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Publié par BALCHOY

LA GLOBALISATION DU MONDE PROCURE LE MEILLEUR MAIS AUSSI LE PIRE (FREDERIC LENOIR - REEDITION)

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Dialogue des cultures et des religions. Fès 2013

  Fès accueille la Conférence internationale pour le dialogue des cultures et des religions du 30 septembre au 2 octobre

Vous trouverez ici quelques extraits significatifs d'un entretien avec Fréderic Lenoir: «La globalisation du monde produit le meilleur, mais aussi le pire»
Pour prendre connaissance de la totalité de cet article référez-vous, svp à l'adresse mentionnée ci-dessus.
 

 

Frédéric Lenoir est un philosophe, sociologue et écrivain français, docteur de l'École des hautes études en sciences sociales où il est chercheur associé. Directeur de la rédaction du Monde des religions depuis 2004, il est l’auteur d'une quarantaine d'ouvrages traduits en vingt langues.


Le Matin : Alors que la mondialisation devait avoir pour effet d’unifier le monde, on assiste à une fragmentation, à un éclatement de ce monde avec une prolifération de conflits difficilement contrôlables. Dans son dernier ouvrage, «La fin des sociétés», le sociologue Alain Touraine parle de mutations et de déclin des institutions qui perdent leur sens… Partagez-vous cette analyse ?
Frédéric Lenoir : La globalisation du monde est obscure et produit des mouvements contradictoires qui ne sont pas lisibles. Ce que l’on observe en fait, ce sont deux mouvements contradictoires : d'un côté, on a le sentiment que nous vivons dans un monde où les gens perdent leurs repères, où le mélange des cultures se fait rapidement en héritant souvent du pire plutôt que du meilleur. Cela crée des tensions, des peurs et des replis identitaires, et des gens vont vers la religion dans un contexte de repli. Ce mouvement est souvent motivé par un réflexe de repli. La religion, c’est nos valeurs, nos racines contre cette globalisation trop rapide où l’on perd son identité et où l’on risque de se diluer. Ce phénomène vient en réaction à cette globalisation trop rapide qui crée des tensions, des malentendus, des sentiments de domination, parfois d’envahissement. On voit cela dans des pays musulmans, où face à l’occidentalisation, on se replie sur sa culture et sa religion qui sont les traits les plus forts de la tradition qui unit les individus depuis des millénaires.

Dans ce monde en mutation, nous avons de plus en plus besoin de repères. Il reste que ces replis créent des tensions...
Oui, on note ces mouvements de repli chez les musulmans et chez les catholiques. En Europe, l’importance de la visibilité de la communauté musulmane fait que beaucoup reviennent vers le catholicisme comme un repli identitaire et parfois contre l’Islam. On voit ces phénomènes réactionnels un peu partout. On observe aussi un autre mouvement, où les gens au contraire «sortent» de la religion institutionnelle.
En Europe, la religion est fortement atteinte comme institution et cela confirme le diagnostic d’Alain Touraine. prit critique par exemple par rapport aux livres révélés est plus fort et l’on pense qu’il y a des religions qui sont humaines liées à la géographie, à l’histoire politique... Cela n’empêche pas qu’il y ait un mystère de la vie, une profondeur de la vie… L’esprit critique s’exerce alors contre les autorités religieuses, contre l’autorité des religions, contre les dogmes... C’est le mouvement majoritaire en Occident. Les sondages en France ou en Europe révèlent par exemple que seuls 10% ont une pratique religieuse, alors qu’il y a 50 ans c’était exactement l’inverse !

À ce niveau, il y a une réelle prise de conscience chez le nouveau Pape ?
Le Pape a conscience de la lourdeur et du manque de crédibilité des institutions religieuses. Il veut alléger tout cela et remettre la religion sur la voie de la spiritualité pour donner du sens à la vie des gens, pour les engager à être dans le partage, la réconciliation et l’amour d’autrui.

Dans le mot religion, il y a le mot relier, ce qui relie, ce qui unit les gens. L’actualité est d’une telle violence que l’on se demande si aujourd’hui les religions ne divisent pas au lieu d’unir. Quelle est votre analyse sur ce point précis ?
Les religions relient dans une communauté particulière. Les religions ont joué un rôle fédérateur au sein d’un peuple, d’une culture et d’une civilisation. ... Mais si la religion crée des liens au sein d’une même culture, elle crée des clivages, de la violence, des conflits avec ceux qui ne partagent pas ces mêmes croyances ou rituels. Si la religion crée du lien social au sein d’une même communauté, elle peut créer de la violence par rapport aux autres groupes humains. Dans le cadre de la globalisation, le phénomène s’accentue et c’est ce que l’on voit avec l’émergence des différents fanatismes du djihadisme, mais aussi de l'extrême droite, des sectes chrétiennes, comme ce Norvégien qui a tué 96 personnes.

