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Publié par BALCHOY

 


Mireille Fanon-Mendes-France, pour une alternative à la colonialité du pouvoir et du savoir !
« Nous sommes nombreux, dit-elle, à appeler et à agir pour un autre monde qui ne sera possible que si le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie, le racisme antimusulman et anti-noir ne sont plus ses règles de « gouvernance ». Une alternative envisageable seulement si la colonialité du pouvoir et du savoir qui nous a amenés dans cet abime inhumain, de siècles en siècles, est enfin identifiée, dénoncée et déconstruite afin de baser ce monde sur la non-discrimination avec son corollaire l’égalité entre les peuples et les Etats, entre les êtres humains, différents et égaux afin qu’ils agissent politiquement en tant que citoyen et citoyenne....
« Le monde globalisé, imposant une guerre sans fin aux peuples et aux nations n’est rien de moins qu’un « monde compartimenté, manichéiste, immobile, monde de statues (...) Monde sûr de lui, écrasant de ses pierres les échines écorchées par le fouet. Voilà le monde colonial. L’indigène est un être parqué, l’apartheid n’est qu’une modalité de la compartimentation du monde colonial. La première chose que l’indigène apprend, c’est à rester à sa place, à ne pas dépasser les limites [14] », c’est ainsi que Frantz Fanon décrivait le monde colonial. »
Comment, enfin, démolir la chappe que ce monde globalisé impose aux peuples ? Les temps ne sont-ils pas venus ?
Michel Peyret

 

 

Les Libertés démocratiques et la justice sociale contre le terrorisme et l’autoritarisme sécuritaire
lundi 19 janvier 2015
Mireille Fanon-Mendes-France
Fondation Frantz Fanon

 

 

 

Après cette terrible semaine, mes pensées, comme celles de beaucoup, sont pour tous ceux qui sont morts, pour leurs familles, leurs amis et collègues. Pour ceux qui ont été tués, victimes et terroristes. Oui, je ne peux pas ne pas aussi penser à eux, à leurs familles et amis, à ceux qui les ont connus.

