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Publié par BALCHOY

D’Howard Zinn sur la désobéissance civile: quenelle dans l’oeil du système

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À xarlo



envoyé par Michel Peyret.... 44 ans après, ça s'est répandu...
J'ignorais presque totalement Matt Damon; désormais, je le suivrai d'un peu plus près...
 
Matt Damon lit un discours d’Howard Zinn sur la désobéissance civile : quenelle dans l’oeil du système
DANS ALTERNATIVES, ARTICLE / PAR RAPHAËL "JAHRAPH" BERLAND / LE 27 NOVEMBRE 2013
Décidément, j’ai comme l’impression qu’Hollywood héberge le pire comme le meilleur… En l’occurrence, il s’agit du meilleur : des extraits d’un discours écrit en 1970 par Howard Zinn à propos de la désobéissance civile, et lu par un acteur à la renommée internationale. Howard Zinn était un historien et un politologue américain, très engagé dans le mouvement des droits civiques et du courant pacifiste aux États-Unis.
Matt Damon, ami de longue date d’Howard Zinn, a donc lu des extraits de ce discours le 31 Janvier 2012 dans le cadre d’un événement appelé « The People Speak, Live ! », qui donne la parole aux rebelles, aux dissidents, et aux visionnaires d’hier et d’aujourd’hui. Vous pouvez retrouver le discours complet ci-après.
Raphaël Berland
Le problème c’est l’obéissance civile
Je pars de l’hypothèse que le monde est sens dessus-dessous, que les choses vont mal, que ceux qui ne devraient pas être en prison le sont et ceux qui le devraient ne le sont pas, que ceux qui ne devraient pas être au pouvoir le sont et ceux qui devraient avoir plus de pouvoir n’en ont pas, que les richesses, non seulement dans ce pays, mais dans le monde entier, sont distribuées de telle façon qu’il ne s’agit pas de faire une petite réforme, mais une refonte totale du système de redistribution des richesses. Je pars de l’hypothèse que nous n’avons pas grand-chose à dire là-dessus : il nous suffit de nous pencher sur l’état du monde actuel pour réaliser que c’est le chaos.


