vraiment charmant ; nous ayant supporté alors que manifestement nous boulversions sa vie mais sans que jamais il y eut entre nous cette pleine communication de sympathie que l'on aurait pu supposer.

Seul, je ne songeai pas, bien loin de là, à la comparer à la majorité de ses paroissiens car, toujours à son poste, malgré tout, ce pauvre clergé de France fait tout  ce qu'il peut et s'accommode du peu qu'il peut récolter.

Le Doyen d'Oradour même, vivait dans un état qui n'avait rien de commun avec l'aisance et le fond était excellent.

Je me suis toujours demandé s'il ne devait pas se commander pour être aimable avec nous. Il est vrai qu'il était tiraillé chaque jour par sa bonne Alsacienne, d'occasion, qui nous avait prêté sa chambre, croyant que c'était pour une nuit et se montrait peu aimable à notre égard.

 

Quoi qu'il en soit, quelle différence avec le curé Alsacien, très froid, très méthodique, toujours aussi très méditatif qui s'occupait beaucoup de ses ouailles et dont les conversations très sérieuses était aussi très intéressant.

Je pus par lui pénétrer quelque peu dans cette âme Alsacienne, que nous connaissions si peu. Il nous fit  parfaitement comprendre  que le patriotisme  tel qu'on le comprend en France n'était pas le fait des Alsaciens, qui étaient avant tout Alsaciens et qui, ayant à choisir, se tournaient tout naturellement vers la France mais à une condition, c'est que l'on respectât leurs usages, leur mentalité, et leur langue.

Je compris à cette conversation que l'autonomisme avait pu facilement recruter la majorité dans cette région. Cela dura jusqu'au jour où l'on pu prouver que cet autonomisme était d'importation allemande et l'attitude du Reich en matière religieuse, comptait beaucoup de ses adeptes.
    
Qu'allait devenir cette pauvre Alsace ? Quand je quittai Oradour, son sort n'était pas encore fixé et le problème était angoissant, mais avec son esprit, mon brave curé songeait au sort qu'on allait réserver à son pauvre pays.

Il en souffrait bien plus comme Alsacien que comme Français tout en ayant des sympathies nettement Françaises, mais je pus mesurer combien la France avait été maladroite et combien elle-même était responsable de cette mentalité qui restait défiante à son égard. Je pense que cette défiance, la France l'avait bien méritée.


Dans ces manquements complets de compréhension que je trouvai à Oradour, on devait excepter les deux prêtres. Là vraiment, les militaires m'avaient montré combien l'armée Française était mal préparée à la guerre.

La retraite militaire devait achever de me désillusionner et tout cela cadrait fort bien avec l'esprit fort superficiel de la population au milieu de laquelle je me trouvais. Que l'on y ajoute les mauvais procédés dont nous fûmes l'objet de la part des autorités et cela permettra de juger combien je fus heureux de quitter pareil milieu.

Pour juger du régime, il suffirait d'ailleurs de demander comment un être aussi peu recommandable que le Sieur Roche fut non seulement maire de cette commune, mais député de l'arrondissement.

Quant aux sentiments religieux, ils se réduisaient à quelques marques extérieures car il n'y avait personne aux offices habituels, et le doyen m'affirma qu'il était bien rarement appelé au chevet des mourants, mais qu'il n'y avait presque pas d'enterrements civils. On venait l'avertir du décès et demander le jour des funérailles.

Le baptême se faisait quelquefois six mois après la naissance et quand le Doyen faisait observer que c'était bien tard, on lui répondait qu'on n'avait pas le temps.

Bref, population sans culture et sans idéal, s'amusant de mille riens, car je vis rarement peuple plus bavard. C'étaient parlottes et parlottes.

Ces gens aimaient mieux converser que travailler et toutes ces parlottes se faisaient dans un patois qui tenait singulièrement du latin et de l'espagnol.

Pas méchant, mais superficiel, pas cultivé, mais pas travailleur.

