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Publié par BALCHOY

Ghislain pâlit et sentit le sol se dérober sous ses pieds au point que le frère portier lui demanda, inquiet, s'il n'était pas malade.

Il prétexta un petit refroidissement dû au changement d'air et s'enfuit effrayé.

Ainsi les sinistre émissaires de "LA FLEUR DE LOTUS" étaient-ils sans doute là pour mettre en branle leur maudite machination.

Il se précipita, presque hagard, dans le parc dont il parcourut les allées rageusement sans autre but précis que de refouler l'angoisse sourde qui le minait. Il avait surtout peur, même s'il n'osait pas se l'avouer, de voir Marthe se mettre au service de cette cause dont il comprenait enfin les objectifs criminels.

Deux ou trois fois, au cours de ses pérégrinations, un frère ou une soeur, émus sans doute par son visage ravagé, tentèrent de l'aborder, mais chaque fois il les repoussa sans ménagement.

Brusquement un vent violent et glacial se leva, suivi presque aussitôt d'une de ces pluies fines qui finissent par vous mouiller la peau sous les vêtements les plus serrés. Au moment où, excédé, il reprenait le chemin de sa chambre, il se heurta presque violemment à Marthe, qui, une fois la surprise passée, lui adressa un de ses merveilleux sourires dont elle avait le secret.

     -"Quelle chance de te rencontrer, Ghislain,  tu  sais qui je viens  de retrouver dans le parloir. Le frère des relations extérieures de "LA FLEUR DE LOTUS". Bien entendu, il est ici incognito et m'a fait promettre le secret. Il voudrait te voir à son tour. Viens vite, car il doit reprendre un bus dans une heure et demie."

Ainsi le mal qu'il craignait était accompli. Marthe, plus confiante, plus fidèle sans doute aussi,  n'avait pas vraiment suivi le même chemin intérieur que lui. Comment, en si peu de temps, la dissuader d'écouter ces charlatans d'un pseudo-mouvement sacré, d'une "non-violence" prête au meurtre pour triompher ?"

Tant pis, il allait jouer le tout pour le tout, forcer l'intrus à dévoiler son vrai jeu de telle façon que Marthe, cette fois,  n'aie plus aucune illusion. Pour y arriver, il lui fallait jouer au plus fin. Comment être sûr d'être le plus fort dans cette discussion avec un adversaire d'autant plus redoutable qu'il pouvait retourner la situation en les dénonçant comme des comploteurs à la "FRATERNITE DU SALUT".
 Il lui serait facile de leur révéler leur passage dans la région parisienne et de se présenter comme ayant pour mission de les empêcher de perpétrer un attentat contre les responsables qui les avaient accueillis avec tant de gentillesse.

En écoutant Marthe, Ghislain eut l'impression désagréable d'avoir, mille fois déjà, entendu ces idées qu'il avait rejetées une fois pour toutes.
Il se leva, posa doucement la main sur l'épaule de sa compagne en soupirant :

     -"Tu sais, il y a déjà tout un temps que j'avais envie de te le dire, mais je n'osais pas, j'avais peur de te déplaire. Aujourd'hui c'est fini, je sais que je peux, que je dois te dire, tout ce que j'ai sur le coeur. Je ne sais pas exactement ce que sera ta réaction, mais je suis sûr d'une chose au moins. Je ne pourrai plus jamais te regarder en face sans te dire ce que j'ai à présent sur le coeur."

Marthe ne répondit rien, mais sa main partit à la rencontrer ce celle de son ami sur son épaule comme si elle voulait l'encourager à lui dire le fond de sa pensée.

Ce dernier n'hésita plus dès lors et, parlant d'une voix saccadée, qui traduisait bien son émoi intérieur,  il expliqua longuement comment peu à peu il avait découvert la fourberie des adeptes de la communauté de "LA FLEUR DE LOTUS", tout en prenant parallèlement conscience du caractère radicalement différent de la Communauté qui à présent les hébergeait si libéralement depuis des semaines.

C'est vrai qu'ils avaient promis d'obéir scrupuleusement aux injonctions de l'envoyé du Grand Maître de la communauté de Lozère, encore fallait-il que le contrat conclu entre eux repose sur des bases honnêtes. Or, en fait,  les conventions qui leur avaient été faites s'avéraient de plus en plus comme une simple forme de terrorisme dont ils seraient les moteurs. De plus, s'ils avaient cédé aux pressions de leurs gardiens, c'était uniquement pour échapper à ce qui était pour eux une vraie prison. Sans vraie liberté, un contrat, comme le leur,  était évidemment sans valeur !

Marthe l'écoutait extrêmement attentive, sans un mot. Sans regard était, sans doute, un peu tendu, mais ce qui rassura Ghislain, c'est la douceur de son regard qui lui disait : "Vas-y, je t'écoute..."

     -" Tu vois, soeurette, je crois que nous devons faire semblant d'obéir, puis simplement aller tout raconter à nos hôtes en implorant leur indulgence et en leur demandant surtout de nous rendre enfin notre liberté ; tu sais, Marthe, il faudra que je te parle enfin d'une longue histoire qui remonte à un peu plus de vingt ans, une histoire qui commença par un tragique accident de chemin de fer et une aussi étrange rencontre qui bouleversa ma jeunesse avant de disparaître dans les oubliettes d'un passé que j'ai cru longtemps perdu pour toujours."

Ghislain plongea résolument ses yeux dans ceux de son amie qui ne se déroba point ; le feu de son regard l'encouragea à poursuivre...

     -"Je t'en parlerai longuement dès que nous en aurons fini avec ce cauchemar qui n'en finit pas de nous user depuis des mois. Je voudrais que tu me parles de cette jeunesse que tu as jusqu'à présent occultée avec tant d'efforts. Peut-être trouverons-nous dans ces deux passés dévoilés la lumière qui nous manque pour comprendre cette impression de "déjà vu" et de "déjà vécu" que je ressens devant toi."

Puis, longuement, le biologiste namurois reprit dans le menu détail l'ensemble des démarches qu'ils devaient accomplir pour saborder leur mission et dénoncer les envoyés de  "LA FLEUR DE LOTUS" venus ici pour les contraindre à agir malgré eux.

(à suivre)

Yvan Balchoy
balchoyyvan13@hotmail.com
http://poete-action.ultim-blog.com


 
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