Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Catégories

Archives

Publié par BALCHOY

LE CRIME

 

 

 

 

 

 

En fait, le passage du désir à l’acte s’accomplit en lui presque sous le signe de la fatalité. Il considère comme un encouragement du destin une conversation surprise fortuitement : deux camarades qui discutent d’une façon toute théorique d’ailleurs du plaisir qu’ils auraient à supprimer cette horrible usurière et même de l’utilité morale et sociale d’un tel meurtre. Dès la veille du jour fixé pour la « mise en exécution » de l’idée, Raskolnikov perd toute maîtrise de soi :

 

 

 

            -Il entra chez lui, comme un condamné à mort. Il n’essayait pas de raisonner, il en était d’ailleurs incapable, mais il sentit soudain de tout son être qu’il n’avait plus de libre arbitre plus de volonté, et que tout venait d’être définitivement décidé. (2)

 

 

 

--------------------------------------------

 

 

 

 

(1)   Crime et châtiment, page 105.

 

 

 

 

-----------------------------------------------

 

 

 

Au moment du crime, au lieu d’agir consciemment et lucidement, comme il l’escomptait « en homme supérieur », il agit presqu’en rêve. Les évènements des jours précédents « qui avaient décidé pour lui » exercent à son égard une pression quasi automatique, comme si quelqu’un l’entraînait par la main avec une force aveugle, irrésistible, surhumaine. (3)

 

 

 

--------------------------------------------------

(2)   Crime et châtiment, page 114

 

 

 

 

-----------------------------------------   

Il avait cru réaliser son idée en pleine possession de ses moyens, pour le bon motif que son projet n’était pas un crime. Grande erreur !  L’analyse de ses sentiments en plein drame démontre l’exactitude des remarques faites auparavant par lui-même dans un article consacré à la psychologie du commun des assassins :

 

 

 

            -« Le criminel était frappé au moment du crime d’une diminution de volonté et de la raison ; ces qualités étaient remplacées au contraire par une sorte de légèreté infantile et vraiment phénoménale, à l’instant où la prudence était le plus nécessaire… Il assimilait cette éclipse de jugement et cette perte de volonté à une maladie qui se développerait lentement, atteindrait son maximum d’intensité peu de temps avant la perpétration du crime et subsisterait dans cet état stationnaire au moment de celle-ci et quelque temps après … pour se terminer ensuite, comme finissent toutes les maladies. » (4)

 

 

 

--------------------------------------

 

 

 

 

(3)   Crime et Châtiment, page 114 

----------------------------------------    

 

 

 

En écrivant ces réflexions, le jeune homme était bien loin de se douter qu’elles étaient une prophétie dont lui-même allait vérifier la justesse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                            

 

 

 

APRES LE CRIME

 

 

 

 

 

 

Après le meurtre, Raskolnikov ne ressent aucun repentir ; il est bien obligé toutefois de constater qu’il s’est lourdement trompé, il n’a rien d’un surhomme.

Revenant sur son passé, il découvre trop tard que les indices ne manquaient pas qui auraient dû le mettre en garde. Le seul fait qu’il s’interrogeait parfois sur son « droit de puissance » prouvait assez qu’il faisait lui aussi partie du commun des mortels

 

 

 

« Un vrai maître de la vie agit tout autrement. Il retourne le monde, joue avec des milliers de gens comme aux échecs, il n’hésite jamais, car il est fort. (5)

 

 

 

----------------------------------------------

(4)   Crime et châtiment, page 626

 

 

 

 

--------------------------------------------

 

 

 

En se demandant si Napoléon aurait tué la vieille, Rodion démontre qu’il n’avait rien de commun avec le génial empereur. Bien sûr, le meurtre de la vieille n’aurait été qu’un accident, un simple moyen ; en le commettant, Raskolnikov n’avait d’autre but que de sauter le mur. Le plus rapidement possible. Mais voilà ! IL n’avait été capable que de tuer et n’était donc qu’un criminel ordinaire. Un Napoléon est fait de bronze et non de chair. Si Raskolnikov n’éprouve aucun regret du meurtre de l’usurière, celui de sa jeune sœur Elisabeth, qu’il n’avait pas voulu, condamne à ses yeux un acte qu’il avait projeté pur et sans bavure. En un mot, il a échoué ; aussi ne lui reste-t-il plus d’autre solution que l’humiliation et la soumission. (6)

 

 

 

------------------------------------------------

(5)   Crime et Châtiment, page 329

 

 

 

 

----------------------------------------------------

 

 

 

Est-ce vraiment la vieille usurière qu’il a tuée ? Non, répond-il : « C’est moi que j’ai assassiné moi-même. Là d’un coup, je me suis frappé pour toujours. » (7)

 

 

 

-----------------------------------------------------------

(6)   Crime et Châtiment, page 626.

--------------------------------------------------------------

 

                   

 (à suivre)

 Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

 

 

 

 

 

 

 

                       

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article