Ceci me rappelle que dans le domaine de la Richardière régnait le même désordre, absence d'entretien à l'immeuble, pas de peinture, pas de portes ou en décomposition, prairies jamais roulées ; on y négligeait même de couper les foins dans les massifs ou à proximité des massifs, là où ne pouvait pas passer la machine. Du bois sec traînaillait partout. Il y avait en face de la villa un magnifique noyer mort depuis des années et l'on avait jamais songé à l'abattre. Il n'y avait de beau que la charmille, encore mal entretenue.

 

Certainement, on aurait pu avec le bois mort de la propriété se chauffer pendant des mois, peut-être des années. La fenêtre du W.C. ne tenait plus que par miracle. Tout était alarmant, et c'était un des plus beaux domaines du pays. De fait, on aurait pu en faire une magnifique propriété.

A Oradour même, à part quelques immeubles modernes, dans le haut du village, il y avait partout un délabrement complet ; même chez le Doyen, il ne devait plus y avoir de peinture depuis longtemps et l'on trouva mauvais, que nous dûmes nous servir d'eau pour nettoyer le plancher de la salle à manger.

Les toiles d'araignée y foisonnaient. Il paraît que ce sont de bons attrape-mouches ! Les volets du rez-de-chaussée et de l'étage n'avaient plus eu de peinture depuis des années et la poutre du hangar était tellement vermoulue qu'il fallait craindre de heurter cette poutre avec une auto, de peur d'amener l'écroulement du tout.

En voyant cette belle propriété, et en voulant témoigner ma reconnaissance au doyen, j'avais proposé à Paul et à Léon d'aller acheter de la peinture, et de remettre les volets en état.

Réflexion faite, et comme nous nous proposions de partir, d'un jour à l'autre, je me dis qu'il valait mieux de n'en rien faire, car s'il n'y avait qu'une partie des volets faite à notre départ, on ne ferait jamais le reste.

 

C'est dans cet état d'esprit que je quittai Oradour.

 

 

 

 

 

Mercredi 17 et jeudi 18 juillet 1940

Le dix-sept juillet, de bon matin, nous étions prêts, tout le monde était dans les voitures, nous n'attendions plus que celle de Claeys, garée dans le dessous du village, il arriva pour nous apprendre que les gendarmes s'opposaient à notre départ, menaçant de parquer les voitures si nous faisions un tour de roue. Nous eûmes beau parlementer, demander qu'on nous laisser courir notre chance, rien n'y fit,  et on avait soin d'ajouter que c'était dans notre intérêt, d'autant plus que la défense de passer étant plus rigoureuse que jamais, nous serions innévitablement parqués à Rochechouard, ou à Saint Julien.

En désespoir de cause, nous déchargeâmes les voitures et annonçâmes à Monsieur le Doyen, que nous étions encore ses hôtes obligés. Dès le lendemain matin,  bien que je fusse excessivement fatigué, je partis pour Limoges près de mes collègues et appris qu'à Limoges la route était libre, que les voitures belges passaient mais qu'on ne savait pas si on ne les parquait pas plus loin ; et à la préfecture, on continuait à m'affirmer que l'on pouvait partir librement.
J'eus beau dire que la gendarmerie me défendait de quitter Oradour, Monsieur Andrieux , un des français dont j'ai gardé le plus mauvais souvenir, me congédia en continuant à me dire que j'étais libre et que je n'avais pas besoin de papiers alors qu'il savait bien qu'il n'en n'était rien. Rentrant à Oradour, et bien décidé à ne pas me laisser faire plus longtemps, j'abordai le commandant de gendarmerie qui me dit que les ordres restaient toujours les mêmes. Je lui fis observer que je ne pouvais plus rester plus longtemps à Oradlour où l'on ne pouvait plus continuer à m'héberger plus longtemps, et puisque la route vers Rochechouard était interdite, je lui demandai s'il me défendait aussi d'aller vers Limoges, où je pouvais trouver du logement.

Ce commandant était très convenable. Il me répondit qu'il ne savait plus ce qu'il devait me permettre ou me défendre, et qu'en tout cas, il fermerait les yeux sur mon départ pour Limoges. Un des gendarmes nous indiqua même un chemin par lequel je pourrais atteindre Limoges, sans me heurter à un piquet de gendarmerie. Je le remerciai, bien que je n'eus nullement l'intention ni de suivre ce conseil, ni d'aller à Limoges. J'avais constaté sur la carte, qu'en déviant de neuf kilomètres vers Limoges, je tombais sur des routes parallèles à celles que j'aurais du prendre pour arriver à Bellac et de là à la ligne de démarcation.