Pour ce que ce pays est devenu et est en train de devenir. Pour la désignation, urbi et orbi, à la vindicte publique de personnes qui se battent pour une réelle justice sociale et contre l’expression de toutes les formes de racisme, dont le racisme anti-noir, antimusulman mais aussi le racisme antijuif et de ceux qui refusent l’exclusion, la marginalisation, l’essentialisation et la stigmatisation.
On ne peut que s’inquiéter de cette « union nationale », convoquée dans un élan unanime, émotionnel, qui a parcouru les artères et les places publiques de nombreuses villes de France mais aussi bien au-delà. Que penser de cette union inconditionnelle convoquée par des milieux dont les discours de haine et d’exclusion ouvrent la voix aux pires dérives. On a ainsi vu d’anciens ministres jeter en pâture le nom de groupes politiques honorables ou de militants humanistes qui dénoncent l’ensemble des dérives sectaires, racistes portées par différents gouvernements depuis l’arrivée des socialistes au pouvoir en 1981. Est-ce ainsi que se construit une réelle unité nationale ? Si tant est que cette unité soit pertinente quand on sait à quels moments elle réfère.
Mais ce dimanche, il fallait être du bon « côté » identifié par les media et ceux qui nous gouvernent. Toute autre voix étant impossible, toute nuance de fait interdite ; le seul terme du contrat médiatique et politique étant celui de l’adhésion acritique au récit officiel. Cette communion devait agir comme une catharsis avec une fonction édifiante ; elle risque d’être déclinée pendant plusieurs semaines, tant les crimes, par leur nature et leur ampleur, interpellent différents niveaux de la société française.
Elle l’a été, le jour où le Premier Ministre s’est adressé aux députés qui l’ont accueilli, debout, en entonnant d’une seule voix la Marseillaise. Cet hymne guerrier était, à ce moment, le signe de ralliement d’une partie du corps législatif en fusion avec l’exécutif pour la guerre. Mais de quelle guerre est-il question ?
La réalité et l’idéologie dominante ont la vie dure. Ce discours n’a pas maintenu le besoin ressenti d’une purgation émotionnelle. Les annonces et le ton du premier-ministre lancent la société française, avec entre autres « la France est en guerre » dans une guerre imprécise du bien contre le mal, des uns contre les autres… Evoquant la formule de Georges W. Bush, au lendemain du 9 septembre 2001, qui affirmait que les Etats-Unis entraient « en guerre contre la terreur ».
La guerre impérialiste, horizon de l’occident en crise
Nous ne pouvons que constater que, depuis quatorze ans, ce sont les populations civiles irakienne, afghane, et plus récemment syrienne, libyenne et malienne…qui paient le prix fort de cette guerre contre la terreur. Une guerre ou les amis d’hier sont les ennemis d’aujourd’hui dans une étrange surenchère de trahisons et de prétextes éventés. Mais sans le moindre mot de compassion, sans la moindre excuse lorsque les frappes (chirurgicales comme il se doit et donc très civilisées) déciment une famille entière réunie pour célébrer un mariage. Sans un mot pour les 200 000 victimes de la guerre qui ravage la Syrie depuis trois ans. Sans le moindre regret pour la destruction de la Libye et la descente aux enfers du peuple Libyen. La population française va-t-elle, à son tour, payer le prix de cette guerre impériale éternelle au prétexte de protéger les intérêts des happy-fews qui portent sur la France « d’en bas » - ainsi la nomment ils - un regard condescendant ? Cette France des classes « dangereuses » que les médias dissimulent est celle, déjà exclue, qui est directement touchée par les politiques de restrictions budgétaires. Celle qui est éloignée des centres villes dévolus au luxe et aux banques, par les politiques d’exclusion sociale, économique, culturelle, éducative et politique. Cette France d’en bas et d’ailleurs est montrée du doigt lorsque des voitures brulent ou que des jeunes à l’esprit embrasé par l’inaction, ont pour seul espoir de rester là, adossés aux murs de leurs cités.
Manque d’empathie certainement mais aussi une forme de cynisme que l’on a pu éprouver lors de l’agression israélienne au Liban en 2006 ou dans la Bande de Gaza en 2009, en 2012 et encore en 2014. Toutes manifestations de solidarité, toute demande de ne violer ni le droit international ni le droit international humanitaire, étant suspectes par définition, car elles seraient motivées par l’antisémitisme. Et toujours si peu de mots pour les victimes et leurs familles. Il ne s’agissait pas de 17 personnes mais de plus de 1 500 victimes, sans oublier les quelque 4 000 blessés, dont certains sont morts des suites de leurs blessures.
Du cynisme construit sur l’arrogance occidentale qui continue de proclamer partout, qu’au regard de sa culture, de son modèle dit démocratique, des valeurs et des principes qu’elle porte, rien ni aucune autre culture ne peut l’égaler, même si par le maniement de l’injonction paradoxale qu’elle utilise à tout venant, elle prétend le contraire !
Ceux qui ont surfé sur l’unité nationale sont, en définitive, incapables d’empathie, de rencontre et de partage, convaincus que « les autres » - personnes d’origine africaine, Africains, musulmans, arabes, Roms, migrants, jeunes, pauvres - sont le problème et qu’ils doivent être contenus, contrôlés ou, selon Netanyahou, déplacés et destinés à errer de pays en pays, ce qu’il appelle de ses vœux pour les Palestiniens. N’est-ce pas précisément ce qu’il préconise ? Le mieux étant, bien sûr, qu’ils partent d’eux-mêmes. Pour les forcer, toutes stratégies de terreur, de harcèlement, d’arrestation, de privation de libertés à grande échelle, d’apartheid hypocrite, non-dit mais institutionnalisé, sont légitimes et peu importe que cet Etat soit en grande délicatesse avec le droit international. Il est protégé par ses indéfectibles amis et alliés puisqu’il en va de la survie du monde « blanc ».
