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Publié par BALCHOY

 

 

On comprend dès lors l’hostilité de Dostoïevski aux conceptions occidentales qui contredisent la vocation de son pays. Dans le « Journal d’un écrivain », il adjure ses compatriotes de se mettre résolument au service de leur vocation nationale en faisant taire leurs querelles et en restant sourds à toutes les séductions venues du dehors qui risquent de les couper de leur peuple.

 

Le déracinement national est une maladie qui n’affecte pas seulement la société comme telle ; il se répercute au plan familial et au plan individuel. On a vu plus haut les relations étroites qu’il entretient avec la crise de dépersonnalisation. Les grands « désintégrés » de Dostoïevski, ses grands athées sont aussi en rupture avec leur peuple.

 

Parlant des « Démons » qu’il était en train de composer, il écrit : « Celui qui perd son peuple et sa nationalité perd aussi la foi de ses pères,  de Dieu ! Si vous voulez le savoir, c’est précisément le sujet de mon roman. »

 

En fait les exemples de « déracinement » abondent en cet ouvrage. A la veille de son suicide, Stavroguine écrit ces mots, combien révélateurs du vide qui l’habite :

 

     -« L’an dernier, comme Herzen, je suis devenu citoyen du canton d’Uri ; je pars tout simplement ? Je n’ai pas choisi exprès ce morne endroit. Je n’ai aucun lien avec la Russie : tout m’est étranger ici comme partout du reste. Il est vrai que je n’aimerais pas y vivre, encore moins qu’ailleurs. » (1)

 

« Les démons », page 703 ; c’est dans ce contexte qu’il faut, à mon avis, interpréter le conseil donné par Chatov à cet éternel étranger : « Baisez la terre, abreuvez-la de vos larmes, demandez pardon… Vous êtes athée, parce que vous êtes un aristocrate, un seigneur, le dernier des seigneurs… vous avez cessé de comprendre votre peuple. » « Les démons », page 270. Cf. cependant également la note (1) page… concernant l’extase d’Aliocha ;

 

 

Dans les « Carnets des démons », l’écrivain s’étend quelque peu sur les conséquences de cette aliénation. A Tikhone qui lui dit carrément : « Pas de sol, éducation étrangère. Aime le peuple, aime jusqu’à l’enthousiasme », le prince répond : « j’aime aussi ce qui est étranger, j’aime la science, l’art » et l’évêque de l’interrompre en enchaînant : « … comme un invité, mais pas comme un maître chez soi (2)

 

« Carnet des démons », page 1041

 

 

 

 

Yvan Balchoy

yvanbalchoy13@gmail.com

http://poete-action.ultim-blog.com

 

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