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Publié par BALCHOY


Enfin Dostoïevski assimile souvent, semble-t-il, liberté-autonomie à des expressions telles que "Byt sam saboï", "Byt po sebe", littéralement "être soi-même", "être soi-même sien" qu'on peut rapprocher des maximes chères aux idéalistes allemands, Shelling et Hegel : "Bei Sich sein", "Werde was Du bist".

Un texte clé souligne l'importance attachée par le romancier à cette expression. Dostoïevski entend persuader ses compatriotes, déchirés entre occidentalistes et slavophiles que le salut de la Russie ne pourra jaillir que de la fidélité de tous au génie national.

Les conceptions occidentales, y compris celle de la liberté,  ne peuvent répondre aux aspirations d'un coeur russe. Imiter l'étranger, c'est se rendre esclave de sa pensée. On ne peut découvrir la Vérité qui sauve que chez soi. Sans doute l'organisation sociale des nations européennes, solidement charpentées, provoque-t-elle l'envie de bien des russes , leur bévue ne s'explique que trop. Ne sont-ils pas moralement des déracinés ? Il faut leur répondre conformément à la vérité et à la raison du peuple russe que ne découvrent la vérité que ceux qui la cherchent en elle-même : la vraie liberté conduit l'homme à découvrir la vérité de son être d'abord, à s'ouvrir aux autres ensuite.

     -"La vérité (PRAVDA) n'est pas hors de toi, mais en toi-même. Trouve-toi en toi-même et tu verras la vérité (PRAVDA). Elle n'est pas dans les choses, cette vérité, ni hors de toi, ni quelque part au loin, mais avant tout dans le travail personnel que tu effectues sur toi-même. Si tu te vaincs, si tu trouves la paix et la tranquilité, tu deviendras libre comme jamais tu ne t'es imaginé l'être... Tu libéreras les autres et tu verras le bonheur, car tu comprendras enfin ton peuple et ta vérité." (1)

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(1) Journal d'un écrivain, août 1883 (éd. russe, tome III page 512-513) (éd. franc. page 623)
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Il est absolument nécessaire de devenir avant tout un vrai russe. L'universalité de l'esprit russe était un des lieux-communs des slavophiles. Ils en déduisent sa vocation de catalyseur de l'union sociale universelle (2)

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L'union soviétique dans un contexte apparemment contradictoire a défendu la Patrie comme ferment d'une humanité nouvelle.
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Pour que s'opère cette fusion si attendue de l'Orient et de l'Occident, il importe que la Russie soit elle-même. Chacun de ses habitants doit être russe avant tout, c'est à dire lui-même.
Alors seulement tout changera :

     -"Devenus nous-mêmes, nous aurons un visage humain et non une physionomie simiesque. Nous aurons l'air d'hommes libres et non de laquais."

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(2) André Suares, ouv. cité, page 76
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2) LA LIBERTE AUTOPERFECTION

La volonté d'être soi-même est primordiale puisqu'elle permet l'éclosion de la vraie liberté. Celle-ci ne devient effective qu'au terme d'un effort dynamique d'autoperfectionnement dont il est beaucoup question dans les oeuvres ultimes du romancier russe.

Pour être soi-même, il est indispensable de tendre à la maîtrise de soi et de son destin? (gospod svoevo ou svoeï soudby) (3)

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(3) "Je leur ai dit que j'étais le maître de mon propre destin et que, chez moi,  j'entendais que l'on m'obéît." (L'Idiot page 36)
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Mais il est un autre mot qui, bien que directement étranger à la notion de liberté, accompagne souvent chez Fédor Mikhaïlovitch l'idée de maîtrise de soi : "SAMOSOVERCHEENSTOVANE" (auto-accomplissement, autoperfection).

Un article sur l'esclavage et les causes qui ont amené sa disparition suggère que l'autoperfection dans l'esprit de l'amour chrétien est le facteur essentiel de la progressive transformation des institutions sociales au cours des premiers siècles de notre ère. Aussi est-ce une condition préalable à la liberté véritable. (4)

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(4) "Journal d'un écrivain", tome III, 1877, page 540 et 546 ainsi que page 215.
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Yvan Balchoy
balchoyyvan13@hotmail.com
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