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Publié par BALCHOY

 

 

 

« Si je te disais : « Tout baigne dans le meilleur des mondes, me croirais-tu, chérie ? ».

Marthe, en le fixant d’un air où la tendresse se muait peu à peu en perplexité, garda le silence, un silence tellement gênant que Ghislain se sentit obligé de poursuivre :

 

     -« Tu sais, à partir du moment, où depuis mon retour, à part une ou deux discussions orageuses au début, nous avons mis de commun accord en parenthèses ton existence et ta part d’existence en moi, nous nous donnons mutuellement l’image d’un mariage normal avec ses hauts et ses bas et, somme-toute, nous y réussissons apparemment pas mal.

Ria, éprouve toujours beaucoup d’affection pour moi, je pourrais même traduire cette affection par le mot « amour », elle a toujours été une épouse et une mère irréprochable,- ah, je ne veux pas dire qu’elle est parfaite !  heureusement d’ailleurs, car connais-tu des gens plus ennuyeux que ceux qui sont ou plutôt que se croient, qui se veulent parfaits.

Et je ne veux pas, te répondre par une pirouette en te disant du mal de Ria.  Si je suis aujourd’hui,  attaché à toi, très  attaché même si je n’ai pas envie de me dire amoureux, tant ce mot est fragile et souvent passager, après tout ce que nous avons vécu ensemble, si même j’ai envie de changer de vie partageant ton quotidien, ce n’est sûrement pas par rejet de Ria ni surtout de mes enfants, c’est tout simplement parce que je ne puis plus vivre loin de toi. J’ai envie de me réveiller le matin à tes côtés, de commencer ma journée en t’embrassant en me collant à toi et il en est de même le soir où, même dans le lit de mon épouse,  - je n'en suis pas fier - je continue à penser à toi qui, me manque tellement. »

 

Marthe ne répondit pas à ce long monologue de Ghislain. Si, pour l’essentiel son visage resta un peu figé et exigent, son regard se voila, s’humecta même traduisant l’émotion que creusaient en elle chacun des mots de son ami.

 

Elle prit sa tasse de café et but une longue gorgée avant simplement de poser sa main sur la sienne.

     -« Pardonne-moi, Marthe, reprit, lorsque le silence lui parut trop lourd, voilà tu vois j’en envie de toi, pas simplement de vivre un moment de plaisir avec toi, même si nous en avons vécu de merveilleux, mais ça ne me suffit plus. J’ai envie de vivre avec toi, de vivre avec toi, le plus que je peux et ce sentiment, ce besoin est plus fort que toutes les richesses indéniables que je passe avec Ria. »

 

 

C’est bien tout ce que tu me dis, Ghislain, mais pour le moment tu vis avec Ria et moi, je vis seule.  Je comprends bien que tu as besoin de temps pour quitter le plus élégamment possible ton épouse, qui a déjà tellement souffert de la séparation pendant notre périple français.

Moi aussi, j’ai envie de vivre à tes côtés mais seulement si tu as la force et le courage de rompre  pour que cela devienne possible entre nous.

Sache que je ne te demande pas de quitter ta femme et tes enfants. Ce que j’ai vécu avec toi est formidable et a changé profondément ma vie, mais, je ne veux en rien porter la responsabilité d’une séparation que dans mon fors intérieur je ne puis approuver, même si tout en moi aspire à ses conséquences, c'est-à-dire à devenir ton compagnon pour la vie.

Je ne puis m’attacher qu’à un homme qui s’est rendu libre d’une façon propre et responsable.

Autrement, même si je reconnais qu'ainsi demain je souffrirai sans doute beaucoup, je préfère pour l’instant repartir seule. Bien sûr, tu es et resteras mon ami mais autrement.

En d’autres mots, je veux et désire passionnément devenir ta compagne mais je n’ai pas envie de continuer ma vie comme ta maîtresse. Je pense que tôt ou tard, nous le regretterions ».

 

Un de mes amis pour lequel je ne ressens qu’une vague sympathie à ce jour devient pressant auprès de moi. Jusqu’à présent, je ne lui ai laissé aucun espoir de dépasser l’amitié qui nous unit depuis longtemps. Mais si tu décides de rester dans ton couple, et je ne pourrais en aucun cas te blâmer de faire ce choix, je réfléchirai peut-être à sa proposition même si aujourd’hui elle me laisse de glace. »

 

 

Ce fut au tour de Ghislain de se ménager un instant de réflexion en terminant lentement de boire sa tasse, il savait que Marthe avait raison, que son attitude actuelle entre velléité et lâcheté n’était pas tenable face à l’exigence de loyauté qu’attendait de lui son amie.

 

Venu pour passer avec Marthe un moment agréable au terme d’une journée difficile, il sentit qu’il vivait ce soir-là un moment d’équilibre instable dans sa relation amoureuse. Il lui fallait choisir entre la fidélité à un passé,un peu décevant, plutôt par sa faute ou une rupture vers ce qu’il sentait comme la clé d'un nouveau bonheur à vivre.

 

Il se leva de sa chaise, lui tendit la main pour l’aider à la rejoindre : « D’accord, chérie, tu as raison, nous ne pouvons plus continuer comme ça. Je te promets de parler à Ria dans les jours ou au pire les semaines qui suivent. »

 

Après ce moment de vérité, Ghislain sentit qu’il était temps pour eux de se séparer ; la promenade qu’il avait imaginée n’avait plus de sens, ce soir ; il reconduisit Marthe à son train, puis repris pensif et un peu mal à l’aide le chemin de son domicile. 

Certes, ils s’étaient embrassés cordialement en se séparant, mais un froid indiscutable s’était interposé entre eux, le froid de la vérité, se dit-il, en se préparant à une soirée, qui lui faisait peur.

 

 

 

 

 

Yvan Balchoy

yvanbalchoy13@gmail.com

http://poete-action.ultim-blog.com

 

 

 


 

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