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Publié par BALCHOY

Quarante minutes plus tard, Ghislain traversait l’élégant pont « De Gaulle » qui, face à la Collégiale, enjambe la Meuse et délaissant la place de la collégiale descendit vers le bord du fleuve.

Il ne lui fallut que cinq bonne minutes pour atteindre, via le joli quai  parsemé de bateaux, la rue du collège où se trouvait la maison de son enfance.

Déjà il appuyait le bouton en cuivre de la sonnette et bien vite le bruit de pantoufles glissant sur le sol du corridor en pierre lui révéla la venue de son père qui, la porte ouverte, manifesta à peine, un sentiment de surprise et l’invita à rentrer d’un simple : « Bonjour Ghislain, heureux de te revoir, c’est Maman qui va être contente… »

Le baiser qui unit le père et le fils fut rapide et peu appuyé et précédant résolument son papa, le biologiste fut en quelques pas à la cuisine où sa maman préparait le souper.

 

« Ghislain, c’est toi, mon chéri, quelle joie que tu es là». Cette fois l’embrassade entre la mère et son fils fut interminable et ponctuée de petits bisous mutuels.

Tu restes loger, bien sûr, tu as tant de choses à nous dire. Viens un instant sur le divan du bureau de Papa, tu nous diras tout...


Bientôt tous deux s’assirent dans le vieux divan de cuir tout craquelé du bureau tandis que Monsieur Mignolet, père, restait solidement assis sur son fauteuil, continuant à tisser son dernier tapis ce qui ne l’empêchait pas de poser des questions mi-gênantes mi critiques à son fils.

 

Tout d’abord, Ghislain dut promettre de rester loger à Dinant et téléphona donc à Ria, qui, toute étonnée qu’elle soit de ce déplacement inopiné, cacha son embarras en lui demandant d’embrasser ses parents en son nom et en celui de ses enfants

    

 

-« Ghislain, je ne te comprends pas, commença le papa,  disparaître tant et tant de semaines, sans que nous ayons de vraies nouvelles, cela ne te ressemble pas, dis-nous au moins pourquoi tu es parti si longtemps et si loin ? »

 

« Tu sais Papa, te raconter tout ce qui m’est arrivé, je le ferai une autre fois en détail. Sache seulement qu’au début de mes mésaventures, j’ai été entraîné malgré moi, j’ai même été kidnappé plus d'une fois par des voyous.  C’est vrai que j’aurais pu, j’aurais du, plus tard,  vous mettre au courant mais j’ai du souvent me taire pour protéger des amis autour de moi.

 

En disant ces mots, Ghislain se rendit compte qu’il n’avait nulle envie de mettre ses parents au courant de sa relation à Marthe qui expliquait sa longue disparition.

 

En mangeant le bon steak frites que sa maman, toujours prompte à lui faire plaisir, lui avait préparé dès son arrivée, il dut promettre lors d’une autre visite de raconter dans le détail tout ce qui lui était arrivé, bien qu’il sache d’avance qu’il censurerait une grande partie des évènements qu’il avait vécu ces derniers mois.

 

Une fois le repas termine, tout le monde se regroupa devant la télé noir et blanc – ses parents ne voulaient pas la couleur – pour écouter les nouvelles. On y parlait de certaines doléances des politiciens de Flandre qui se sentaient mal traités par les Bruxellois et les Wallons. Très attachés à la Belgique, Madame et Monsieur Mignolet, ne comprenaient pas qu’on puisse mettre en question le pays, pour eux la patrie,  telle quelle était.

 

Ainsi, ils avaient très mal vécu, l’abdication du roi Léopold III, y voyant la preuve de la mainmise malfaisante des socialistes sur la sud du pays.

 

Vers dix heures, à la fin du feuilleton  "Colombo", que tous trois regardèrent presque religieusement, on se dit affectueusement bonne nuit et Ghislain après un bref passage à la toilette et à la salle de bain, monta tout en haut de la maison à sa chambre d’enfant qui se situait au niveau du grenier.

Peu de choses y avaient changé depuis son départ de Dinant.  Les photos et posters punaisés aux murs, à moitié décollés, avaient jauni  avec le temps mais le lit, préparé à tout hasard par sa maman, était impeccable comme toujours.

Rapidement, Ghislain se déshabilla en jetant plutôt qu’en posant ses habits sur une chaise branlante.

Puis il se glissa rapidement dans le lit en frissonnant car la pièce n’était pour ainsi dire pas chauffée.  Se tournant vers le petit chevet à gauche du lit, il alla y chercher un livre qu’il connaissait depuis longtemps. Au-delà d’un drame vague policier, le récit, s’égarait plus d’une fois dans des descriptions érotiques dont il ne gardait un souvenir lointain et ému.

A vrai dire, ce soir-là, il se sentait seul et il ne pouvait détacher sa pensée de ses dernières rencontres avec Marthe, en particulier lors de leur nuit à Paris.  En lisant les nuits chaudes de l’héroïne du roman, il tenta  de lui donner le visage et le corps gracieux de Marthe qu’il aurait tant voulu étreindre avant de s’endormir.

 

Ce fut plus fort que lui, laissant son imagination vagabonder entre les nuits délicieuses vécues auprès de sa compagne et les descriptions crues, trop même du roman qu’il tenait entre les mains, il l’abandonna sur le sol et baissant ses mains vers le bas de son corps, il compléta l’absence, si pénible cette soirée-là de son amie, par des caresses qui vite lui donnèrent un plaisir vif certes mais décevant d’où il plongea rapidement dans un sommeil assez agité.

 

 

(à suivre)



Yvan Balchoy

yvanbalchoy13@gmail.com

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