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Publié par BALCHOY

 

Il n’avait nullement l’intention de « rompre » avec Ria. Simplement, il voyait tout autrement ses relations avec elles à partir du moment où Marthe devenait le centre de sa vie. Ria était et resterait la mère de ses enfants et son amie pour toujours.

 

Pourtant, il désirait fermement « vivre » avec Marthe sans savoir quel genre de vie les attendait. S’il était décidé à vivre très proche de son amie, il n’éprouvait pas pour autant la nécessité d’une vie commune de chaque instant. Son expérience avec Ria lui avait démontré les « pièges » de la vie commune traditionnelle pour la plupart des couples et certainement pour lui.

 

D’ailleurs, il ne voyait pas sa vie, demain, sans l’amitié de Ria avec qui il comptait garder des relations étroites, tout en étant conscient que la réalisation de ce projet dépendait surtout d’elle.

 

Marthe posa brusquement sa main sur ses genoux :

 

     -«  A quoi, penses-tu, Ghislain, prépare-toi car nous allons bientôt arriver à la gare, et nous n’avons pas tellement de temps pour prendre notre billet avant le départ pour Nîmes. »

 

     -« Oh, tu sais, je pensais simplement à nous, plus exactement à nous, demain.

 

     -« Voilà qui m’intéresse, chéri, penses-tu que je suis digne de connaître le fond de ton cœur, nous aurons tout loisir d’en parler durant cette nuit, et moi, j’ai aussi beaucoup de choses à te dire. Espérons au moins que nos projets pourront se rencontrer, à défaut peut-être de nous-mêmes.

 

Le bus s’arrêta face à la gare ; prenant leurs valises, ils se précipitèrent vers le guichet pour prendre un billet pour Paris. L’employé leur demanda s’ils étaient mari et femme, car il leur serait possible d’obtenir ainsi une sorte de petite réduction. Ghislain regarda son amie avec amusement :

 

     -« Non, Monsieur, nous ne sommes pas mariés, et nous ne le serons peut-être jamais, même si nous nous aimons comme des fous, mais je suppose que notre cas n’est pas prévu par l’administration des chemins de fer, alors nous paierons le prix fort. »

 

Deux minutes, plus tard, ils se laissaient tomber lourdement sur la banquette du tortillard qui allait les conduire en une bonne heure à Nîmes, où ils prendraient l’express pour Paris.

 

Comme Marthe le lui avait demandé, Ghislain détailla à son amie les pensées qui avaient traversé son esprit tout à l’heure. Son amie l’écoutait avec attention ; elle semblait fort émue et, plus d’une fois, dut faire effort pour ne pas « couper » son ami qui s’exprimait avec une certaine difficulté, comme s’il cherchait ses mots.

 

Au fur et à mesure que le temps passait, les propos de Ghislain, se faisaient de plus en plus hésitants, tandis que, manifestement, Marthe semblait l’écouter avec une attention grandissante.

 

Puis, il y eut entre eux un long moment de silence, entrecoupé de sourires voilés, de regards appuyés, de poignées de mains furtives, tout un dialogue qui se continuait dans le silence même si entre eux le courant passait comme peut-être il n’était jamais passé ;  Ils allaient sans doute se séparer, même si le mot n’avait pas été prononcé entre eux.

 

Déjà l’aridité de la garrigue dans le paysage faisait peu à peu place aux activités industrielles des hommes, puis les premiers HLM, les plus hauts, les plus misérables sans doute, groupés les uns contre les autres dans une misère uniformément grise ; la banlieue nord de Nîmes se déroulait sous leurs yeux d’abord pauvre et uniforme, puis au fur et à mesure que se déployaient les collines qui en faisaient une petite sœur de Rome, des quartiers plus verts, plus riants, plus cossus,  en un mot, plus riches.

 

Ghislain déposa sur le couloir central leurs bagages ; en passant il déposa un petit baiser sur le front de sa compagne qui en ferma les yeux comme si elle voulait enfoncer en elle ce geste de tendresse si fragile, si menacé dans leurs relations à venir.

 

Ils durent attendre sur un banc noirâtre de crasse le rapide qui, en un temps record, allait les conduire à la capitale.

 

Ghislain pensa brusquement à la nuit qui les attendait et il en rougit de joie d’avance, comme si l’avant goût des caresses et du plaisir partagé qui l’attendait gommait les noirs nuages qui obscurcissaient son ciel.

 

(à suivre)



Yvan Balchoy

yvanbalchoy13@gmail.com

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