Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Archives

Publié par BALCHOY

 

 

 

Sous ces tilleuls qui nous prêtent leur ombre,
Tu me promis cent baisers l' autre jour ;
Tu me les a donnés, mais sans passer leur nombre,
Eh ! Quel nombre, dis moi, peut suffire à l' amour ?
Lorsque Cérès enrichit la nature,
Sait-elle donc, trop avare Thaïs,
Le compte de tous les épis
Dont elle orne sa chevelure ?
Flore au hazard va semant ses bouquets,
Ces moissons de parfums sur son passage écloses ;
Et Zéphyr ne tient point registre pour les roses
Qu' il fait naître dans nos bosquets.
Du haut de la brillante voûte,
Lorsque l' onde du ciel s' épanche dans nos champs,
Distille-t-elle goutte à goutte ?

Jupiter quelquefois la verse par torrens.
Et sur la plaine reposée
Quand l' aurore aux douces couleurs,
Laisse onduler ses rayons bienfaiteurs ;
Dans ses présens froide et symmétrisée,
La voit-on mesurer aux fleurs
L' émail transparent de ses pleurs
Et les perles de la rosée ?
Et les biens et les maux, les dieux sur l' univers
Répandent tout avec largesse ;
Et toi, Thaïs, qui nous peins la déesse
Qu' une conque d' azur promène sur les mers,
Ainsi que les faveurs tu bornes la tendresse !
L' enfant aîlé te combla tour à tour
De tous ses dons, et ta froideur le blesse !
Et c' est Thaïs qui compte avec l' amour !
Ah ! Cruelle, ai-je donc calculé mes alarmes,
Et mes tourmens et mes soupirs ?
Si tu comptes les maux, compte aussi les plaisirs.
Mais vas ; confondons tout, les baisers et larmes ;
Viens, laisse-moi dévorer tes beautés ;
Viens, ne m' afflige plus par des refus coupables
Et donne moi des baisers innombrables
Pour tant de pleurs... que je n' ai pas comptés.

 

 

CLAUDE JOSEPH DORAT

 

Le Contre-Philosophe
1734-1780

 

 

POESIES.NET

 

 

 

 

yvanbalchoy13@gmail.com

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article