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Publié par BALCHOY

14-01-20- POESIE ET REVOLUTION (LUDO MARTENS ET AMIN BARAKA)-REEDITION

 

 

http://lepcf.fr/Manifeste-pour-une-poesie

 

 

 

 

 

En août 1993, Ludo Martens, président du PTB et auteur de plusieurs ouvrages, a rencontré Amiri Baraka (LeRoi Jones) lors d’un festival de poésie à Eindhoven. Discutant de l’art dans un monde en plein virage à droite, ils en sont venus à l’idée d’écrire un manifeste susceptible de rassembler dans un contre-courant les poètes révolutionnaires du monde entier. 

 

 

Voici quelques extraits de ce manifeste qui est tout à fait à sa place dans ce blog "Poesie-action".

Pour avoir eu la chance de rencontrer et parfois de discuter, plutôt  d'échanger avec Ludo Martens, ce vrai et tenace révolutionnaire, je suis heureux de  partager avec vous ce dialogue sur la poesie révolutionnaire qui ne se lit pas seulement sur du beau papier mais à travers la vie et le sang de combattant luttant  pour que le monde des travailleurs supplante enfin celui des exploiteurs qui gouvernent aujourd'hui  la quasi totalité des pays du monde. (Y.B.)

 A l'adresse-ci-dessus, vous trouverez la totalité  de cet article.

 

 

 

La poésie a-t-elle encore un avenir dans un monde où volent des avions de combat invisibles, où tombent des bombes "intelligentes", où les valeurs humanitaires servent de drapeau aux agressions et aux carnages, où les embargos, d’une main de fer, étranglent des enfants et où les haines racistes et nationalistes provoquent des massacres en série ?
Peut-être. A condition qu’elle entre dans la clandestinité, qu’elle vive dans l’ombre, qu’elle prenne le maquis.
A condition que la poésie se rende invisible aux hommes des bombes "intelligentes" et qu’elle se fonde aux hommes véritables.
Nous ne parlons pas au nom de la poésie. Comme le maquisard ne peut pas parler au nom du fusil. Le fusil du guérillero est à l’antipode du fusil de Rambo. Notre poésie est à l’antipode des chants qui égayent les nuits d’un système criminel.
Plus les poètes en service commandé ouvrent le registre lyrique de la démocratie et de la liberté, plus les véritables poètes sont contraints de parler de terreur et de mort. A mesure que les bourgeois exaltent plus fort leurs valeurs universelles, la planète se fend davantage en deux mondes irrémédiablement hostiles.
Celui qui veut versifier au nom des opprimés a intérêt à se tenir sur ses gardes. Sa lucidité politique doit précéder son lyrisme et derrière ce couple vertueux, il se frayera le passage vers un avenir socialiste.
Il est poète révolutionnaire et internationaliste.
Il est poète et rien de ce qui est humain ne lui est étranger
Il vagabonde entre la naissance et la mort, entre l’amour et l’amertume, entre l’espoir et la défaite, entre la fraternité et la solitude.
Pourtant, il ne partage aucun sentiment, aucune sensation, aucune réflexion avec ces êtres humains qui font applaudir l’Opération Tempête du Désert, qui mettent en scène le débarquement en Somalie, qui ferment les frontières devant des réfugiés "économiques" en haillons et qui transforment le travail en calvaire.
Le pilote qui a bombardé Bagdad et s’extasie devant la beauté hallucinante des feux d’artifice au-dessus de la ville, est un poète. Mais il n’est pas des nôtres. Nous sommes de tout coeur avec le poète irakien qui, au même moment, traduit l’horreur en vers, mais dont la poésie restera longtemps encore soumise à l’embargo.
Il sait que les droits humains de l’esclave ne sont pas exactement ceux du maître à la cravache.
Il est poète et il soumet la langue à tous ses caprices
Il forme et déforme le langage, lui arrache des sons et lui impose des extravagances, trahit le sens des mots pour le réinventer ensuite. Mais dans un monde inhumain, il ne prêche pas l’absurdité et n’aspire pas au néant. Il a des choses à dire.
Il n’hésite pas à renouveller les formes de la poésie. Sa fantaisie pénêtre toutes les formes et toutes les technologies de pointe se plient à sa vision. Mais dans sa forme la plus excentrique, il parle au nom des pauvres dont il est l’orphélin.
Il est poète internationaliste et un monde de souffrances et d’espoirs habite son coeur

 

..../...

 

Il n’y a pas de révolution en dehors de la tradition révolutionnaire
Spartacus a connu la défaite contre l’empire romain, mais nous honorons aujourd’hui sa mémoire en luttant contre les empires du présent. L’Union soviétique a construit, pour la première fois en dix mille ans d’histoire humaine, une société où les classes opprimées ont imposé leurs idéaux, leurs intérêts, leur volonté aux exploiteurs. Le socialisme a fait surgir des complexes industriels de la steppe, a envoyé les fils et les filles d’analphabètes à l’université, a récité des poésies devant les hauts fourneaux et dans les champs collectifs, a saigné à mort la bête immonde, le fascisme allemand.
Depuis 1917, le vieux monde a battu le rappel de tous ses bourreaux et geôliers, de tous ses évêques et philosophes, de tous ses généraux et banquiers, de tous ses saltimbanques et poètes. Plus la construction socialiste prenait de l’ampleur et plus nettement la bourgeoisie mondiale voyait rôder la mort dans ses parages. La vieille société s’est débattue avec une rage farouche.
Pourtant, en Union soviétique, les fatigués de la guerre, chefs de parti, ingénieurs, gestionnaires, professeurs et poètes, tous métiers confondus, avaient déjà annoncé au monde leur victoire irréversible. Et dormant sur leurs lauriers, ils furent lentement drogués ou doucement étouffés. L’ennemi fut plus fort, plus perfide, plus cruel et barbare que les humains l’avaient imaginé.
Le poète révolutionnaire se charge de sauver des décombres les acquis littéraires et lyriques des anciennes sociétés socialistes. Il sauvera de la boue et de la défaite les meilleures poésies du monde socialiste et leur donnera une nouvelle vie pour un nouveau combat.
Parce que le socialisme est l’avenir de l’humanité
Qu’aujourd’hui seuls les loups aient droit à la parole ne change rien à cette vérité. Le vieil adage que l’homme est un loup pour l’homme ne marque pas la fin de l’histoire. Un jour, l’humanité souffrante mettra fin à la propriété privée des centres nerveux de la société. Cette propriété privée qui permet, en toute légalité, d’affamer et d’asphyxier, d’empoisonner et de mutiler, de pousser à la folie et à la mort. La propriété sociale des grands leviers de la société constituera le fondement des valeurs collectivistes et des principes de solidarité et de fraternité entre les travailleurs.

 

Le socialisme sera la victoire des humains contre les loups déguisés en démocrates. La parole aux sans voix ! Les dix prochaines générations, les loups porteront une muselière en fer.
Sur cette terre de moins en moins vivable, nous avons un monde à gagner. Sur les décombres d’une civilisation barbare, nous avons un monde humain à construire.
Le poète révolutionnaire et internationaliste y apporte sa modeste pierre.
 

 

 

 

yvanbalchoy13@gmail.com

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