Malheureusement, je savais que j'allais me heurter, tant que je serais dans la préfecture de Rochechouard, à plusieurs piquets de gendarmerie, mais je voulais tenter ma chance.

 

 

 

 

 


Vendredi 19 juillet 1940
Le dix-neuf juillet, tout au matin, j'allai soit-disant à Limoges, mais avec l'intention de bifurquer dès notre arrivée à Saint Julien où se trouvait le premier poste de gendarmerie. Il fallait trouver moyen de trouver du nouveau. J'avais surpris à Limoges que Monsieur Belot, de Purnode, était réfugié dans un petit village dont j'ai oublié le nom et qui se trouvait près de Bellac.

Je dis aux gendarmes de Saint Julien  que j'étais obligé de quitter Ouradour, pour chercher du logement, et que la gendarmerie m'avait autorisé à quitter cette localité, et qu'un compatriote réfugié dans cette localité dont j'ai oublié le nom, m'avait fait savoir qu'il y avait du logement pour moi et ma famille. Le gendarme était fort perplexe et fort sceptique, et me prévint charitablement que si je voulais le ruser, que je me ferais pincer plus loin.

Finalement, il nous laissa passer, et par Cognac-le-Froid, Saint-Salpurnicien, et un autre Oradour (1), nous allâmes vers Bellac après avoir franchi deux autres postes de gendarmerie, et je crus bien échouer quand j'arrivai près du troisième.

Enfin, comme le gendarme ne connaissait probablement pas mieux les lieux que nous, il nous laissa passer et nous atteignîmes Bellac sans incident, mais non sans inquiétude.

Au contraire, on nous indiqua gentiment la route à suivre pour aller vers la ligne de démarcation et nous espérions bien être  au-delà de celle-ci avant le soir, quand à une dizaine de kilomètres au-delà, à Le Dorat, dans un double village, nous fûmes subitement arrêtés et invités sans grande politesse à prendre place dans une file de quelques cent voitures Belges parquées en cet endroit. Nous eûmes beau montrer nos ordres de mission, il fallut s'incliner et nous regrettâmes de ne pas avoir compris les signes que nous avaient fait certains cyclistes avant d'arriver au village en question et qui voulaient nous avertir.

Mieux inspirés, nous aurions pris un chemin de traverses pour éviter Le Dorat, mais nous étions dans la souricière avec d'autres Belges dont beaucoup étaient déjà là depuis mercredi, et nous étions le vendredi au matin.

Le prétexte invoqué, était que la route était encombrée de voitures parquées depuis plusieurs jours le long de la route sans ravilaillement et que c'était dans notre intérêt que l'on nous tenait là-bas.

 

Comme j'étais convaincu que c'était un nouveau mensonge, je téléphonai au Consul de Belgique, qui, de fait, me mit en rapport avec le sous-Préfet de Bellac, mais sans succès, j'en eus la preuve par la suite.

J'avais retrouvé à  Le Dorat, le sénateur Petit , qui avait trouvé moyen de se faire héberger chez le maire. Il y avait aussi un député de Bruges, et ensemble nous fîmes démarche sur démarche chez le maire qui n'en pouvait, mais il n'arriva pas à mieux que nous.

Notes

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(1) réflexion de Jean-Pierre Legrand : Il s'agit cette fois d'Oradour sur Glane, où eut lieu un carnage à la fin de la guerre. Je ne sais si des réfugiés alsaciens se trouvaient comme dans l'autre Oradour mais ce qui est sûr c'est que les troupes Allemandes qui commirent le massacre étaient partiellement composées de conscrits alsaciens enrôlés par force dans l'armée allemande. Y-aurait-il eu une explication liée à ce fait dans cette terrible tragédie ?
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R
elations Géographiques et historiques :

Saint Salpurnicien serrait plutôt Saint Victurnien.

 

 

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