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Publié par BALCHOY

24-09-18- LA JOLIE ROUSSE (APOLLINAIRE)



    Me voici devant tous un homme plein de sens
    Connaissant la vie et de la mort ce qu'un vivant peut connaître
    Ayant éprouvé les douleurs et les joies de l'amour
    Ayant su quelquefois imposer ses idées
    Connaissant plusieurs langages
    Ayant pas mal voyagé
    Ayant vu la guerre dans l'Artillerie et l'Infanterie
    Blessé à la tête trépané sous le chloroforme
    Ayant perdu ses meilleurs amis dans l'effroyable lutte
    Je sais d'ancien et de nouveau autant qu'un homme seul pourrait desdeux savoir
    Et sans m'inquiéter aujourd'hui de cette guerre
    Entre nous et pour nous mes amis
    Je juge cette longue querelle de la tradition et de l'invention
    De l'ordre et de l'Aventure

    Vous dont la bouche est faite à l'image de celle de Dieu
    Bouche qui est l'ordre même
    Soyez indulgents quand vous nous comparez
    À ceux qui furent la perfection de l'ordre
    Nous qui quêtons partout l'aventure

    Nous ne sommes pas vos ennemis
    Nous voulons vous donner de vastes et d'étranges domaines
    Où le mystère en fleurs s'offre à qui veut le cueillir
    Il y a là des feux nouveaux des couleurs jamais vues
    Mille phantasmes impondérables
    Auxquels il faut donner de la réalité
    Nous voulons explorer la bonté contrée énorme où tout se tait
    Il y a aussi le temps qu'on peut chasser ou faire revenir
    Pitié pour nous qui combattons toujours aux frontières
    De l'illimité et de l'avenir
    Pitié pour nos erreurs pitié pour nos péchés

    Voici que vient l'été la saison violente
    Et ma jeunesse est morte ainsi que le printemps
    Ô soleil c'est le temps de la Raison ardente
        Et j'attends
    Pour la suivre toujours la forme noble et douce
    Qu'elle prend afin que je l'aime seulement
    Elle vient et m'attire ainsi qu'un fer l'aimant
    Elle a l'aspect charmant
    D'une adorable rousse

    Ses cheveux sont d'or on dirait
    Un bel éclair qui durerait
    Ou ces flammes qui se pavanent
    Dans les roses-thé qui se fanent

    Mais riez riez de moi
    Hommes de partout surtout gens d'ici
    Car il y a tant de choses que je n'ose vous dire
    Tant de choses que vous ne me laisseriez pas dire
    Ayez pitié de moi

Guillaume Apollinaire(1880 - 1918)

  http://www.poesie.net/apol0.htm 

 

Stéphane Hessel récite un poème d'Apollinaire la jolie rousse

http://www.youtube.com/watch?v=XlOHgvFcypY

  yvanbalchoy13@gmail.com

   

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