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Publié par BALCHOY

 

 

 

Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants
Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent

Ils se croyaient des hommes, n'étaient plus que des nombres
Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés
Dès que la main retombe il ne reste qu'une ombre
Ils ne devaient jamais plus revoir un été

La fuite monotone et sans hâte du temps
Survivre encore un jour, une heure, obstinément
Combien de tours de roues, d'arrêts et de départs
Qui n'en finissent pas de distiller l'espoir

Ils s'appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel
Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vichnou
D'autres ne priaient pas, mais qu'importe le ciel
Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux

Ils n'arrivaient pas tous à la fin du voyage
Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux
Ils essaient d'oublier, étonnés qu'à leur âge
Les veines de leurs bras soient devenues si bleues

Les Allemands guettaient du haut des miradors
La lune se taisait comme vous vous taisiez
En regardant au loin, en regardant dehors
Votre chair était tendre à leurs chiens policiers

On me dit à présent que ces mots n'ont plus cours
Qu'il vaut mieux ne chanter que des chansons d'amour
Que le sang sèche vite en entrant dans l'histoire
Et qu'il ne sert à rien de prendre une guitare

Mais qui donc est de taille à pouvoir m'arrêter ?
L'ombre s'est faite humaine, aujourd'hui c'est l'été
Je twisterais les mots s'il fallait les twister
Pour qu'un jour les enfants sachent qui vous étiez

Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiriez la nuit de vos ongles battants
Vous étiez des milliers, vous étiez vingt et cent




Un site juif ou sioniste, je ne sais, a reproché à Jean Ferrat cette chanson qualifiée de négationniste parce que elle ne parlait pas exclusivement des victimes juives. La réponse de Jean Ferrat est cinglante. Pourtant son père juif, juif originaire de Russie,  est mort à Auschwitz, mais il n’avait pas les œillères de ces fanatiques pour qui le génocide des handicapés mentaux, des gitans semble n’être qu’un détail génocidaire. Vous pouvez lire l’article imbécile, relevant de la psychiatrie selon Ferrat à l’adresse de ce site à la fin de cet article.
Je suis sûr que Ferrat, en écrivant cette magnifique chanson a pensé à son papa et à tous les juifs assassinés par le nazisme mais il n’a pas voulu les dissocier de toutes les autres victimes du fascisme.

J’imagine même, sans bien sûr prendre la parole à sa place, qu’il ne serait pas resté indifférent devant un état qui, se disant héritier du génocide de la dernière guerre mondiale organise un second massacre en occupant une terre qui n’est pas la sienne, en faisant de ses habitants légitimes des sous-hommes, enfermés par exemple depuis des années dans un camp de concentration à ciel ouvert (ce qui favorise de lâches bombardements y compris d’écoles et d’hôpitaux !).
 Nuit et brouillard n’est pas une chanson nationaliste mais universaliste.

 

Les victimes palestiniennes hélas d'actualité, , sémites elle-aussi, peuvent légitimement se réclamer de ce beau poème sur la cruauté humaine. Quant à Netanyahou et sa clique détestable que je refuse à assimiler à l’ensemble du peuple juif, il a aussi sa place dans la chanson. Je vous laisse de viner laquelle…

Yvan Balchoy

Lettre de Jean Ferrat à ceux qui accusaient cette chanson de négationniste implicite :


Monsieur,
Je viens de prendre connaissance de votre interview publiée par Nouvelles d’Arménie Magazine de janvier 2005 et ne saurais rester sans réagir à vos déclarations me concernant et concernant aussi ma chanson Nuit et brouillard, car c’est la première fois depuis 42 ans qu’elle suscite une réaction de cette nature. C’est la première fois qu’on me reproche, en définitive, de n’avoir pas parlé uniquement de l’extermination des Juifs. Vous osez le faire. J’ai envie de dire : « Tant pis pour vous », mais je vous rappelle que justement, Nuit et brouillard est dédié à toutes les victimes des camps d’extermination nazis quelles que soient leurs religions et leurs origines, à tous ceux qui croyaient au ciel ou n’y croyaient pas et bien sûr, à tous ceux qui résistèrent à la barbarie et en payèrent le prix.
Que vous puissiez justement, faire un compte dérisoire en regrettant que « Le seul moment ou l’identité juive apparaît est dans Samuel et Jéhovah » me paraît particulièrement indigne. Je ne puis également accepter vos interprétations tendancieuses qui concernent les résistants que je célèbre et qui seraient, d’après vous, « essentiellement communistes ». Je passe sur l’évocation de « Vishnou » que je n’aurais utilisé que pour la rime alors qu’il symbolisait pour moi toutes les autres croyances possibles.
Si j’avais aujourd’hui à regretter quelque chose, c’est de n’avoir pas cité les autres victimes innocentes des nazis, les handicapés, les homosexuels et les Tsiganes. Mais il est temps, à présent, d’en venir à votre affirmation finale : « Aujourd’hui, un tel texte (vous parlez, bien entendu, de Nuit et brouillard) serait attaqué pour négationnisme implicite ».
Je me demande par quelle dérive de la pensée on peut en arriver là, et si vos propos ne relèvent pas simplement de la psychiatrie.
Jean Ferrat

Vous trouverez le commentaire désobligent de la revue juive et la réponse cinglante de Jean Ferrat à l'adresse suivante :

http://www.hapoel.fr/2010/03/la-chanson-nuit-et-brouillard-de-jean-ferrat-une-triste-ambiguite-tristement-revelatrice/

 

 

 

 

yvanbalchoy13@gmail.com

solidaire des résistants du ghetto de Gaza

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