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Publié par BALCHOY

Gare du Midi, un matin 13h30  quai du Métro direction : Simonis. J’arrive du journal Solidaire où je viens d’encoder des livres ; un peu fatigué, j’avise un siège curieusement libre à cette heure d’affluence et je comprends de suite qu’il y a un problème. A la place juste à côté, un jeune méditerranéen vocifère en invitant une belle hispanisante qui décline poliment l’invitation. Il se tourne alors vers moi et m’invite à m'assoir. J’hésite un court instant, pourquoi pas, il est sûrement un peu excité mais ne semble nullement dangereux, je vais m’asseoir.

Tout d’abord il interpelle à voix très haute la jeune fille qui, contrairement à la plupart des voyageurs, ne fait pas semblant de l'ignorer. 

« Et toi, Belle fille, tu as l’air heureuse, tu rentres sûrement du travail comme tout le monde à cette heure (sic !) et tu es heureuse d'avoir enfin fini, ça se voit.  Moi, je n’ai jamais travaillé de ma vie et pourtant je vis.»

Elle garde prudemment ses distances mais répond sobrement à ses questions en évitant de le provoquer. Manifestement le thème du travail préoccupe beaucoup le jeune homme.

Assez rapidement la fille prend le métro et le jeune à ce moment se met à parler à crier plutôt de façon à ce que toute la station puisse l’entendre même le quai de la direction opposée. Il parle en plusieurs langues sans trop de problème, le français, l’arabe, l’hébreu, il me semble, l’anglais et l’espagnol. Il parle, il crie, il vocifère mais surtout il philosophe interpellant les gens et s’opposant à eux.

« Mon travail, c’est de parler. Chacun ici rentre content du travail, il a gagne beaucoup d’argent et il est heureux de rentrer, souper, dormir et puis plus tard il va encore travailler, rentrer, puis il finira par  tomber malade, et attrapera un cancer et finira par mourir. » Bref le genre de propos dont les gens doivent raffoler à cette heure du jour.

Puis brusquement il se pose des questions qui peuvent paraître dénuées de sens : »Pourquoi y a-t-il tant de personnes de l’autre côté du quai et si peu de ce côté ». Il redit la même chose en anglais comme si la question l’obsédait autant que celle du sens du travail et de la mort qui nous attend au bout du chemin.

Ensuite il redevient le Socrate du XXIème siècle : « Je ne vous dis pas la vérité mais je vous parle de la vérité »

Puis s’adressant manifestement à la foule des badauds qui sur l’autre quoi rigolent contrairement à ceux tout près qui sont souvent gênés ou mal à l’aise.

« Vous tous chaque matin, avant d’aller travailler, que faites vous, vous beurrez vos tartine, vous buvez votre café ou votre cacao , ah oui, j’ai oublié vous mettez de la mayonnaise sur votre pain et puis vous partez au travail »

Après cette parodie du quotidien le voici brusquement qui, partant de la nourriture élève le niveau de son propos :

« Si tu manges la vie, la vie te mangera »

 Voici que ma rame arrive, il n’a pas l’air intéressé,  je lui donne rapidement la main et lui souhaite une bonne après-midi. Je trouve une place  dans la voiture et à peine assis quelle n’est pas ma surprise de le retrouver assis lui aussi à côté de moi. Cette fois il m’ignore totalement mais s’adresse à un groupe d’homme d’affaires bien habillées debout à quelques mètres ? Il  se moque de leur cravate, de leur costume noir anthracite avant de reprendre sa « prédication ».

"Vous êtes contents, messieurs bien habillés d'avoir fini votre travail, vous croyez avoir gagné beaucoup d'argent, mais moi, sans rien faire, j'en ai gagné ce matin beaucoup plus que vous, 1500 euros.

 

 Moi je respecte la femme, je respecte cette voiture de métro, je respecte la paroi qui jouxte la fenêtre et il ponctue ses affirmation en frappant de sa main la paroi en question en passant par  devant le visage de son voisin médusé. Il continue alors : »Mais je ne respecte pas les salauds et il y en a beaucoup »

Je n’ai pas retenu bien entendu tout le discours de ce jeune homme étrange, manifestement cultivé, un peu fêlé diront certains, mais incontestablement philosophe à sa façon. Mais si au premier abord les gens se comportaient envers lui comme ils le font d’habitude quand un mendiant, un déséquilibré, une personne ivre les apostrophe en public, assez rapidement on l’écoutait avec une certaine attention car en nous rappelant à sa façon notre vie à la façon du mythe de Sisyphe, en  considérant comme son travail de crier sa vérité, en rappelant à chacun l’absurde de bien des gestes de son quotidienne, il ne cherchait pas, je pense à nous plonger dans un négativisme total puisque le respect de l’homme,  de la femme surtout, de toute réalité lui semblait essentiel.

En terminant ce petit récit je continue à creuser ces mots mystérieux que je soumets aussi à votre sagacité :

« SI TU MANGES LA VIE, LA VIE TE MANGE  »

 

 

 Yvan Balchoy

yvanbalchoy13@gmail.com

http://poete-action.ultim-blog.com

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