Daniel Berrigan ,  prêtre catholique et poète pacifiste, est en prison tandis que J. Edgar Hoover est libre. David Dellinger, qui dénonce les guerres depuis tout petit avec toute son énergie et sa rage, risque fort de se retrouver en prison, alors que les responsables du massacre de My Lai ne font l’objet d’aucune poursuite en justice. Ils sont à Washington, où ils occupent divers postes plus ou moins importants en relation avec le déclenchement de massacres, qui les étonnent quand ils se produisent. A l’université d’état du Kent, quatre étudiants ont été tués par la garde nationale et des étudiants ont été inculpés. Dans chaque ville de ce pays, lors de manifestations, ceux qui sont présents, qu’ils aient manifesté ou pas, quoi qu’ils aient fait, sont agressés et matraqués par la police, puis sont arrêtés et détenus pour avoir agressé un policier.
J’ai analysé ce qui se passe tous les jours dans les tribunaux de Boston, Massachussetts. Vous seriez suffoqué, ou peut-être pas si vous êtes au courant, si vous avez connu cela, si vous avez réfléchi à la question, si vous avez été choqué par la série d’injustices quotidiennes qui s’insinuent au sein de cette merveilleuse institution qu’on appelle la procédure en bonne et due forme. Eh bien, c’est là-dessus que je fonde mon raisonnement.
Il vous suffit de lire la correspondance depuis la prison de Soledad de George Jackson, condamné à une peine de prison allant d’un an à la perpétuité, et qui est resté dix ans en prison pour avoir braqué une station-essence pour 70 dollars. Et puis, il y a ce sénateur qui est soupçonné de prélever 185 000 dollars par an, ou quelque chose d’avoisinant, sur les déductions d’impôts pour épuisement des réserves pétrolières.
Pour l’un c’est du vol, pour l’autre c’est légal. Il y a un problème, il y a un énorme problème quand on véhicule dans tout le pays 10 000 bombes bourrées de gaz neurotoxiques et qu’on s’en va les larguer dans le jardin du voisin pour ne pas endommager le nôtre. Alors, au bout d’un moment, on perd toute notion. Si on ne réfléchit pas, si on ne s’informe qu’à la télévision ou en lisant les publications universitaires, on finit par se dire que la situation n’est pas si catastrophique que cela et que les problèmes ne concernent que des questions marginales. Mais si on prend un peu de recul, on se rend compte que c’est l’horreur. Et c’est donc la raison pour laquelle nous devons partir de l’hypothèse que tout est véritablement chaotique.
Et le sujet de réflexion, la désobéissance civile, est pris à l’envers. Dès qu’on parle de désobéissance civile, on se dit que le problème, c’est la désobéissance civile. Ce n’est pas cela, notre problème… le problème, c’est l’obéissance civile. Notre problème, c’est le nombre incalculable de gens qui ont obéi aux diktats de leurs dirigeants et qui sont partis en guerre partout dans le monde entier, et que cette obéissante s’est traduite par des millions de morts. Notre problème, c’est cette scène du film « A l’Ouest rien de nouveau », où on voit des écoliers défiler consciencieusement pour aller faire la guerre. Notre problème, c’est que les gens sont soumis, partout dans le monde, face à la pauvreté, à la famine, à la bêtise, à la guerre et à la cruauté. Notre problème, c’est que les gens obéissent et que les prisons sont pleines de petits délinquants, tandis que les grands truands gèrent le pays.
C’est cela, notre problème. On comprend cela quand il s’agit de l’Allemagne nazie. On sait que le problème, c’est la soumission, que les gens ont obéi à Hitler. Les gens ont obéi, c’était mal. Ils auraient dû se rebeller et résister au système et si seulement nous avions été là, nous leur aurions montré. Même dans la Russie de Staline, on constate cela : les gens sont dociles, ce sont des moutons. Mais l’Amérique est différente. C’est ce qu’on nous a inculqué depuis toujours. Depuis que nous sommes tout petits, j’entends encore ce discours résonner dans les instructions de M. Frankel, choisissez une, deux, trois, quatre, cinq choses plaisantes concernant l’Amérique et que nous ne voulons pas trop voir bousculées. Mais si nous avons appris quoi que ce soit ces dix dernières années, c’est que ces belles choses concernant l’Amérique n’ont jamais été belles. Depuis le début, nous sommes expansionnistes, agressifs, et cruels envers les autres. Et nous sommes agressifs et cruels envers les gens de ce pays, et nous redistribuons les richesses de manière très injuste. Et il n’y a jamais eu de justice dans les tribunaux pour les pauvres, pour les Noirs, pour les contestataires. Comment peut-on prétendre fièrement que l’Amérique est unique ? Elle n’est pas unique. Absolument pas.
L’obéissance civile ; eh bien, c’est ce dont nous allons parler, c’est notre problème. La loi est très importante. Nous parlons ici d’obéissance à la loi – la loi, cette merveilleuse invention des temps modernes, que nous attribuons à la civilisation occidentale et dont nous parlons avec fierté. Le droit, oh, comme ils sont extraordinaires tous ces cours sur la civilisation occidentale, donnés dans tout le pays. Souvenez-vous de l’époque sinistre où la population était exploitée par le régime féodal. Tout était abominable au Moyen-âge, mais maintenant, nous avons la civilisation occidentale, l’état de droit. Le droit a normalisé et exploité au maximum l’injustice qui existait avant lui, c’est cela qu’a fait le droit. Examinons tout d’abord le système de manière réaliste et non pas avec cette satisfaction métaphysique avec laquelle nous le considérons depuis toujours.
Quand, dans tous les pays du monde, le droit est le chouchou des dirigeants et un fléau pour le peuple, alors nous devons commencer à reconnaître ceci. Nous devons dépasser les frontières nationales dans notre réflexion. Nixon et Brejnev ont plus en commun entre eux que nous avec Nixon. J. Edgar Hoover a plus en commun avec le chef de la police secrète soviétique qu’avec nous. C’est cet engagement international aux lois qui crée de solides liens d’amitié entre eux. C’est pour cela que nous sommes toujours surpris de voir que, lorsqu’ils se retrouvent, ils sourient, se serrent la main, fument le cigare ensemble, s’apprécient mutuellement, et cela, indépendamment de leurs discours officiels. C’est comme les partis républicain et démocrate, qui prétendent qu’il y aura un grand changement si l’un ou l’autre l’emporte, et pourtant, c’est toujours la même chose. Au bout du compte, c’est eux contre nous...
  Les peuples de tous les pays ont besoin de cet esprit de désobéissance à l’Etat, qui n’est pas un concept métaphysique mais une entité qui allie force et richesses. Il nous faut une sorte de Déclaration d’Interdépendance entre les peuples de tous les pays du monde qui luttent pour la même chose.
Howard Zinn (1970)

 

Vous pourrez lire la suite de l'article à l'adresse suivante :


  http://www.cercledesvolontaires.fr/?s=zinn

 

 

yvanbalchoy13@gmail.com

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