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Publié par BALCHOY

Nous avons tous entendu que pour Marx la religion c'est l'opium du peuple. Le texte de Marx qui suit explicite bien sa vision du rôle de la religion dans l'histoire de l'humanité. Si nous ne sommes peut-être pas tous  d'accord avec la grand penseur du Capital, encore faut-il que nous comprenions bien l'essence de sa pensée et la vérité indéniable de sa critique en nous demandant si ce que Marx rejette est vraiment  le Message de Jésus ou ce que nous en avons fait. ??


 Yvan Balchoy

 


Un an avant d’amorcer son évolution vers une méthode matérialiste, historique et dialectique (et plus tard vers la critique de l’économie politique comme fondement de la compréhension des rapports sociaux), le jeune Marx s’en prend à l’idéalisme hégélien qui est l’idéologie dominante des formes juridiques et de l’Etat dans l’Allemagne de 1843. Déjà soucieux de ne pas séparer la théorie et la pratique, il commence un ouvrage intitulé Pour une critique de la philosophie du droit de Hegel qu’il ne réussira jamais à accomplir mais dont demeure une Introduction plusieurs fois publiée [3]. Avant de s’attaquer à « la philosophie allemande de l’Etat et du droit, à laquelle Hegel a donné sa forme la plus rigoureuse, la plus riche et définitive » [4], Marx débute sa réflexion en affirmant que « la critique de la religion est la condition de toute critique » [5] car il s’inspire d’abord de la critique philosophique de Ludwig Feuerbach envers le christianisme [6] qui a fait irruption, en 1841, dans le milieu des jeunes-hégéliens et avec laquelle il rompra de manière fracassante quatre ans plus tard. On mesure, par là, l’importance primordiale qu’il accorde à l’aliénation religieuse dans tout l’édifice idéologique de l’Etat à cette époque. Avec une maestria théorique de haute volée, grâce à une succession d’inversions dialectiques plus renversantes, et donc plus éclairantes, les unes que les autres, il développe sa critique de la religion pour pouvoir dégager de cette gangue métaphysique la vérité du monde réel sur la terre. On trouve dans ce passage des formulations sur l’aliénation qui sont parmi les plus « célèbres » de l’auteur du Manifeste du Parti Communiste et que l’intelligentsia bourgeoise a essayé de détourner de leur sens :


« La religion est la théorie générale de ce monde, son compedium encyclopédique, sa logique sous une forme populaire, son point d’honneur spiritualiste, son enthousiasme, sa sanction morale, son complément cérémoniel, son universel motif de consolation et de justification. Elle est la réalisation chimérique de l’essence humaine, parce que l’essence humaine ne possède pas de réalité véritable. Lutter contre la religion, c’est donc, indirectement, lutter contre ce monde-là, dont la religion est l’arôme spirituel.
La misère religieuse est tout à la fois l’expression de la misère réelle et la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’esprit d’un état de choses où il n’est point d’esprit. Elle est l’opium du peuple.
Nier la religion, ce bonheur illusoire du peuple, c’est exiger son bonheur réel. Exiger qu’il abandonne toute illusion sur son état, c’est exiger qu’il renonce à un état qui a besoin d’illusions. La critique de la religion contient en germe la critique de la vallée de larmes dont la religion est l’auréole.
La critique a saccagé les fleurs imaginaires qui ornent la chaîne, non pour que l’homme porte une chaîne sans rêve ni consolation, mais pour qu’il secoue la chaîne et qu’il cueille la fleur vivante. La critique de la religion détrompe l’homme afin qu’il pense, qu’il agisse, qu’il forge sa réalité en homme détrompé et revenu à la raison, afin qu’il gravite autour de lui-même, c’est-à-dire autour de son véritable soleil. La religion n’est que le soleil illusoire, qui gravite autour de l’homme tant que l’homme ne gravite pas autour de lui-même.
C’est donc la tâche de l’histoire, une fois l’au-delà de la vérité disparu, d’établir la vérité de l’ici-bas. Et c’est tout d’abord la tâche de la philosophie, qui est au service de l’histoire, de démasquer l’aliénation de soi dans ses formes profanes, une fois démasquée la forme sacrée de l’aliénation de l’homme. La critique du ciel se transforme ainsi en critique de la terre, la critique de la religion en critique du droit, la critique de la théologie en critique de la politique. » [7]

 

 


Les fondements de la théorie marxiste sur la question religieuse

Publié le 29 juin 2011 dans Marxisme

http://www.leftcommunism.org/spip.php?page=imprimer&id_article

 

 

  yvanbalchoy13@gmail.com

 

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