De l’exploitation cynique de l’émotion
En attendant que cette éventualité n’advienne, Naftali Bennet trouve normal d’affirmer publiquement qu’il a « tué beaucoup d’Arabes dans (s)a vie ». Et qu’il « n’a aucun problème avec ça ». Aucune réaction ; il ne s’agit pas briser le mur de la domination et de l’aliénation.
Cela rappelle que les tenants de l’apartheid étaient convaincus - au regard des idéologies découlant du "siècle des Lumières" et de la "modernité européenne" ayant émergé sous le pouvoir du christianisme - que les Africains n’étaient rien de plus que des sous-hommes. Combien d’années de résistance et de solidarité a-t-il fallu pour briser le mur de la honte ? Combien d’Africains du Sud ont-ils été tués par un pouvoir aussi violent et arrogant que l’est aujourd’hui celui de l’Etat d’Israël ?
Leur monde s’est levé, dans un seul élan d’exaltation comparable à celui qui fait s’enflammer un stade devant un but parfait, pour 17 victimes à Paris. Il serait plus juste de dire seulement pour 15 ; le policier ayant été bien peu mentionné, c’est vrai qu’il est musulman ; et la policière municipale encore moins, c’est vrai, qu’elle est d’origine africaine et de l’un des départements ultramarins de la République.
Pas un regard, pas un mot de la part de tous ceux et de toutes celles qui ont vanté l’unité nationale, pour les deux mille personnes tuées au Nigéria le lendemain de la tuerie de Charlie Hebdo et juste un jour avant celle du magasin Hyper Casher, c’est vrai qu’elles sont africaines et peut-être d’une religion animiste. Comme il ne dit rien sur les victimes qu’il fait en portant la guerre sans fin en des lieux où il n’a rien à faire au regard du droit international et des principes fondateurs de la Charte des Nations Unies.
Mais là encore, le cynisme prévaut parce que le plus important est la propagande qui consiste à prétendre frapper là où sont les « terroristes » pour éviter qu’ils n’arrivent aux portes de l’Occident. Cela rappelle étrangement ce qui se passait, lors des croisades, où pour mieux contrer l’invasion des barbares, des cohortes de chrétiens allaient les combattre sur leurs territoires !
Le seul objectif de ces élites recroquevillées sur leurs privilèges étant de surfer sur le populisme et de refuser de voir notre pays changer ; à son avantage, si nous acceptons de nous enrichir de chacun et chacune. Pour l’heure, ceux qui orientent, comme ceux qui exécutent cette politique, ont choisi de l’appauvrir, de l’amputer. Comment ne pas voir que ne sont pris en compte que sa partie blanche et les quelques "autres" qu’ils ont réussi à "intégrer" ou à "assimiler" en les soumettant à des lois de plus en plus xénophobes et liberticides et rendus silencieux par le poids de l’aliénation qui pèse sur leurs épaules.
Criminalisation des luttes politiques, amalgames et exclusions
Les autres, chemin faisant, deviendront des ennemis de l’intérieur et certains seront plus "ennemis" que d’autres. Et pour peu qu’ils commettent des actes faisant trembler l’entendement, ils seront renvoyés à leur pays d’origine, aussi lointaine soit elle. Ainsi des deux jeunes Kouachi assignés à l’Algérie - comme l’avait été Mohamed Merah - et de Coulibaly au Mali. Ces deux frères pourtant nés en France, enfants de l’assistance publique et donc de cette République iconique et sacralisée. On pourrait continuer la longue liste des personnes essentialisées et renvoyées au pays de leurs parents...quelle qu’en soit la raison. Les discussions portant sur leur lieu de funérailles est le reflet d’une société qui a perdu l’entendement et qui se laisse aller à des instincts primaires.
L’objectif étant de rendre invisible et de taire leur lien à la France. Il faut faire entrer dans l’inconscient collectif qu’ils sont "ennemis » de cette nationalité et que la guerre est déclarée, comme l’ont affirmé de nombreux leaders politiques ou intellectuels. Cette antienne a été reprise, ad libitum, par les représentants des media, qui, de ce fait, n’ont pas assumé leur devoir d’informer en toute objectivité. On peut pourtant être atterré et faire preuve de professionnalisme !
Le but étant de faire comprendre aux auditeurs, aux Français de souche et aux quelques « invités » à cette nationalité ou à ses futurs candidats que nulle position n’est acquise, que les statuts sont révocables et qu’il aisé de passer du statut de Français à part entière à celui d’"ennemi" de l’intérieur ; l’étape ultime étant d’être catalogué de « terroriste ».
En ce sens, le discours du Premier Ministre apparaît comme un avertissement et une menace qui concerne non seulement tous ceux qui manifesteraient trop ouvertement leur attachement à la religion musulmane ou qui, convaincus qu’il est possible de vivre dans un contexte où cette religion coexiste, se mobilisent contre l’islamophobie pour les droits civils [6]. Un avertissement et une menace aussi clairement adressés à tous ceux pour qui la solidarité internationale est un des principes politiques essentiels.
Ainsi seront dénoncés celles et ceux solidaires de la Palestine combattant depuis plus de soixante ans pour son droit inaliénable à l’autodétermination, pour un Etat libre et totalement indépendant. Celles et ceux solidaires des Basques, des Vénézuéliens qui risquent bientôt d’endosser le statut réservé, pendant plus de quarante ans, aux Cubains, des Sahraouis maintenus sous occupation marocaine, des Mahorais dont l’île est toujours otage de la France depuis 1974. Celles et ceux dénonçant les politiques découlant de la religion du marché imposée au continent africain et les relations coupables entre pays anciennement colonisés et leurs anciens, et toujours actuels, maîtres.

POUR EN LIRE PLUS ...
 Voir le site de la Fondation Frantz Fanon, http://frantzfanonfoundation-fondat...

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