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Publié par BALCHOY

 

J'ai parcouru récemment une exposition de Miro,  dans les locaux de la banque ING, Place Royale à Bruxelles

Miro n’est pas un de mes peintres préférés, mais j’avoue avoir radicalement changé d’opinion sur son œuvre très intelligemment présentée.

 

  Miro détestait une certaine peinture, nous essayerons de voir laquelle ; en revanche il se sentait poète et rêvait de réconcilier une poésie écrite jusque parfois la calligraphie et l’art d’aligner sa vision du monde à travers des courbes et des droites colorées qui nous révèlent ses grandes passions.

La Femme y occupe une grande place, entourée le plus souvent d’oiseaux et d’étoiles.  Quant à l’homme, je ne l’ai vu souvent  que « neutralisé » sous le titre de « personnage ».

 

L'exposition présente tout autant l'oeuvre que son auteur qui,  plusieurs fois, n'hésite pas à parler de son désir "d'assassiner" la peinture, en tout cas une certaine peinture que manifestement il détestait.

 

L'ambition du peintre espagnol ne se limite pas à reproduire la réalité même transfigurée ou abstraite. Son oeuvre si  multiforme, déborde manifestement le seul art de la reproduction picturale.


Il la veut "POESIE TOTALE", débordant les frontières artistiques traditionnelles  dans toutes les directions, celle de la calligraphie, par exemple,  liée à l'écriture qu'il illustre parfois ou qu'il intègre au coeur même de ses oeuvres.

 "Le surréalisme m'a plu parce que les surréalistes ne considéraient pas la peinture comme une fin"

 

 

 

 

 

 

 

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En admirant d'une part ses magnifiques illustrations d'ouvrages de poésie de ses amis, en découvrant, d'autre part,  au coeur même de certaines de ses "peintures" le texte d'un de ses poèmes totalement intégré aux couleurs et formes qui l'encadrent, j'ai un peu mieux compris son aversion pour une certaine peinture académique.

 

C'est que pour lui un objet, un galet sur une plage par exemple est aussi vivant sinon plus que les baigneurs qui vont et viennent sans cesse. Ceux-ci le "touchent infiniment moins que l'immobilité faite de mouvements sans fin du caillou qu'il traduit sur ses toiles par des formes semblables à des étincelles."

 

Miro avoue rechercher un "mouvement immobile", proche de cette "éloquence du silence" qu'aimait Jean de la Croix.

 

En parcourant les différentes salles de l'exposition, j'ai même ressenti devant plusieurs de ses tableaux comme une musique, muette certes, mais évidente que je retrouve parfois, c'est vrai, en me promenant dans la nature.

 

  Avant de lire son auto-portrait écrit,  je n'attachais pas beaucoup d'importance aux titres figurant à côté de chaque oeuvre, mais lui n'est pas d'accord : "Je trouve mes titres au fur et à mesure que je travaille, que j'enchaîne une chose à une autre sur ma toile. Quand j'ai trouvé le titre, je vis dans son atmosphère. Le titre devient alors pour moi une réalité cent pour cent, comme pour un autre le modèle, une femme couchée par exemple. Le titre est, pour moi, une réalité exacte."

Oui, à ses yeux,  la vie est déjà intense en l'univers tout entier, matériel et immatériel, depuis l'humble caillou qui crisse sous ses pieds, jusqu'à l'étoile qui clignote à des millions d'années lumières.

 

Oui, le Miro, que j'ai découvert, Place Royale, est beaucoup plus qu'un peintre, par ailleurs excellent, c'est un poète qui écrit avec des couleurs, des traits souvent épurés, des mots-images parfois, et, je me répète,  j'ai  été séduit par une certaine musique silencieuse qui semble  jaillir de certains de ses tableaux.

 

En relisant l'excellent auto-commentaire de ses oeuvres, receuilli par Yvon Tallandier et publiés dans XX siècle 15/2/59, j'ai pu mieux comprendre pourquoi en admirant Miro,  j'ai pensé au "Songe d'un homme ridicule" de Dostoïevski.

 

On sait que l'écrivain russe éprouvait plus qu'un malaise devant la nécessité mathématique du 2 et 2 font 4 qui lui semblait l'antithèse de la liberté.

Pour le peintre espagnol un tableau doit être fécond, il doit faire naître un monde, et peu importe qu'après l'oeuvre disparaisse ou soit détruite si son "message" subsiste.

"Deux et deux" à ses yeux ne font pas quatre comme pour les financiers. "L'art peut mourir, ce qui compte c'est qu'il ait répandu des germes sur la terre".

 

Autre rapprochement avec le grand romancier russe, qui disait que plus un homme prétendait aimer l'humanité dans sa totalité, moins il était capable d'aimer son voisin immédiat.

 

Miro, à travers ses oeuvres, rejoint ici aussi  le romancier russe :  Il aime l'art populaire, anonyme. Pourquoi ?  "Par ce qu'un geste profondément individuel est anonyme. Anonyme, il permet d'atteindre l'universel...plus une chose est locale, plus elle est universelle."

 

L'anonymat conduit au collectif. En renonçant à moi-même, je m'affirme paradoxalement davantage. Le silence n'est pas l'ennemi du bruit. Il est la condition pour en saisir les moindres nuances.

 

 

 

Je ne puis m'empêcher de repenser ici à ce que Roger Garaudy disait, dans un texte sur "L'homme de Nazareth", à propos de  Jean de la Croix "qui nous apprend, à force de n'avoir rien, à découvrir le tout".

 

Miro n'hésite pas même à se rapprocher du grand Marx : "C'est la négation de la négation dont parle Marx. "En niant la négation, on affirme."

 

Pour conclure, en accord avec l'artiste, je pense, je vois en lui bien plus qu'un peintre, un sculpteur, un penseur !

 

Bien sûr il nous a laissé des tableaux sublimes mais je découvre surtout en son oeuvre une sorte d'hymne à l'univers qui est pour lui vivant. L'homme  doit bien accepter qu'il n'en n'est qu'une partie même si sa fonction est capitale.

Je conclus avecMiro :

 

"Le travail anonyme; ce doit être à la fois collectif et très personnel. Chacun doit faire ce dont il a envie aussi naturellement qu'il respire. Mais il ne faut pas avoir d'arrière pensée et vouloir "SIGNER SA RESPIRATION."

 


 

 

 

 

Yvan Balchoy

yvanbalchoy13@gmail.com

http://poete-action.ultim.blog.com

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