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Publié par BALCHOY


 Prêtre, théologien, journaliste, écrivain, philosophe et universitaire, l’ancien vice-recteur de l’UCL Gabriel Ringlet se définit avant tout comme un « libre-croyant ». C’est en humaniste convaincu qu’il préside aux destinées d’un Prieuré ouvert à toutes les rencontres, à toutes les convictions. Un humaniste obsédé par la mort… donc par la vie.

Philippe Berkenbaum - Photo Emmanuel Laurent


L’homme n’est plus sensible au sort de son prochain ?

G.R. : J’ai des raisons d’être optimiste. Pour suivre de près depuis de longues années les questions qui gravitent autour de la mort, je sens des choses qui se passent et qui me touchent beaucoup. Le nombre de plateformes de soins palliatifs qui existent indépendamment des grands hôpitaux, à l’initiative de médecins et d’infirmières isolés… Dans ce domaine, cette attention à l’autre n’existait pas il y a 20 ans.

La mort, dites-vous, est l’un des fils rouges de votre vie ?
G.R. : Quand j’étais gosse, une tante carmélite me racontait qu’elle avait un crâne sur sa table de nuit dans sa cellule. Elle en parlait très joyeusement et j’ai grandi avec ce regard positif, cette familiarité avec la mort. Curé de paroisse, j’amenais les petits qui allaient faire leur profession de foi auprès de personnes mourantes pour qu’ils leur tiennent la main ou leur chantent une chanson, dans un contexte aussi peu traumatisant que possible. Vous n’imaginez pas la joie qu’on a vue dans ces chambres-là. C’est un tout grand enjeu de société. Il y a une relation étroite entre la qualité de la mort et celle de la vie. Dis-moi quelle attention tu accordes à la mort, je te dirai celle que tu accordes à la vie.

Vous n’hésitez pas à en rire, notamment dans Ces chers disparus, consacré à l’analyse des nécrologies…
G.R. : J’y retravaillerai, je continue à recevoir des nécrologies amusantes du monde entier. On ne peut pas accompagner la mort sans une certaine distance. Mais c’est la mort qui donne de la densité à l’existence, elle nous renvoie à la merveille d’être vivant à chaque instant. A ce que la vie a de meilleur, de plus grand. Mais aussi à sa fragilité.

Mieux vaut apprivoiser la mort que de tenter d’en repousser les limites ?
G.R. : Je ne crois pas au mythe d’une société immortelle, ce serait affolant. Ne pas mesurer que la mort entre dans notre vie dès notre naissance, c’est n’être pas capable de vivre. L’erreur est de croire qu’elle est au bout du chemin. L’écrivain Sullivan disait qu’elle « prépare avec nous le café du matin ». Il faut en faire une compagne d’aventure pour donner plus d’intensité à notre vie de tous les jours et pas pour l’attrister, loin de là.

Et sur le plan philosophique, que faut-il penser de la mort et d’un après éventuel ?
G.R. : Je suis tenté de dire, pour paraphraser le grand mystique suisse Maurice Zundel, que si nous ne sommes pas vivants au moment de notre mort, nous ne le serons jamais. L’enjeu de l’au-delà nous renvoie à l’intensité de notre vie dans l’ici-bas. C’est pourquoi je trouve que ce qui sépare un croyant d’un incroyant est infime. Ça se joue dans l’instant. Dans l’intensité de la vie. Il y a parmi nous, vivant aujourd’hui, des gens qui ont déjà franchi le seuil, dont la générosité est telle que cela n’a plus aucun sens de parler de résurrection. La croyance en l’au-delà est vaine si elle n’a pas un effet sur l’aujourd’hui.

A plus de 65 ans, de quoi est faite votre « retraite » ?
G.R. : L’écriture est devenue une dominante. Un chemin très fondamental, par lequel il est possible d’empoigner toutes ces questions d’actualité autrement que par le travail pastoral et les conférences. Il crée une relation très profonde avec le public. Mon dernier livre, « Ceci est ton corps », m’a valu un courrier que j’ai mis plus d’un an et demi à dépouiller et ce n’est pas fini. C’est déterminant de voir à quel point l’écriture vous permet de toucher des gens qui vivent des choses très fortes et vous les confient. J’en tirerai un nouveau livre.

Lisez-moi avec humour, écrivez-vous, je ne suis pas toujours de mon avis… L’humour vous préserve-t-il de la gravité ?
G.R. : Le thème de notre saison de rencontres au Prieuré est précisément : « Humour et spiritualité ». Nous n’invitons que des humoristes ou des caricaturistes, dont Piem. Je l’ai rencontré alors que je venais de terminer mon livre sur les nécrologies. Je me dis c’est une chance folle, si j’avais une caricature de Piem pour la couverture… Je lui demande, il me répond : « Ma fille vient de mourir du sida ». Et finit par ajouter : « Peut-être n’en sortirai-je que si j’arrive à recaricaturer la mort ». Cela a donné naissance à un des plus beaux livres d’humour qui soit. Il s’intitule : « Au revoir et encore merci (G.R.)

 

 

 

yvanbalchoy13@gmail.com

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LOUANCHI 06/06/2013 08:59



lien vers http://www.dailymotion.com/video/xl0lyn_hocine-le-combat-d-une-vie_news


En 1975, quatre hommes cagoulés et armés pénètrent dans la mairie de
Saint Laurent des arbres, dans le département du Gard. Sous la menace de tout faire sauter à la dynamite, ils obtiennent après 24 heures de négociations la dissolution du camp de harkis proche du
village. A l'époque, depuis 13 ans, ce camp de Saint Maurice l'Ardoise, ceinturé de barbelés et de miradors, accueillait 1200 harkis et leurs familles. Une discipline militaire, des conditions
hygiéniques minimales, violence et répression, 40 malades mentaux qui errent désoeuvrés et l' isolement total de la société française. Sur les quatre membres du commando anonyme des cagoulés, un
seul aujourd'hui se décide à parler.


35 ans après Hocine raconte comment il a risqué sa vie pour faire raser
le camp de la honte. Nous sommes retournés avec lui sur les lieux, ce 14 juillet 2011. Anne Gromaire, Jean-Claude Honnorat.


Sur radio-alpes.net - Audio -France-Algérie : Le combat de
ma vie (2012-03-26 17:55:13) - Ecoutez: Hocine Louanchi
joint au téléphone...émotions et voile de censure levé ! Les Accords d'Evian n'effacent pas le passé, mais l'avenir pourra apaiser les blessures. (H.Louanchi)
Interview du 26 mars 2012 sur
radio-alpes.net