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Publié par BALCHOY

 

 

La seconde solution est l’antithèse de la première, puisqu’au nom de la liberté elle mène à l’anarchie. On retrouve parmi ses partisans les théoriciens de la liberté absolue, indépendants de tout critère.

 

Cet attachement irraisonnable à une liberté débridée est au fond une réaction contre les oppressions passées. Ils prétendent maintenir intacte leur libre volonté en ne suivant comme critère ultime que leur caprice personnel. Au fond de leur cœur, ils refusent tout engagement. Une société, où une telle attitude individualiste serait généralisée, serait-elle vraiment fondée sur la liberté et ses membres y trouveraient-ils leur bonheur personnel ?

 

La somme des égocentrismes qui y régneraient en ferait plutôt un lieu de conflits incessants.

 

Pour trouver un terrain commun où tous pourraient se sentir à leur aise, il faut dépasser le « moi » égoïste et individuel pour viser l’Homme universel incarné par le Christ.

 

Or les anarchistes s’attachent à l’individu, se voulant supérieurs à tout prix à cette forme d’universalisme abstrait et impersonnel, qui brime si souvent l’individu. Mais leur attitude démontre en fait l’exactitude des suppositions de Chigaliev, qui, partant de la liberté illimitée aboutit au despotisme illimité. (1)

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(1) « Les Démons », page 425

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Ce paradoxe s’explique aisément. En rejetant la dimension personnelle universelle qui régit tout être libre, l’homme se détache de sa propre nature ; c'est-à-dire de sa propre personnalité individuelle et communautaire, pour vivre « à part ». Mais tout cela ne conduit qu’au néant, ainsi que le révèle cet extrait significatif des « Carnets des Démons », où est décrit le prince Stravroguine :

 

-« Le prince sait être LUI-MEME, c'est-à-dire s’écarter et des aristocrates et des occidentalistes et des nihilistes et de Goloubov. » (2)

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(1) Goloubov symbolise sans doute ici l’orthodoxie. C’était en réalité un disciple de Paul dit le Prussien, écrivain ecclésiastique, attaché à la secte des « vieux croyants », qui se rallia en 1868 avec lui à l’Eglise officielle. Cf. les notes de l’édition Pléiade : « Les Démons », page 1318.

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     -« Mais reste encore la question : qu’est-il lui-même ? Il se répond :rien … Etre une nature élevée et être rien ne le satisfait pas et le tourmente. Il ne trouve en lui-même aucune base et s’ennuie. (2)

(2) « Carnet des Démons, page 816.

 

Quel abîme entre « cet être soi-même » qui confine au néant et la vraie liberté de celui qui se donne à ses frères dans l’amour ! Faute de point d’appui, la libre volonté se vide de toute signification devant la multiplicité des options qui se présentent à elle. On a vu qu’au plan individuel cette nécessité se caractérisait par la perte de tout sens des valeurs morales. (3)

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(3) Cf. cette étude, page…

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Au niveau des relations sociales, cette perte impliquera l’incapacité d’aimer. Revenons encore ici au cas de Stravroguine. Quelques lignes plus bas que notre dernière citation, Dostoïevski ajoute :

 

     -« Chatov lui démontre qu’il n’est pas même capable d’aimer, car il est un homme« en général », or seuls les nommes nationaux sont capables d’aimer. » (4)

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(4) La citation est précédée d’une phrase mystérieuse : « Quand la belle le trahit, il ne trouve en lui la force de supporter l’abandon et soudain s’étonne qu’il n’a même pas besoin de force (mais seulement un orgueil blessé, or il est au-dessus de cela.) car il n’aimait pas. » (Carnet des Démons, page 816)

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Le prince n’éprouve aucune privation à ne pas connaître l’amour ; c’est que, n’en ressentant pas le besoin, il en est incapable le. Tikhone lui rappelle un jour que l’amour ne se fait pas pour quelque chose mais « comme ça ». Il possède en lui-même se propre récompense et attire irrésistiblement, car il est essentiellement harmonie. (5)


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(5) « Carnet des démons », page 1041.

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Yvan Balchoy

yvanbalchoy13@gmail.com

http://poete-action.ultim-blog.com

 

 

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