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Publié par BALCHOY

QUELQUES REFLEXIONS SUR LES MEMOIRES DE MON GRAND PERE

 

 

 

 


Je reviens brièvement aujourd’hui sur les mémoires de mon grand père concernant l’exode de  ma famille en mai 1940 jusqu’à fin juillet de la même année.
Notre  convoi  comportait outre mon grand père, mon oncle Léon, Anne son épouse et Brigitte ma cousine ainsi que Paul,  mon Père, Loulou,  ma maman, ma sœur Jacqueline, mon frère  Beaudoin et moi-même, qui, je le rappelle, avait alors quatre ans.  Par la suite,  se sont ajoutés à notre voyage, notre médecin de famille, le docteur Mab.ainsi que sa famille et aussi Tante Marcelle Claeys, l’Oncle Emile et ses enfants ce qui fait qu’à certains moments nous avons été environ dix-huit-personnes dont une dizaine d’enfants.

On imagine facilement combien fut compliqué ce long voyage à travers le nord de la France, le Normandie, la Bretagne et le pays de Poitiers ; il fallait nourrir toute cette bande, la loger dans des conditions souvent plus que précaires ; plus d’une fois nous avons du dormir dans les voitures.

Quand je regarde l’itinéraire de ce long voyage, ce qui me frappe au premier abord c’est le manque de plan qui l’a organisé. Au départ certes, c’est la peur d’une bataille dans la région de la Meuse qui provoqua la décision et le départ, mais par la suite, j’ai un peu l’impression que les déplacements furent souvent provoqués par des « on-dit » sur la présence de certaines personnes en certains lieux, très souvent aussi par la nécessité de trouver de l’essence.  Je pense toutefois, même si ce n’est pas souvent mentionné,  à la présence des autorités Belges en exil dans le sud-ouest de la France qui sans doute n’est pas pour rien dans notre séjour final là-bas.

Une grande partie du récit concerne l’accueil reçu dans les dizaines de villages qui nous ont accueillis. Personnellement quand je pense au contexte général de déplacement de populations en ce temps-là, je trouve qu’en général ça c’est bien passé, même si bien entendu il y a des exceptions notoires.  Je peux comprendre si longtemps après les faits pourquoi ces dix huit personnes, avec tant d’enfants, surgissant soudain dans des villages déjà surpeuplés de réfugiés, n’étaient pas toujours une « bonne nouvelle. »
Je ne suis pas sûr que les Dinantais auraient été plus généreux que les villages français « envahis » par des réfugiés venus du sud
Mon grand père donne facilement son avis tantôt positif, tantôt négatif sur les personnes qui nous acceuillent ou ne le font pas. Certes il est conscient que notre arrivée crée des problèmes aux gens de l’endroit  mais parfois il me semble un peu sévère face à des personnes sans doute déjà très perturbées par les évènements.
Il n'aime surtout pas les mensonges à travers lesquels les autorités cachent leur refus de nous aider.
Ce qui est sûr, c’est que ses idées politiques ne sont pas toujours neutres face aux autorités rencontrée dans notre périple. Léon Legrand appartenait au Parti Catholique et l’on sent vite sa méfiance pour ne pas dire plus vis-à-vis du socialisme, à fortiori du communisme et même de ces radicaux socialistes, très fréquents dont il attribue presque l’accueil souvent peu empressé à leurs idées politiques. La définition qu’il laisse de Monsieur Roche, maire d’Oradour est révélatrice :
 « Ce maire, dont l’attitude resta la même par la suite, était en outre député ; c’était Monsieur Roche, radical socialiste, communisant, homme sans culture et immensément riche, détesté à Oradour, mais cajolant les paysans qui formaient sa clientèle. »
I ne comprend manifestement  pas comme ce monsieur a été élu député !

Quand mon grand Père ajoute qjue Roche  fut un des trois opposants au général Pétain, je ne crois pas que ce fut un éloge de sa part alors qu’à mes yeux cette attitude me semble aujourd’hui très positive.
De toute façon, l’interdiction que nous opposa ce maire à séjourner dans sa commune ne nous empêcha nullement d’y rester assez longuement ce qui relativise son attitude négative à notre égard.

En revanche, en bon chrétien, je trouve que mon grand Père,  sensible à la pauvreté et à la dignité de beaucoup de curés qui nous accueillent,  les peint  souvent avec sympathie.