La méconnaissance de l’autre, source de violence

La religion devient comme la langue d’Ésope, on peut en attendre le pire, mais aussi le meilleur ?
Dans l’histoire de l’humanité, les religions ont apporté le meilleur avec une morale universelle que l’on retrouve dans toutes les cultures qui enseignent à ne pas voler, à ne pas tuer, à respecter son prochain, et qui a eu un rôle civilisateur. Cette morale a permis de sortir de la barbarie, d’accomplir des progrès dans la connaissance, dans la morale, tout en aidant les gens à vivre. La religion a aussi malheureusement apporté le pire, car elle secrète facilement à cause de cette dimension identitaire et politique du fanatisme, de la peur et du rejet d’autrui. Dans leur fondement, les religions n’appellent jamais au meurtre, mais elles peuvent rapidement dériver dans les conflits identitaires.

La conférence de Fès sur le dialogue des cultures et des religions s’est fixé des objectifs très ambitieux, à savoir «contribuer au dialogue apaisé des acteurs concernés dans la voie de la consolidation et des droits des peuples et de leurs nations, mobiliser les personnalités éminentes au service du dialogue interculturel et interreligieux». Selon vous, comment pourrait-on promouvoir cette culture de dialogue dans un monde en recomposition ?
L’une des choses qui apportent le plus de violence, c’est la méconnaissance de l’autre, la peur de l’autre. L’une des choses qui pourraient être utiles, c’est apprendre à se connaitre. En France, il y a des écoles que fréquentent des enfants chrétiens, juifs et musulmans. Ils apprennent à jouer ensemble, à travailler ensemble, ils s’invitent aux anniversaires et découvrent comment les uns et les autres vivent. Cela crée dès l’enfance des liens et l’éducation reçue permet de connaitre la différence des autres. Il faudrait que dans les pays musulmans on puisse enseigner ce que c’est que le christianisme au lieu de n’enseigner que les croisades. Accepter l’autre, cela s’acquiert dès l’enfance.

Il y a aussi le rôle des médias...
Il y a des médias où l’on met l’accent sur la pédagogie, d’autres médias mettent l’accent sur le sensationnel, sur ce qui prête à la polémique. ...
Cela crée de la haine, du ressentiment et on se demande à quoi tout cela peut servir.
Il faut avoir un esprit de responsabilité individuelle et collective et éviter de blesser inutilement les gens. Car c’est cela qui nourrit les extrémismes, c’est-à-dire les djihadistes, les convertis à l’Islam qui sont souvent plus radicaux que les musulmans traditionnels. ...Le radicalisme est en Europe, le fait de jeunes convertis qui ne connaissent pas l’Islam et qui prennent à la lettre le côté le plus fondamentaliste.

Régis Debray, parlant de vous, évoquait «le passeur». Avant de devenir ce que vous êtes, il faut rappeler qu’à 20 ans, vous aviez passé plusieurs mois dans une léproserie, en Inde, pour soigner des lépreux. C’est une expérience qui marque à jamais ?
Cela nous ramène aux choses essentielles. Passer ces mois dans une léproserie et dans un mouroir, cela redonne le sens des vraies valeurs. Revenir ensuite à Paris et voir des gens qui ne manquent de rien, mais qui sont tristes dans le métro, cela donne à réfléchir, alors qu’en Inde, malgré une très grande misère, les gens sont heureux. Cela remet en place les valeurs et vous montre que le bonheur ou le malheur ne sont pas liés aux biens matériels. Ce n’est pas déterminant. Ce qui est déterminant, ce sont d’abord les relations affectives, la qualité des relations que nous avons les uns avec les autres. C’est le travail, c’est la santé, c’est ce qui donne un sens à notre vie. J’ai longuement fréquenté l’abbé Pierre et cette relation m’a beaucoup apporté et m'a appris à aimer mon prochain. Je retrouve ces mêmes valeurs chez le Pape qui appelle à être près des pauvres, qui va à Lampedusa visiter les migrants qui, dit-il, vivent des drames humanitaires et qu’il faut accueillir. Le pape qui a appelé au dialogue islamo-chrétien rappelle que les vraies valeurs, c’est l’accueil que l’on fait aux démunis, à la veuve et à l’orphelin, comme cela est écrit dans le Coran et dans la Bible. n
Publié le : 29 Septembre 2013 - LE MATIN


yvanbalchoy13@gmail.com

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