Partager l'article ! "ETRE LIBRE CE N'EST PAS CHOISIR A TOUT VENT, C'EST ETRE SOI-MEME (LA LIBERTE DANS L'OEUVRE DE DOSTOÏEVSKI - 106): Sa dignité d'autrefois (du&n ...
Sa dignité d'autrefois (du candidat surhomme) s'efface devant les impulsions capricieuses d'une
volonté devenue impuissante à force de négation. C'est un point de rapprochement évident avec le monde démoniaque d'autant plus inquiétant que la dualité psychologique et morale évoquée plus
haut, se réalise souvent dans un contexte satanique ; s'agit-il d'une simple hallucination e ou d'une réelle possession ?
Le texte de Dostoïevski donne l'impression d'une ambiguïté voulue, destinée à empêcher le lecteur de trancher d'une façon ou de l'autre. N'a-t-il pas raison ? L'emprise du "Maître de ce monde"
sur la vie humaine est à la fois idée et réalité, subjectivité et objectivité, intériorité et extériorité. (1)
-------------------------------------------
(1) Ce flou, voulu et entretenu savamment par l'auteur, apparaît bien dans ce dialogue pathétique entre Yvan Karamazov et son double diabolique : "La violence avec laquelle tu me nies, dit
Satan, m'assure que malgré tout tu crois en moi. - Pas du tout, je n'y crois pas pour un centième - mais bien pour un milième. Non, je le voudrais
bien croire en toi...- Hé, voilà un aveu. Mais je suis bon, je vais t'aider. C'est moi qui te tiens ! Je t'ai conté à dessein cette anecdote pour te détromper définitivement à mon égard. -
Tu mens, le but de ton apparition est de me convaincre de ton existence.- Précisément, mais les hésitations, l'inquiétude, le conflit de la foi et du doute constituent parfois une
telle souffrance pour un homme sensible comme toi, que mieux vaut se perdre. Sachant que tu crois un peu, je t'ai raconté cette anecdote pour te livrer définitivement au doute.Je te mène entre la foi et l'incroyance alternativement, non sans but. C'est une nouvelle méthode. Je te connais ; quand tu cesseras tout à fait de croire en
moi tu te mettras à t'assurer que je ne suis pas un rêve, mais que j'existe vraiment, alors mon but sera atteint." (Les Frères Karamazov, page
674-675)
-------------------------------------------------------
Dans la perspective de notre auteur, Satan est en effet l'être le plus dépourvu de personnalité au sens positif de ce terme. Nul n'est plus ancré dans sa propre négation, nul n'est plus assoiffé
de vide que celui qui se proclame orgueilleusement le "Prince de ce monde", mais ne règne en vérité sur sur le néant. Entre le "moi" spontané du pauvre révolté et le "moi" de Satan existe une
telle similitude que le terme "possession" n'est pas excessif.
L'aspiration au néant, la soif d'auto-destruction qui caractérise le "révolté" se rythme et s'articule sur la révolte satanique qui mène au suicide et à la folie. (1)
---------------------------------------------
(1) Rappelons ici la comparaison esquissée avec Bernanos, en cette étude, page, à propos du rapport en Satan et les damnés.
-------------------------------------------------
(à suivre)
Yvan Balchoy
yvanbalchoy13@gmail.com
http://poete-action.ultim-blog.com