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Publié par BALCHOY

 

 

Ainsi la progression du mal se réalise à l’inverse de l’amour qui vise le « dépassement du moi » dans la communauté salvifique du « nous ». L’analyse de Dostoïevski se révèle plus lucide encore dans la suite du récit, lorsqu'il évoque la fondation des religions à partir des aspirations de leur cœur blessé :

 

     -« Ils n’eurent plus qu’un vague souvenir de ce qu’ils avaient perdu, ils ne voulaient pas croire qu’ils avaient été jamais innocents et heureux. Ils ne cessaient pas de railler l’impossibilité de leur ancien bonheur qu’ils nommaient un songe. Ils ne pouvaient même plus se le représenter sous des formes sensibles ou imagées et pourtant – chose étrange et merveilleuse – tout en ayant perdu la Foi en leur ancien bonheur, tout en le nommant un conte de nourrice, si grands étaient leurs désirs de reconquérir l’innocence et le bonheur qu’ils s’agenouillèrent devant les désirs de leur cœur (2), déifièrent cette envie, bâtirent des temples et adressèrent des prières à leur « IDEE », à leurs désirs, tout en le sachant à jamais irréalisable, mais sans cesser de l’adorer avec prière et larmes. ».  (3)

 

(2) On peut rapprocher l’idée évoquée ici à propos de la fondation des religions de la pensée de Karl Barth et même de Calvin qui a écrit que « l’esprit de l’homme est une boutique perpétuelle et de tout temps pour forger idoles. » (Calvin, instit. I)

(3) « Journal d’un écrivain : « Songe d’un homme ridicule », avril 1877, page 526.

 

 Ce singulier tableau exprime bien la déchéance d’une humanité marquée par le mal. (4)

 

(4) On trouve une description analogue de l’introduction du mal dans le monde à la fin de « Crime et châtiment » : « De minuscules trichines microscopiques  d’une espèce inconnue jusque là, douées d’intelligence et de volonté s’introduisirent dans l’organisme humain. Ceux qui en étaient affectés devenaient à l’instant déséquilibrés et fous, chacun d’entre eux, se croyant seul à posséder la vérité. » (Crime et Châtiment, page 609)

 

La voilà, cette humanité, coupée de Dieu, privée de la joie paradisiaque et aspirant à un supplément de vie.

 

Ainsi l’homme d’aujourd’hui continue à aspirer à la joie originelle sans pouvoir satisfaire ce désir, d’où la tentation de refuser le monde spirituel, source pour eux de tant de tourment.

 

Dans les « Carnets des Démons », Dostoïevski constatait déjà « que l’incroyance est peut-être dans la nature (PRIRODA) de l’homme précisément parce qu’il met l’intelligence par-dessus tout, comme l’intelligence n’est propre qu’à l’organisme humain, il ne comprend pas et n’admet pas la vie sous un autre aspect, c'est-à-dire dans l’autre monde et ne croit pas qu’elle puisse être supérieure.

 

D’un autre côté, le sentiment du désespoir et de la malédiction est naturellement propre à l’homme, car l’intelligence de l’homme est constituée de telle sorte qu’elle n’a pas confiance en soi, ne se satisfait pas de soi-même. Aussi l’homme est-il amené à considérer son existence comme insuffisante : de là le besoin de foi dans la vie future. (5)

 

(5) « Carnet des Démons », page 958.

 

 

 

Yvan Balchoy

yvanbalchoy13@gmail.com

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