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Publié par BALCHOY

Dostoïevski n'était pas hostile à toute forme de contrainte,  par caprice ou goût morbide de l'irrationnel comme tel ; que de combats il mena, sa vie durant, pour convaincre ses compatriotes de la nécessité de consentir au réel sous toutes ses formes, (1) mais cette volonté si

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(1) Le thème hégélien de la "réconciliation avec le réel" (Versöhnung mit der Wirklichkeit) fut adopté avec enthousiasme par de nombreux penseurs russes. Elle poussa des révolutionnaires tels que Bakounine et Biélinsky (sauf à la fin de sa vie) à rivaliser dans leur glorification de l'état russe avec les réactionnaires les plus impénitents. En cela, ils s'opposaient aux disciples de Shelling qui, croyant à l'avenir et condamnant le présent, se faisaient les apologistes du peuple et rejetaient l'état. Dostoïevski, influencé tout à la fois par les thèses de Biélinsky et la philosophie idéaliste de Shelling, les synthétisa en voyant dans le "retour au peuple" la forme supérieure du consentement au réel. Pour cette étape de la pensée russe, cf. A. KOYRE, ouv.cité, page 126-157 et 161 en particulier (consentement au réel).
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complexe, est la base nécessaire sur laquelle doit d'édifier l'authentique liberté. Devant tout ce qui risquait de diminuer le champ d'action de cette volonté, pressions psychologiques ou externes, l'écrivain se sentait d'instinct mal à l'aise. Priver quelqu'un de la possibilité matérielle de "faire le mal" d'une façon préventive, ne lui plaisait nullement.

En limitant en effet ainsi les possibilité du bien et de la maîtrise de soi chez un malfaiteur en puissance, on limite du même coup ses possibilités d'épanouissement personnel. (2)

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(2) Si Dostoïevski était adversaire de toute contrainte préventive, il ne partageait pas pour autant les conceptions de Tolstoï. Il rappelle souvent la nécessité d'expier durement le mal commis, puisqu'on en est responsable.
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Est-ce dire que la liberté véritable est inconciliable avec la contrainte?
Longtemps, semble-t-il,  l'écrivain le pensa, convaincu que la liberté ne consiste pas tant à posséder le bien qu'on désire qu'à n'être limité par rien et à garder constamment le pouvoir de refuser, fût-ce le plus grand des bonheurs.

     -"Faites une expérience, bâtissez un palais. Ornez-le de marbre, jetez-y des tableaux, des dorures, des oiseaux de paradis, des jardins suspendus, tout ce que vous voudrez ; entrez-y maintenant. Peut-être ne voudrez-vous jamais en sortir, peut-être n'en sortirez-vous jamais.
Dans ce palais, tout est réussi et lorsqu'on possède tout ce qui constitue le bonheur, on ne cherche plus le bonheur.
Soudain une bagatelle, on entoure le château d'une palissade et l'on vous dit : tout cela est à toi, jouis-en à ta guise, mais il t'est défendu de franchir cette enceinte. A ce moment, soyez-en sûrs, vous voudrez laisser votre paradis, franchir la palissade. Ce luxe avivera même vos souffrances, vous souffrirez à cause de lui. Oui, il manque une chose, la liberté." (3)

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(3) Suppléments non publiés de "Souvenirs d ela Maison des morts" page 212-213.
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(à suivre)

Yvan Balchoy
yvanbalchoy13@gmail.com
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