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Publié par BALCHOY

Après la critique radicale de Marx, puis de Nietzsche et de Freud, quelle « bonne nouvelle » la foi chrétienne peut-elle apporter à un athée de la fin du X X e siècle ? Quel projet historique commun pouvons nous concevoir et réaliser ensemble ?

 Je vous livre ici quelques passages clés de cet article  que vous trouverez à l'adresse suivante  (Blog consacré à l'oeuvre de Roger Garaudy) :

 

  http://rogergaraudy.blogspot.be/2013/06/la-foi-soupconnee.html

 

   (Semaine des intellectuels catholiques 1971 - Desclée de Brouwer)

La critique de Marx est la première critique radicale. Jusque-là des
théologies sans dieu étaient opposées aux théologies traditionnelles, des
métaphysiques, conscientes ou inconscientes, à d'autres métaphysiques
se disant religieuses. Le matérialisme français du X V I I I e siècle, après
l'empirisme anglais, et avant les platitudes positivistes, nous fournit
l'exemple de ce genre de critique de la religion, considérant la religion
et la foi seulement comme une conception du monde et opposant une
idéologie à une idéologie...
 
Il n'y a pas la moindre trace, chez Marx, d'argumentation métaphysique
contre la religion. « Etre radical, nous dit-il, c'est prendre les choses
par la racine. Et la racine, c'est l'homme. »...
L'homme ce n'est pas l'idée de l'homme, c'est d'abord le projet de
l'homme. La critique de Marx, pour la première fois, n'aborde pas la religioncomme une idéologie mais comme un projet humain.
En outre, la critique de la religion n'est pas le point de départ de la
pensée de Marx. Le point de départ de la pensée de Marx n'est pas une
négation, mais au contraire une affirmation : l'affirmation du projet d'un
humanisme prométhéen, qui apparaît dès sa thèse de doctorat, qui s'affirme
dans les Manuscrits de 1844, où i l considère que le premier mérite
de la Phénoménologie d e l'Esprit de Hegel c'est d'avoir montré que
l'homme est le produit de son propre travail, que l'histoire n'est que la
création continuée de l'homme par lui-même, et qui s'épanouit dans
l e Capital....

la religion peut être, écrit Marx2 , tantôt e x p r e s s i o n de la
détresse de l'homme, tantôt p r o t e s t a t i o n contre elle. Parfois même les
deux à la fois. Peut-être est-ce là la première formulation de ce que Paul
Ricoeur appelle l'interprétation archéologique et l'interprétation téléologique....
En tout cas i l n'y a jamais chez Marx une genèse du supérieur
à partir de l'inférieur....
Comme « protestation » , la religion ne saurait être opium, mais, dans
des conditions historiques déterminées, levain ou ferment de l'action
révolutionnaire.

Selon Marx, c'est seulement à partir de la fin du X V I I I 9 siècle que le
christianisme n'anime plus aucune force progressive, et que sa tradition
dominante, désormais exclusive, est celle de la justification de toutes les
dominations. Désormais le christianisme est essentiellement aliénant...

La critique de Nietzsche, dans sa généalogie de l'a priori, enrichit celle
de Marx sur un point au moins ; en l'enracinant dans le vécu de l'existence
personnelle....

Un homme parvenu à une mentalité adulte, responsable, exclut l'hypo-
.thèse métaphysique et l'intervention surnaturelle. Il n'a plus besoin de
Dieu comme explication, ni de Dieu comme force, i l n'a plus besoin
surtout des vieux dualismes grecs si profondément étrangers à l'expérience
chrétienne, et de ce « platonisme pour le peuple », comme disait Nietzsche,
qui résume toutes les perversions spiritualistes du christianisme....

Freud a apporté une contribution beaucoup plus riche et profonde
à cette critique, moins par sa critique propre que par les suggestions
positives de son système....

La conception générale de Freud apporte beaucoup plus à ce que
Paul Ricoeur appelle la critique de « l'existence sous la loi », inaugurée
par saint Paul, continuée par Luther et Kierkegaard, et reprise par
Nietzsche : elle met fin à l'opposition de l'« éros » et de l'« agapè », elle
met en cause tous les dualismes mortels de la tradition chrétienne....

Si nous faisons maintenant le bilan de cette critique radicale depuis
Marx, l'on peut se demander si, loin de détruire la foi, elle ne l'a pas
débarrassée de ses scories et n'a pas créé les conditions d'une vie nouvelle....

Je ne pense pas qu'il y ait deux communautés. C'est mal poser le
problème. Il n'y a pas les chrétiens ici et les marxistes là. Il y a une
seule communauté affrontée aux mêmes problèmes : de la lutte contre
un capitalisme qui est dégradant pour tous, d'un socialisme dont nous
connaissons les perversions (et, par conséquent, d'un système qui n'est
pas la seule réponse possible aux contradictions du capitalisme). L a pire
erreur serait d'identifier simplement le socialisme avec la socialisation
des moyens de production et pire encore avec leur étatisation. Marx ne
définissait pas ainsi le marxisme ; i l le définissait comme un système
dans lequel chaque enfant qui porte en lui le génie d'un Mozart ou d'un
Descartes pourrait le déployer pleinement....

Le temps n'est plus où nous disions : vous êtes là, vous les chrétiens, nous
les marxistes nous sommes là ; est-ce qu'il est possible de discuter
ensemble et de faire quelque chose ensemble ? Il faut inverser les termes
de la question. Nous sommes affrontés à des problèmes qui nous sont
communs, voyons comment nous pouvons chacun apporter quelque chose
pour les résoudre. Vous me dites : est-ce que ce socialisme que vous rêvez
ne nous obligera pas à accepter les principes d'une certaine politique ? Je
ne parle ni du dehors ni du dedans du Parti Communiste. Pas du dedans
puisque j'en suis exclu, ni du dehors non plus parce que d'en être exclu
ne m'en a fait perdre ni les visées, ni l'espérance, ni la solidarité. Le
socialisme que nous voulons faire — et je voudrais parler avec autant de
responsabilité que du temps où j'étais l'un des dirigeants de ce parti —
ne sera pas seulement ce que les communistes veulent en faire. Il portera
l'empreinte de tous ceux qui auront participé à le construire...

Oui, il nous est possible de construire une véritable démocratie socialiste, à condition que nous la construisions ensemble. C'est l'une des conditions essentielles de la reconquête de l'espoir.

Roger Garaudy

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