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Publié par BALCHOY

LA POESIE SELON MAHMOUD DARWISH POETE DE LA PALESTINE, CE PEUPLE DE L'ABSURDE

A l'indépendant

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"La vraie poésie est un mélange chimique très particulier qui filtre l’expérience collective à travers l’expérience intime. La poésie requiert et offre des métaphores pour rendre la réalité plus supportable. Quand j’étais en prison, d’un point de vue poétique, je voyais mon bourreau comme un prisonnier, et je me sentais plus libre que lui parce que moi je n’étais privé que de liberté, mais pas de la capacité de reconnaître l’autre à l’intérieur de moi. Je n’ai pas changé d’avis. L’ennemi a de nombreux masques, nous avons des traits communs et, dans ces conditions humaines complexes, il peut arriver que les rôles s’échangent. Mais moi je ne veux pas habiter l’image que mon ennemi a choisie pour moi. Moi j’ai choisi le camp des perdants, je me sens comme un poète troyen, un de ceux à qui on a enlevé jusqu’au droit de transmettre sa propre défaite.
Mon rapport à la poésie s’est cependant modifié, au cours du temps. Certains Palestiniens qui vivent dans des conditions difficiles demandent au poète d’être le chroniqueur des événements tragiques qui se déroulent tous le jours en Palestine. Mais la langue poétique ne peut pas être celle d’un journal ou de la télévision, elle doit même rester en marge pour observer le monde, le filtrer à travers un détail. La poésie doit surprendre, étonner, parler d’un chat ou du désert avec les yeux d’un enfant qui en découvre la signification pour la première fois. Pour ces Palestiniens, j’aurais renoncé à mon code de résistance poétique. Pour moi, au contraire, ça a été une autre façon de développer le concept.
Je hais l’occupation, mais je ne peux pas le répéter tous les jours en poème ; de nombreux poèmes civils, enthousiastes et pleins de zèle, ne rendent pas service au Palestinien, parce qu’ils le réduisent à un slogan, ils le congèlent dans l’image que veut en donner l’ennemi, ils cachent son humanité la plus intime. Je pense, au contraire, que la poésie, à sa façon, a inventé une globalisation enfin sans hégémonie, parce qu’il n’existe pas de centre et de périphérie de la poésie, il n’existe ni nord ni sud, il n’y a pas de superpuissances et de petits pays. La poésie comme la musique, explose partout, comme les champignons. La rencontre entre des langues et entre des mondes, apporte par contre à l’une et à l’autre quelque chose de différent, une certaine étrangeté qui nous attire. L’Europe a parlé d’elle-même pendant des siècles, maintenant elle semble exténuée et saturée. Elle cherche vers la poésie d’Europe de l’Est, elle cherche la littérature des pauvres pour se redonner un nouvel appétit, et les pauvres du monde sont en train de développer leurs propres littératures.


Mahmoud Darwich


 

Geraldina Colotti - il manifesto, le 29 mai 2007
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio
Texte en provenance de http://www.info-palestine.net/

 

yvanbalchoy13@gmail.com

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