Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Catégories

Archives

Publié par BALCHOY

Rien par contre n'est plus antagoniste de la liberté que cette "nécessité" qui rend impossible le refus d'une "évidence" ou qui écrase le "moi" sous le poids du hasard ou du destin. Aucun danger n'est plus grand pour l'homme libre que la perte de sa liberté intérieure. Malheur fréquent hélas qui survient chaque fois que la volonté subit inconsciemment une pression étrangère.

Le moderne "lavage de cerveau" est incomparablement plus inhumain, au sens strict du mot,  que la pire des inquisitions du Moyen-âge ; il laisse en effet au "moi" l'illusion d'une liberté effectivement perdue et rend ainsi plus difficile le redressement salvifique. Jamais on ne répétera assez l'importance de cette libre volonté, outil indispensable pour forger une vraie personnalité.

Une telle grandeur n'est pas sans contre-partie, puisque cette volonté peut aussi se mettre au service du "svoïevolie" (vouloir propre) destructeur dont Kirilov est le défenseur farouche. Alternative lourde de conséquence que celle de la liberté et du vouloir propre. Tous deux prétendent conduire l'homme au bonheur ; mais quel abîme entre le "vouloir propre" (svoïevolie) et l'être propre (svoboda) si l'on se réfère à leurs effets respectifs !

D'un côté, c'est le suicide et la mort ignominieuse ; de l'autre ce peut être également la mort, mais celle qui mène à la résurrection et au salut. La comparaison ethymologique accentue l'opposition, puisqu'elle recoupe les deux plans distingués au sein de la NATOURA, celui de l'être et du vouloir. On serait tenté de croire ici à une influence philologique chez notre auteur tant l'antithèse qu'il développe est parfaite à ce point de vue.

En fin de compte nous retombons sur l'opinion de Nicolas Berdiaëv. La liberté répond aux deux sens que nous lui avons découverts. Mais il ne faut pas les mettre sur pied d'égalité. La liberté de volonté est subordonnée à la liberté de la personne, comme un moyen nécessaire pour atteindre une fin, mais insuffisant à lui seul pour y parvenir.

L'expression analysée au cours des pages qui précèdent : être libre, c'est être soi-même, nous fournit le joint. L'homme est nature (priroda) et libre volonté, rationalité et irrationalité, nécessité et volonté. Il ne peut s'engager que par l'entremise de sa volonté mais tout usage de celle-ci est loin de le conduire à cette "conscience calme et solitaire de sa force" dont parle l'Adolescent ou à la maîtrise de soi dont le staretz Zossime se fait le fervent apologiste.



Yvan Balchoy
yvanbalchoy13@gmail.com
http://poete-action.ultim-blog.com
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article