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Publié par BALCHOY

  

  -"Il est vrai, déclare l'homme souterrain que l'homme ne s'occupe que de la recherche de ces "deux et deux font quatre" (1) ; il traverse des océans, il risque sa vie à leur poursuite ; mais quant à les trouver, quant à les saisir réellement - je vous jure qu'il en a peur, car il se rend compte que dès qu'il aura terminé, il n'aura plus rien à faire. Lorsqu'ils ont terminé leur travail, les ouvriers, la paie reçue, s'en vont au cabaret puis achèvent leur nuit au bloc. Tandis que l'Homme que deviendra-t-il ? En tout cas, on observe constamment en lui une certaine gêne chaque fois qu'il atteint un de ses buts. Il tient à se rapprocher du but, mais lorsqu'il l'atteint, il n'est plus très satisfait." (2)

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(1) Symbole des réalités soumises au déterminisme universel.
(2) Le "Sous-sol", page 713
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Seuls les pauvres "humuncules" que sont les ouvriers pour l'orgueilleux locataire souterrain,  peuvent se contenter d'un présent misérable. Les hommes dignes de ce nom passent leur vie à lutter pour des buts qui perdent toute valeur une fois qu'on les atteint et qu'on les "réalise" au plan terrestre.

L'évolution personnelle du grand romancier, séduit de plus en plus par la vision chrétienne du monde, l'oblige a réfléchir sur le singulier enseignement de Saint Paul concernant l'esclavage et la liberté.

Reconnaissant désormais sans restriction l'Evangile, il modifie ses convictions anciennes.

Il est possible tout en restant socialement un esclave de goûter à la vraie liberté. On peut-être enchaîné et jouir d'une liberté bien plus vraie et complète que celle de ses geôliers.

Dans les "carnets des démons", très nombreuses sont les allusions aux idées de Paul. Il s'agit d'extraits de dialogues, souvent schématisés,  dans lesquels un interlocuteur s'efforce de convaincre son vis à vis, tout à fait opposé aux idées de l'Apôtre.

Ce conflit n'est sans doute que l'écho de celui que vivait intérieurement Fédor Mikhaïlovitch qui mit beaucoup de temps à admettre sans restriction ce paradoxe chrétien.

Rapportant les idées de Chatov face à "Gradowski", qui deviendra dans le texte définitif "Stépane Trophimovitch", Dostoïevski écrit laconiquement selon son habitude dans ses carnets :

     -"Que l'esclave (est) aussi comme un homme libre (Apôtre Paul) (3)"

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(3) "Carnet des démons", page 866
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Yvan Balchoy
yvanbalchoy13@gmail.com
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