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Publié par BALCHOY

a)      LE CHRIST, IDEAL DE LIBERTE PERSONNELLE

 

1)      La liberté du Christ

 

La place centrale qu’occupe la Christologie dans la cosmologie et l’anthropologie dostoïevskienne prête une importance capitale à l’étude de sa liberté, puisqu’elle est en quelque sorte le modèle et l’idéal de la nôtre.

 

En fait, Fédor Mikhaïlovitch a peu parlé de la nature même de cette liberté, mais il a posé bien des jalons qui nous permettent d’expliciter sa pensée sans trop de risque.

 

A vrai dire une première objection nous interpelle. La liberté est une propriété de la personne ; existe-telle en conséquence en l’Homme Dieu sous sa seule forme divine, puisqu’il n’y a en Lui qu’un seul moi « personnel ». S’il en était ainsi, l’étude de la liberté de Jésus-Christ ne nous apporterait rien de neuf. Mais ce raisonnement est faux !

 

Comment en effet, l’Homme Dieu pourrait-il être le parfait réalisateur de l’homme nouveau, ce qui est Dostoïevski le nœud même de sa mission, sans l’être en même temps d’une liberté nouvelle, c'est-à-dire d’une nouvelle manière d’être soi-même ?

 

Personne et liberté s’imbriquent, rappelons-le, chez l’auteur des Frères Karamazov ; or il n’est pas question évidemment pour l’homme de vivre la liberté infinie de Dieu.

 

Troublant dilemme !  D’une part, il n’y a place en Jésus que pour une seule et même Personne, celle du Verbe de Dieu incarné, et d’autre part on doit lui reconnaître en tant qu’idéal de l’homme une forme humaine de liberté. Que pourrait bien être cette liberté sans support personnel correspondant ?

 

Cette fausse alternative disparaît si on réfère au contexte dans lequel fut formulé le dogme Christologique à Chalcédoine.

 

Les pères de l’Eglise se situaient dans une perspective ontologique (1), alors que Dostoïevski, écrivain du XIX ème siècle, était plus sensible à l’aspect psychologique de la réalité. (2)

 

A propos de Chalcédoine, notons cette remarque du Père Christian Duquoc O.P. : « La réflexion théologique sur le mystère de l’union hypostatique se heure à un ensemble de difficultés qui tiennent à la problématique moderne de la notion de personne. En effet, ou bien l’on identifiera « conscience » et « personne », ou bien l’on verra dans la liberté l’indice du mystère personnel, ou bien encore la dignité morale fournira l’équivalent d’une définition de la personne. Dans de telles conditions, il est malaisé de défendre le dogme ; affirmer deux natures dans le Christ, c’est en langage moderne lui reconnaître deux consciences de soi,  et si conscience et personne sont une seule et même réalité, la confession d’une unique  personne dans le Christ, malgré les deux foyers de conscience de son être concret, risque fort de n’être plus que nominale. L’affirmation dogmatique : « une seule personne » n’a plus de correspondant dans le langage moderne… Dans la définition chalcédonienne, la conscience de soi, la liberté, la dignité morale relèvent du concept de nature et non directement de celui d’hypostase. Si l’humanité de Jésus n’est pas humainement personnelle, ce n’est pas par défaut ou privation, c’est par dépassement. C’est une humanité qui est personnellement divine. Elle garde toutes les richesses de la personnalité humaine, puisqu’elle est une nature parfaite. On pourra parler de son « moi » humain. (Cours de Christologie, polycopié, page 56-60)

(2) On a rapproché dans cette perspective Duns Scot et Dostoïevski. On ne peut nier une certaine similitude générale entre eux ; elle découle sans doute de la parenté qui existe entre la Christologie scotiste et la Tradition orientale qui remonte en droite ligne des Pères de l’Eglise, si appréciés par l’écrivain russe. Cf. Paul Evdokimov, « l’orthodoxie », page 62 et « Dostoïevski et le problème du mal », page 147.

 

 

 

 

 

 

 

Yvan Balchoy

yvanbalchoy13@gmail.com

www.poete-action.ultim-blog.com

 

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