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Publié par BALCHOY


 
Voici le pays blanc des dunes
Que les siècles ont ravagé:
Pâles soleils et mornes lunes,
Sommets fendus, sablons mangés,
Montagnes mortes, une à une.
 
Le ciel, la mer et leur ceinture d'ouragans!
Ô vous, les vents qui accourez du bout des mondes,
Les vents, les vents hurleurs, les vents sifflants,
Portant la grêle dans vos frondes!
Depuis longtemps sont morts l'été, l'automne;
Octobre est loin, avec sa brume monotone,
Avec son deuil de pourpre et de silence;
Et maintenant, voici,
Voici l'hiver, l'hiver sauvage et sans merci,
Et les mois noirs qui recommencent.
 
Les villages souffrent là-bas,
Les toits ployés sous la tempête,
Pauvres, tristes, serrés par tas,
Comme des bêtes;
D'une mince lueur, le soir se fend;
La meute entière des nuées
Hurle vers l'ombre -et seule une cloche remuée
Sanglote encor, avec des cris d'enfant.

Et sur la plage où se querellent
Les vents, de loin en loin, à l'infini,
Traînent, en bandes parallèles,
Les défilés des sables gris;
Les oiseaux fuient, la grève est vide;
Le navire se fond dans l'étendue humide:
Tous les grands deuils semblent marcher
De lieue en lieue, avec la mer.
 
Montagnes mortes une à une,
Oh! Comme au loin le vieil hiver du Nord,
Quoique mortes, vous tue et vous lacère encor!
Et comme entre vos flancs et vos crêtes de sable
Plongent, partout, ses dents insaisissables!
 
L'herbe rare et les oyats
Sont arrachés, et l'on dirait des chevelures
Larges et volantes, là-bas;
La bise est à la fois gel et brûlure;
On écoute passer d'énormes coups de faux
Tombant, comme des vols, d'en haut,
Et s'enfonçant dans les os de la terre;
Un ronflement constant de force solitaire
Dont personne, sinon la mer, n'est le témoin,
Toujours plus sourd et plus lourd épouvante les loins;
 
Des pans entiers de sable croulent;
Des caps et des sommets sont rasés par les houles;
Des tourbillons creusent des entonnoirs;
Le soir
Resserre, en un faisceau, ces angoisses funèbres;
Des cassements se font entendre, on ne sait d'où,
Si longs et si profonds qu'on croit que les ténèbres
Luttent et s'entre-mordent, tout à coup.
 
Et c'est le pays blanc des dunes
Que les siècles ont ravagé;
Pâles soleils et mornes lunes
Sommets fendus, sablons mangés
Montagnes mortes, une à une.





http://www.poesies.net/emileverhaerentoutelaflandre.txt

 

 

 

yvanbalchoy13@gmail.com

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