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Publié par BALCHOY

 

Même quand Dostoïevski décrit l’état d’âme intérieur d’une femme, il se cantonne souvent à un niveau relativement externe, celui qu’on pourrait appeler « l’objectivité de la vie subjective. »

 

La plupart du temps, il n’existe pas vraiment d’égalité psychologique entre l’homme et la femme chez lui. Or, sans cette égalité, comment la notion de couple peut-elle subsister ?

 

Apparemment, Rodion Raskolnikov et Sonia échappent à cette carence, mais n’est-ce pas l’exception qui confirme la règle ?

 

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, l’amour de la jeune « prostituée » et du jeune homme criminel est d’une chasteté si élevée qu’il paraît désincarné. Or, il semble bien, que le pessimiste de Fédor Mikhaïlovitch à propos de l’amour, soit du à l’impossibilité de réaliser la rencontre personnelle parfaite par la médiation de l’union sexuelle.

 

Même si l’écrivain ne s’est pas prononcé clairement sur la nature exacte des relations entre ces deux personnages de « Crime et Châtiment », elles s’apparentent plutôt, semble-t-il, à ces relations fraternelles auxquelles il attachait tant de valeur y voyant une dominante essentielle de l’eschatologie chrétienne. (1)


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(1) On trouve cependant un tableau charmant de la vie en famille dans le « Sous-sol » ; le locataire souterrain dépeint à la jeune prostituée le bonheur dont elle est privée, mais croit-il vraiment aux belles paroles qu’il débite à la jeune fille ? Cf. « Le sous-sol », page 769.

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L’attitude de Dostoïevski face à l’amour et à la famille est plus complexe encore que ne le laissent supposer les données développées jusqu’ici. Le « Carnet de Macha » permet de se faire une idée plus précise des contradictions qui s’agitent en lui. Le romancier, qui vient de perdre sa femme, réfléchit à l’idéal final de l’humanité, tel que le Christ l’a révélé. On n’en connaît, note-t-il qu’un seul trait, mais combien significatif : « Ils ne prennent pas femme et ne convoitent pas. » Ce serait inutile, car, le but atteint, à quoi bon encore évaluer ? Il doit pourtant reconnaître que dans le présent, la famille est ce qu’il y a de plus sacré pour l’homme ici-bas, car elle répond à une loi naturelle. La famille est un commencement pratique de l’amour. Dieu nous a donné des parents pour qu’on puisse apprendre à aimer. C’est par la famille que l’amour d’universalise aux dimensions de l’humanité. (2)

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(2) Cf. BOHATEC :Der Imperialismusgedanke und die Lebensphilosophie Dostoyewski, 1961, Köln, page 230 et les « Carnets des Frères Karamazov », page 884 : « La famille, comme fondement pratique de l’amour, la famille s’élargit : entrent aussi les non-parents, le comportement d’un nouvel organisme s’élabore.

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( à suivre) 

 

 

 

  Yvan Balchoy

   yvanbalchoy13@gmail.com

           http://poete-action.ultim-blog.com

 

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