Au plan politique, la capitulation Belge, blâmée par le ministre Reynaud, fut un jour sombre dans notre mini-colonie tant par se teneur même que par l’hostilité qui nous fut alors témoignée par bien des français.
Quand  plus tard vint l’armistice de la France avec l’Allemagne, il est interrogatif face au sort de l’aviation et de la flotte française, mais il est surtout attentif au « spectacle désolant et miséreux »  des soldats français  en fuite , si différent de la retraite allemande en 1918,et il n’hésite pas à ajouter qu’il désespéra alors de la France.

Je suis très surpris quand mon grand Père parle des sentiments anti-anglais de la population française, de la sympathie d’une partie des Belges pour l’Allemagne en ajoutant chaque fois que si Hitler avait fait quelqu’effort pour améliorer son image en France ou en Belgique il aurait pu obtenir l’adhésion de ces deux peuples ; à propos de cette éventuelle pacification entre l’Allemagne, la France et la Belgique, il parle de paix potentielle pour un siècle !!!

Bien  entendu cet écrit date de 1940, bien avant la connaissance des pires crimes Hitlériens, mais il me semble que ce qui s’était passé en Allemagne entre 1935 et 1940 comme la nuit de cristal, les lois anti-juives auraient du suffire à prendre davantage de distance avec le pouvoir hitlérien

Je sais en tout cas que lui-même et mes parents chaque fois qu’il était question des allemands – et nous étions en première ligne puisque je vivais face à la Kommandatur – nous les considérions résolument comme des ennemis même si c’était sans haine. Léon Legrand, comme en 1914, contrairement à d’autres, refusa toute collaboration politique avec l’occupant pendant l’occupation.

Enfin, je voudrais vous parler de la manière dont il a peint et jugé la France que nous traversions à mon avis  souvent en partant des différences  culturelles qui souvent le choquaient entre la France de 1940 et la Belgique.

J’ai été très sensible à la connaissance de Léon Legrand, descendant, me disait mon père, d’un garçon de ferme de Miécret,  des réalités rurales et agricoles ;  il remarque ainsi dans le midi que le rendement du blé est faible, que les gens n’entretiennent pas bien leur champs et qu’il en résulte des récoltes  toujours plus restreintes.  Il est choqué par le mauvais état des clôtures, quand elles existent entre propriétés,  par le manque de peinture des maisons et un laisser aller assez général quand à l’entretien de ses biens. Bien entendu ce qu’il voyait là était à l’antithèse de ce qui se passait dans les campagnes Belges.

Parfois je trouve qu’il exagère un peu : ainsi il n’apprécie pas que les gens soupent dans des auberges avec  simplement du pain et du fromage. Que dirait-il aujourd’hui. Cette manière de vivre, que je trouve assez adaptée à un pays méridional me plairait plutôt.

Je serais aussi plus indulgent que lui concernant le relatif abandon des jardins et propriétés (ainsi un arbre que l’on laisse mort des années durant dans un jardin !) . Il s’agit plus de différences culturelles entre le Nord et le Sud de la France que de paresse caractérisées des méridionaux.

Pour conclure, je serais bien tenté d’appeler notre exode non certes  un chasse à l’or mais une chasse à l’essence, car la recherche de ce liquide si précieux pour quitter des endroits souvent devenus inhospitaliers a mobilisé une grande partie de l’énergie de la famille  pendant ces trois mois et même assez  souvent commandé notre itinéraire qui fut  tout sauf rationnel.


J’ai vécu ce long voyage, j’ai sûrement passé pas mal de nuits dans des voitures, heureusement en été. En tout cas, si je n’ai pour ainsi dire que très peu de souvenirs de cette période, je ne me rappelle non plus aucun évènement désagréable ou douloureux !

A la fin du récit, on remarque  que si mon grand Père, est loin d’être anéanti par la perte de sa maison incendiée comme en 1914, il est beaucoup plus préoccupé par les siens absents, les Bribosia perdus en France et surtout son Fils Georges. Quand il apprit qu’il était en captivité en Allemagne, ce fut pour lui comme une nouvelle rassurante eu égard aux craintes qu’il avait éprouvé sur la route.

Même si parfois, j’ai exprimé quelques réserves sur certaines idées de mon grand Père, je ne peux pas terminer sans vous dire ma fierté d’être son petit fils.

Vers  la fin de la guerre, il dut avec d’autres membres de sa famille se cacher pour échapper à la haine que lui portaient les traitres rexistes qui ne pouvaient accepter son refus de collaborer  avec l’occupant.
Quand il ne se présenta plus au Sénat, , il refusa sa pension de sénateur arguant qu’il ne considérait pas sa fonction à la haute assemblée comme un métier.


Yvan Balchoy
balchoyyvan13@hotmail.com
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