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Publié par BALCHOY

21-09-20-QUAND LE GRAND VINCENT VAN GOGH ETAIT PASTEUR DANS LE BORINAGE

 

 

 

 

(Lettres  127  (26/12/1878) et 133 (juillet 1880)  à son frère Théo)

Petit-Wasmes, 26 décembre 1878

Borinage-Hainaut

 

Tu dois savoir qu’il n’y a pas de tableaux dans le Borinage, qu’en général on ne sait pas du tout ce que c’est qu’un tableau, il va de soi que depuis mon départ de Bruxelles je n’ai rien vu en fait d’art. Mais n’empêche que le pays est très caractéristique et très pittoresque, tout y parle pour ainsi dire et tout y est plein de caractère.

 

Ces derniers jours, les jours sombres précédant Noël, la neige est tombée. Tout rappelait les tableaux moyenâgeux de Breughel le Paysan et tant d’autres qui ont réussi à exprimer d’une façon si frappante l’idée caractéristique du rouge et du vert, du noir et du blanc….

Ces derniers jours notamment, c’était curieux de voir le soir sur la neige blanche, à l’heure du crépuscule, les ouvriers des mines rentré chez eux. Ces gens sont tout noirs quand ils sortent des sombres mines dans la lumière du jour, ils ont l’air de ramoneurs de cheminées. Leurs habitations sont généralement petites, on peut dire plutôt que ce sont des huttes, le long des chemins creux et dans le bois et sur le versant des collines. De-ci de-là, on voit encore des toits couverts de mousse et le soir les fenêtres à petits carreaux jettent une lueur aimable.

 

On voit ici autour des jardins, des champs et des labours de ces haies de ronces noires, comme on voit chez nous dans le Brabant, le taillis et les buissons de chênes et en Hollande les saules têtards. Avec la neige de ces derniers jours, cela faisait l’effet d’une écriture sur du papier blanc comme les pages de l’Evangile.

 

Au cours d’une réunion cette semaine, j’ai commenté le texte : Actes XVI : 9 : « Et Paul eut de nuit une vision d’un homme macédonien qui se présenta devant lui et le pria disant ‘Passe en Macédoine et nous aide. Et l’on m’a écouté avec attention quand j’ai essayé de décrire l’aspect de ce Macédonien qui avait soif de consolations de l’Evangile et de la connaissance du seul vrai Dieu.

Comment nous devons le représenter comme un ouvrier aux traits de douleur et de souffrances et de fatigue, sans aucune apparence de beauté mais avec une âme immortelle avide de l’aliment qui ne périt pas, notamment la Parole de Dieu. Comment Jésus-Christ est le Maître qui peut fortifier, consoler et soulager un ouvrier qui a la vie dure, parce qu’il est lui-même de grand homme de douleur qui connaît nos infirmités, qui a été appelé lui-même le fils du charpentier, quoi qu’il fut le Fils de Dieu, qui a travaillé trente ans dans un humble atelier de charpentier pour accomplir la volonté de Dieu et Dieu veut qu’en imitation du Christ, l’homme mène une vie humble sur terre, en aspirant pas aux choses élevées, mais se pliant à l’humilité, en apprenant par l’Evangile à être doux et humble de cœur….

(Juillet 1880)

Maintenant de même est-il que tout ce qui est véritablement  bon et beau, de beauté intérieure, morale, spirituelle et sublime dans les hommes et dans leurs œuvres, je pense que cela vient de Dieu et que tout ce qu’il y a de mauvais et de méchant dans les œuvres des hommes et dans les hommes, cela n’est pas de Dieu et Dieu ne trouve pas cela bien non plus.

Même involontairement, je suis toujours porté à croire que le meilleur moyen pour connaître Dieu, c’est d’aimer beaucoup. Aimer tel ami, telle personne, telle chose, ce que tu voudras, tu seras dans le bon chemin pour en savoir plus long après, voilà ce que je me dis. Mais il faut aimer d’une haute et sérieuse sympathie intime, avec volonté, avec intelligence et il faut toujours tâcher d’en savoir plus long, mieux et davantage. Cela mène à Dieu, cela mène à la foi inébranlable….

 

Quelqu’un aurait assisté pour un peu de temps seulement un cours gratuit de la grande université de la misère et aurait fait attention aux choses qu’il voit de ses yeux, et qu’il entend de ses oreilles, et aurait réfléchi là-dessus, il finira aussi par croire.

 

 

P.S. Vincent Van Gogh décrit merveilleusement le Borinage sans doute plus comme le peintre qu’il était déjà. Il vivait très proche des mineurs de sa « paroisse », tellement proche y compris dans son accoutrement qu’il finit par se sentir ou être perçu en porte à faux par son église évangélique.  En un sens sa mission au Borinage fut un échec mais il ne cessa de rechercher à travers toute sa vie ce Beau à  travers son Art même s’il ne fut pas mieux compris par les critiques artistiques de son époque que par les pasteurs de son église.

Il avait raison de croire humblement que sa vocation était de  témoigner du Beau à travers son art et l’avenir a fini trop tard hélas pour lui même à lui donner raison. (Y.B.)

 

Les lettres  de V. Van Gogh écrites le plus souvent en français parfois en hollandais (traduites par Georges Philippart) sont publiées par Bernard Grasset, Paris 

 

 

 

yvanbalchoy13@gmail.com

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