Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Archives

Publié par BALCHOY

 
 

 

A vrai dire, Ghislain aurait aimé avoir la réponse à la question de Marthe-Sholenka – c’est vrai qu’il avait envie, dans l’intimité en tout cas, d’abandonner ce prénom un peu conventionnel pour revenir au prénom qui avait ensorcelé sa jeunesse.-

     « Tu sais, Cholenka, ou Marthe, si tu veux, je sais où je veux vivre demain, tout près de toi mais je ne connais pas encore le chemin où les moyens d’y parvenir sans faire plus de casse que nécessaire. Tu me comprends, je te demande encore un peu de temps. Je ne me sens pas encore de taille à quitter ma famille mais ce ne sera plus que l’affaire de quelques semaines. »

Marthe, soupira, un peu, mais elle se reprit aussitôt

 

     « Oui, même si ça m’est assez difficile, je te comprends, ami.  Je crois en ta sincérité mais, je te l’avoue, je suis un peu moins sûr, de ta volonté. Pour le moment, restons-en où nous sommes, nous continuerons à nous retrouver ici, à Namur ou pourquoi pas à Bruxelles. Mais il faudra que tu me donnes vite des gages de ta détermination à faire ce choix crucial, que je ne me sens pas le droit d’exiger de toi, bien sûr.  Mais, moi aussi, j’ai besoin de voir plus clair dans mon demain. »

Puis, comme si de rien n’était, Cholenka, alla chercher au fond d’une vieille armoire, une minuscule statuette, ou Ghislain reconnut avec stupéfaction et surtout émotion les propres traits de son visage saisi, lui sembla-t-il, au sommêt de l’excitation amoureuse.  L’artiste avait évité avec adresse, le ridicule facile d’un visage extasié par la volupté. Certes, celle-ci était bien présente mais sans altérer sa personnalité au point que Ghislain, non seulement se reconnut, mais fut, ce qui était très rare chez lui, un peu fier du visage que lui avait sculptée sa copine.

     -« Je ne sais que dire, Cholenka, c’est merveilleux ce que tu as créé là, je me reconnais, à peine gêné, malgré la situation et le moment où tu me décris. Tu n’aurais pu faire cette œuvre, sans cette tendresse qui est ton don le plus absolu pour moi. »

     -« Si le l’aimes bien, prends-là, Ghislain, je l’ai créé pour toi. Je n’en n’ai pas besoin car elle est inscrite au fond de mon cœur et je peux la  retrouver à tout moment. »

     « Chérie, je ne sais que dire mais je ne puis qu’accepter ton chef d’œuvre, même s’il s’agit de moi, qui suis loin d’en être un. »

 

Et Ghislain; saisissant un papier d'emballage, sur la table devant lui, enfouit la statuette au fond de la poche de son loden, non sans avoir vérifié qu'elle était vide.

 

 

Marthe-Cholenka, souriant, posa un doigt sur ses lèvres pour l’inviter à se taire et lui fit signe que leur rencontre ce jour-là prenait fin. Elle l’invita à la suivre et prit tout de suite le chemin de la gare sans plus rien dire sinon lui serrer très fort la main.

Elle resta, immobile devant la voiture, où Ghislain venait de s’asseoir derrière la vitre face à lui,  lui laissant au moment du démarrage du train, un tout petit signe amical.

Bien assis dans son coin favori, près la porte, qu’il aimait contrôler, devant l’incurie des nombreuses personnes qui la laissaient ouverte, même par grand froid, le biologiste éprouva une envie folle de contempler la statuette, enfouie dans la grande poche de son pardessus. Il hésitait cependant, car l’œuvre était assez ressemblante et parlante pour tout de suite révéler à quiconque le moment délicat qu’elle évoquait.

 

 

 

 

 

Yvan Balchoy

yvanbalchoy13@gmail.com

http://poete-action.ultim-blog.com

 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article